L'ODJ Média

​Une entrepreneure entre Maroc et Pays-Bas veut faire du corridor atlantique-méditerranéen un hub vert stratégique


Il y a des discours d’intention, et puis il y a des trajectoires qui cherchent à relier plusieurs mondes. C’est un peu ce que raconte le parcours de Khadija, entrepreneure à cheval entre le Maroc, les Pays-Bas, Dubaï, la Belgique et l’Espagne, qui défend aujourd’hui une vision ambitieuse : transformer le corridor Atlantique-Méditerranée en plateforme verte à forte valeur industrielle, maritime et énergétique. Son intervention dessine un projet à la fois économique, logistique et géopolitique, centré sur l’hydrogène vert, l’ammoniac vert, l’économie circulaire et la valorisation industrielle.



Hydrogène, ports, industrie : le pari d’un Maroc mieux connecté

Le point de départ de cette vision n’est pas seulement technique. Il est aussi biographique. Née aux Pays-Bas, revenue très tôt au Maroc avant de repartir en Europe et dans le Golfe, Khadija revendique un double ancrage affectif et professionnel. Le Maroc, dit-elle en substance, lui offre l’attachement, la profondeur et la projection stratégique ; les Pays-Bas, eux, lui ont donné l’expérience, l’exposition internationale et le contact avec des écosystèmes très avancés dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, du maritime et de l’industrie. C’est dans cette rencontre entre deux cultures économiques qu’elle situe son ambition : faire converger le meilleur de plusieurs mondes vers un projet utile au Maroc.

Sa thèse est simple, mais politiquement lourde : le Maroc a déjà les atouts, mais pas encore toute la chaîne intégrée. Le pays dispose d’une façade maritime exceptionnelle, d’une position géographique rare, d’une stabilité précieuse et d’infrastructures en forte progression. Mais selon elle, ce potentiel reste fragmenté. Les différents acteurs du maritime, de l’industrie, de l’énergie et de la logistique avanceraient encore en ordre dispersé, sans ligne fédératrice suffisamment forte pour agréger les projets, les compétences et les investissements autour d’un objectif commun. Son idée est donc moins de créer un nouveau secteur que d’orchestrer ce qui existe déjà, en lui donnant une colonne vertébrale verte et industrielle.

Le cœur de son projet repose sur une transformation du corridor atlantique-méditerranéen en zone d’excellence maritime verte. Dans sa vision, il ne s’agit pas seulement d’exporter de l’énergie propre ou d’aligner des discours sur la transition écologique. Il faut connecter les écosystèmes, structurer les chaînes de valeur, identifier les projets bancables, renforcer la valorisation industrielle locale et intégrer davantage le Maroc dans les grands flux technologiques et logistiques euro-africains. En d’autres termes, la transition verte ne doit pas être un slogan décoratif ; elle doit devenir une stratégie de puissance économique.

L’un des aspects marquants de son intervention tient aussi à la place accordée au leadership marocain. Khadija insiste fortement sur le rôle de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qu’elle décrit comme porteur d’une vision cohérente et suivie dans le temps. Ce point n’est pas anecdotique dans son raisonnement. Pour elle, aucun grand projet de transformation ne peut aboutir sans une vision centrale capable d’aligner les acteurs, d’imprimer une direction et d’imposer une forme de continuité au-delà des changements de conjoncture ou d’appareil administratif. Son propos rejoint, à sa manière, une idée de plus en plus présente dans les milieux économiques : dans les transitions industrielles lourdes, la stabilité du cap compte autant que la qualité des projets.

Autre élément important : la dimension internationale du projet. Khadija évoque clairement l’existence de relais, de soutiens et de disponibilités côté néerlandais, mais aussi dans les écosystèmes scandinaves, prêts selon elle à collaborer avec le Maroc sur les technologies vertes, l’ingénierie maritime et la transformation énergétique. Cette approche confirme une évolution intéressante : le Maroc n’est plus seulement perçu comme un marché ou un simple point de passage, mais comme un partenaire d’assemblage stratégique entre Europe, Afrique et Atlantique. Cela ouvre des perspectives, à condition que la coordination locale soit à la hauteur des ambitions affichées.

Mais son discours ne se limite pas aux infrastructures ou aux investissements. Il contient aussi une dimension éthique très assumée. L’entrepreneure insiste sur la coopération, la sincérité, la discipline personnelle et une certaine idée du bien commun. Elle critique, en creux, les logiques de dispersion, d’ego ou de recherche du gain immédiat qui affaiblissent souvent les projets collectifs. Cette part du discours peut sembler moins “business” au premier regard. En réalité, elle touche à une question très concrète : un projet de transformation de cette ampleur exige non seulement des capitaux et des technologies, mais aussi un minimum de confiance, d’alignement et de méthode entre les parties prenantes.

En filigrane, son message s’adresse donc autant aux décideurs qu’aux opérateurs économiques et aux compétences marocaines de la diaspora. Le Maroc, dans sa lecture, ne manque ni de ressources, ni d’intelligence, ni de positionnement. Ce qui lui manque encore parfois, c’est l’art d’assembler ses forces dans une même direction. C’est peut-être là que son intervention prend tout son sens : moins comme une simple présentation personnelle que comme un appel à construire une plateforme commune, capable d’unifier visions, talents, technologies et intérêts autour d’un même horizon.

La question, désormais, n’est plus de savoir si le Maroc peut jouer un rôle dans la transition verte maritime. Il y est déjà poussé par sa géographie, ses ports, son industrie et sa diplomatie économique. La vraie question est plus exigeante : saura-t-il faire de cette opportunité un levier structurant, plutôt qu’une somme de projets juxtaposés ? C’est sur cette ligne de crête que se jouera, peut-être, une partie du Maroc industriel de demain.
Vendredi 3 Avril 2026