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​Tanger : prison et interdiction des réseaux sociaux, une condamnation qui interroge les frontières de l’expression publique


Rédigé par La rédaction le Vendredi 2 Janvier 2026



​Tanger : prison et interdiction des réseaux sociaux, une condamnation qui interroge les frontières de l’expression publique
Le tribunal de Tanger a condamné Adam Benchakroun à une peine de prison assortie d’une interdiction d’accès aux réseaux sociaux, à la suite de propos jugés contraires à l’ordre public. Cette décision judiciaire relance le débat sur la responsabilité individuelle à l’ère numérique et sur l’encadrement légal de la parole en ligne.

La décision a été rendue par la juridiction compétente de Tanger, à l’issue d’une procédure portant sur des contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Selon les éléments communiqués, les propos reprochés à Adam Benchakroun ont été considérés par le tribunal comme portant atteinte à l’ordre public, justifiant à la fois une peine privative de liberté et une mesure restrictive visant l’usage des plateformes numériques.

Sur le plan factuel, l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux constitue un volet notable de la condamnation. Ce type de sanction, de plus en plus évoqué dans les affaires liées aux délits numériques, s’inscrit dans une logique de prévention de la récidive et de limitation de la diffusion de contenus jugés problématiques. Elle traduit également l’adaptation progressive de l’arsenal judiciaire aux réalités de l’espace numérique, devenu un lieu central d’expression, mais aussi de tensions.

Au Maroc, la question de la régulation des réseaux sociaux occupe une place croissante dans le débat public. Les autorités rappellent régulièrement que la liberté d’expression, garantie par la Constitution, s’exerce dans le respect de la loi et des droits d’autrui. Les juridictions sont ainsi amenées à arbitrer entre la protection de l’ordre public et la préservation des libertés fondamentales, dans un contexte où la viralité des contenus peut amplifier rapidement leur impact.

Cette affaire suscite des réactions contrastées. Pour certains, la décision du tribunal reflète la nécessité d’un cadre clair face aux dérives possibles de la parole en ligne, notamment lorsque celle-ci est perçue comme incitant à la discorde ou portant atteinte à la cohésion sociale. Pour d’autres, elle soulève des interrogations sur la proportionnalité des sanctions et sur les limites à ne pas franchir afin de préserver un espace d’expression pluraliste et responsable.

Sur le plan social, l’affaire met en lumière la responsabilité croissante des utilisateurs des réseaux sociaux, souvent perçus comme des espaces informels, mais désormais pleinement intégrés au champ juridique. Elle rappelle que les plateformes numériques ne constituent pas des zones de non-droit et que les propos qui y sont tenus peuvent avoir des conséquences judiciaires concrètes. Cette réalité pose un défi pédagogique, notamment auprès des jeunes générations, appelées à concilier liberté d’expression et respect des règles communes.

À plus long terme, cette condamnation pourrait nourrir une réflexion plus large sur les outils juridiques adaptés à l’ère numérique. La question de l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux, en particulier, interroge sur son efficacité, ses modalités de contrôle et son impact réel sur les comportements. Elle invite également à renforcer les mécanismes de prévention, d’éducation aux médias et de sensibilisation à l’usage responsable du numérique.

En filigrane, l’affaire de Tanger illustre une tension contemporaine : comment préserver l’ordre public sans étouffer la liberté d’expression dans un espace numérique en constante évolution ? La réponse, au-delà du cas individuel, engage une réflexion collective sur l’équilibre entre droit, responsabilité et citoyenneté digitale.




Vendredi 2 Janvier 2026