Poème, version mise en musique, à écouter de Adnane Benchakroun
Pour ceux qui aiment encore lire : Poème de Adnane Benchakroun
Fès ne dort jamais vraiment,
elle veille sur ses maisons.
Chaque pierre a un prénom,
chaque silence une raison.
Fès ne se visite pas.
Fès se traverse comme un héritage.
On y entre par une porte ancienne
et l’on en ressort avec des siècles sur les épaules.
Ici, les familles ne portent pas seulement des noms,
elles portent des lignées.
Chaque patronyme est une archive orale,
chaque salon, un parlement discret
où l’on parle d’honneur, de patience
et de ce qui ne se vend pas.
Dans les maisons, les murs écoutent.
Le zellige connaît les secrets,
le plâtre sculpté a vu passer des naissances,
des départs sans adieu,
des retours attendus comme la pluie.
La cuisine est une science lente.
À Fès, on ne nourrit pas : on transmet.
La pastilla équilibre le sucre et la guerre,
le tajine parle bas mais longtemps,
et les épices racontent les routes
que les hommes ont prises avant les avions.
Chaque plat est une négociation entre les siècles,
un pacte entre la main et la mémoire.
On y mange le temps
avec respect.
Fès écrit avec ses artisans.
Le cuir y devient langage,
le cuivre y chante,
le bois s’y incline avant d’être sculpté.
Rien n’est pressé.
Tout est juste.
Fès, ville de mains patientes,
de familles et de feu doux,
on y cuisine le temps lentement,
on y devient soi, malgré tout.
Dans les ruelles, l’art n’est pas exposé :
il travaille.
Il transpire.
Il recommence chaque matin
comme si la beauté était un devoir.
La culture, ici, ne crie pas.
Elle murmure dans les médersas,
dans les bibliothèques qui sentent l’encre ancienne,
dans les débats sans micros
où la pensée s’aiguise sans se montrer.
Fès prie, pense, doute.
Elle n’a jamais séparé Dieu de l’intelligence,
ni la foi de la question.
Elle sait que le savoir est une discipline,
pas un slogan.
Fès, ville de mains patientes,
de familles et de feu doux,
on y cuisine le temps lentement,
on y devient soi, malgré tout.
Et puis il y a les silences.
Ceux des pères.
Ceux des mères.
Ceux des rues à l’aube
quand la ville respire avant le monde.
Fès ne court pas après la modernité.
Elle la regarde passer,
elle la jauge,
puis décide ce qu’elle garde.
Ville exigeante.
Ville fière sans arrogance.
Ville qui ne s’explique pas
Ă ceux qui veulent tout comprendre trop vite.
Fès est une phrase longue,
sans ponctuation inutile.
Une ville qui ne se raconte pas :
elle se mérite.
Fès, ville de mains patientes,
de familles et de feu doux,
on y cuisine le temps lentement,
on y devient soi, malgré tout.
elle veille sur ses maisons.
Chaque pierre a un prénom,
chaque silence une raison.
Fès ne se visite pas.
Fès se traverse comme un héritage.
On y entre par une porte ancienne
et l’on en ressort avec des siècles sur les épaules.
Ici, les familles ne portent pas seulement des noms,
elles portent des lignées.
Chaque patronyme est une archive orale,
chaque salon, un parlement discret
où l’on parle d’honneur, de patience
et de ce qui ne se vend pas.
Dans les maisons, les murs écoutent.
Le zellige connaît les secrets,
le plâtre sculpté a vu passer des naissances,
des départs sans adieu,
des retours attendus comme la pluie.
La cuisine est une science lente.
À Fès, on ne nourrit pas : on transmet.
La pastilla équilibre le sucre et la guerre,
le tajine parle bas mais longtemps,
et les épices racontent les routes
que les hommes ont prises avant les avions.
Chaque plat est une négociation entre les siècles,
un pacte entre la main et la mémoire.
On y mange le temps
avec respect.
Fès écrit avec ses artisans.
Le cuir y devient langage,
le cuivre y chante,
le bois s’y incline avant d’être sculpté.
Rien n’est pressé.
Tout est juste.
Fès, ville de mains patientes,
de familles et de feu doux,
on y cuisine le temps lentement,
on y devient soi, malgré tout.
Dans les ruelles, l’art n’est pas exposé :
il travaille.
Il transpire.
Il recommence chaque matin
comme si la beauté était un devoir.
La culture, ici, ne crie pas.
Elle murmure dans les médersas,
dans les bibliothèques qui sentent l’encre ancienne,
dans les débats sans micros
où la pensée s’aiguise sans se montrer.
Fès prie, pense, doute.
Elle n’a jamais séparé Dieu de l’intelligence,
ni la foi de la question.
Elle sait que le savoir est une discipline,
pas un slogan.
Fès, ville de mains patientes,
de familles et de feu doux,
on y cuisine le temps lentement,
on y devient soi, malgré tout.
Et puis il y a les silences.
Ceux des pères.
Ceux des mères.
Ceux des rues à l’aube
quand la ville respire avant le monde.
Fès ne court pas après la modernité.
Elle la regarde passer,
elle la jauge,
puis décide ce qu’elle garde.
Ville exigeante.
Ville fière sans arrogance.
Ville qui ne s’explique pas
Ă ceux qui veulent tout comprendre trop vite.
Fès est une phrase longue,
sans ponctuation inutile.
Une ville qui ne se raconte pas :
elle se mérite.
Fès, ville de mains patientes,
de familles et de feu doux,
on y cuisine le temps lentement,
on y devient soi, malgré tout.
Ce poème dresse le portrait de Fès comme une ville qui ne dort jamais vraiment, mais veille sur sa mémoire et ses maisons.
Fès n’y apparaît pas comme une destination touristique, mais comme un héritage à traverser, une expérience du temps long. Les familles y portent des lignées plus que des noms, et les intérieurs deviennent des lieux de transmission silencieuse. La cuisine fassie est décrite comme une science lente, un acte culturel où chaque plat négocie avec les siècles et préserve la mémoire collective. L’artisanat, discret et exigeant, y est un travail quotidien plutôt qu’une vitrine. Fès est aussi une ville de pensée, de prière et de doute, qui n’oppose jamais la foi à l’intelligence. Elle observe la modernité sans la poursuivre, choisissant ce qu’elle accepte de conserver. Le texte célèbre ainsi une ville patiente, fière sans arrogance, profonde et exigeante, qui ne se raconte pas facilement mais se mérite.