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🎵 Le Port de Rabat, amarres du temps


Oui, Rabat était un port.
Une ville tournée vers l’eau.
Des amarres dans la mémoire.
Et l’océan pour horizon.

Rabat, port oublié,
Dans le sel du temps figé,
Tes quais murmurent encore
Les départs, les retours, les aurores.



Poème, version mise en musique, à écouter de Adnane Benchakroun


Pour ceux qui aiment encore lire : Poème de Adnane Benchakroun

🎵 Le Port de Rabat, amarres du temps
Avant les boulevards et les ministères,
Il y eut des voiles, des cris, des cargaisons.
Le commerce écrivait la carte du monde,
Et Rabat comptait parmi les nations maritimes.

Le port n’était pas un décor,
Mais une stratégie, une frontière mouvante.
Économie et géopolitique mêlées,
Dans le bois des coques et le fer des canons.

Sur l’estuaire du Bouregreg,
Les navires entraient comme on entre en histoire.
Grains, tissus, hommes et idées
Circulaient au rythme des marées.

Les corsaires slaouis veillaient,
Entre audace et survie.
La mer comme champ de bataille,
La course comme réponse à l’empire.

Contre l’ombre ottomane,
Le combat se faisait aussi sur l’eau.
Rames, voiles et diplomatie armée,
Le Maroc défendait ses routes maritimes.

Vers l’Angleterre, les expéditions partaient,
Chargées de marchandises et d’ambitions.
Chaque traversée était un pari,
Chaque retour, une victoire silencieuse.

Plus loin encore, jusqu’aux glaces d’Islande,
Des marins marocains ont laissé leurs pas.
Peu de traces, mais une certitude :
La mer n’a jamais été une limite.

On raconte aussi La Niña, La Pinta,
Et les noms qui traversent les manuels.
Christophe Colomb et ses routes incertaines,
Où l’Atlantique mêlait les destins.

En 1900, les chiffres parlaient clair :
Tanger dominait, Casablanca montait.
Rabat, modeste quatre pour cent,
Mais encore ancré dans le commerce du pays.

Puis les routes ont changé de sens,
Les navires ont grandi, les ports ont glissé.
El Jadida, Essaouira, Rabat,
Relégués au passé des échanges.

Agadir, Jorf-Lasfar, Mohammedia, Tanger Med :
D’autres quais, d’autres logiques, d’autres échelles.
La mer reste, mais les centres se déplacent,
Implacables comme les courants.

Kénitra le sait mieux que personne :
Un port peut naître, prospérer, disparaître.
Trois générations suffisent parfois
Pour effacer une vocation maritime.

​Le poème évoque avec nostalgie un pan méconnu de l’histoire maritime du Maroc : le port de Rabat, aujourd’hui effacé du paysage économique mais toujours vivant dans la mémoire collective.

 Ă€ travers une traversĂ©e poĂ©tique du temps, il rappelle que Rabat fut autrefois un port de commerce stratĂ©gique, inscrit dans les dynamiques Ă©conomiques et gĂ©opolitiques de son Ă©poque. Le texte convoque les corsaires slaouis, les expĂ©ditions vers l’Angleterre, les affrontements maritimes face Ă  l’Empire ottoman, et mĂŞme la prĂ©sence de marins marocains sur des routes lointaines, jusqu’à l’Islande ou les grandes explorations atlantiques. Les chiffres du commerce au dĂ©but du XXᵉ siècle ancrent cette mĂ©moire dans le rĂ©el, avant de laisser place au constat du dĂ©clin progressif de certains ports historiques, remplacĂ©s par de nouvelles infrastructures. Le poème souligne ainsi la nature mouvante des ports : lieux de puissance, puis d’oubli, en quelques gĂ©nĂ©rations seulement. Rabat y apparaĂ®t comme un port disparu, mais jamais totalement silencieux.

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Dimanche 25 Janvier 2026