L'ODJ Média

12 000 tonnes d’écorces d’orange ont transformé un terrain stérile en forêt luxuriante au Costa Rica


Rédigé par le Jeudi 3 Septembre 2026

Au Costa Rica, une expérience menée dans les années 1990 a produit un résultat spectaculaire : des milliers de tonnes d’écorces et de pulpe d’orange déversées sur un terrain fortement dégradé ont contribué à faire renaître une végétation luxuriante. Seize ans plus tard, les chercheurs ont découvert un écosystème profondément transformé.



Et si certains déchets alimentaires pouvaient devenir une ressource pour la nature ?

12 000 tonnes d’écorces d’orange ont transformé un terrain stérile en forêt luxuriante au Costa Rica
C’est l’étonnante conclusion d’une expérience menée au Costa Rica dans les années 1990. Sur une parcelle de terre appauvrie, près de la zone de conservation de Guanacaste, des milliers de tonnes de résidus d’oranges ont été déversées. Quelques années plus tard, le paysage avait radicalement changé.

L’histoire commence avec deux écologues de l’Université de Pennsylvanie, Daniel Janzen et Winnie Hallwachs. En 1996-1997, ils imaginent un partenariat avec Del Oro, une entreprise spécialisée dans la production de jus d’orange.

L’objectif était double : permettre à l’entreprise de valoriser ses déchets organiques et tenter de restaurer une zone de pâturage fortement dégradée.

12 000 tonnes d’écorces déversées sur trois hectares

L’accord permet à Del Oro de déposer ses écorces et sa pulpe d’orange sur une parcelle dégradée de l’Área de Conservación Guanacaste. Environ 1 000 chargements de déchets organiques, représentant près de 12 000 tonnes, sont ainsi déversés sur environ trois hectares. 

L’expérience ne dure pourtant pas longtemps.

Un concurrent de Del Oro, TicoFruit, conteste le projet devant la justice, estimant que cette opération risque de polluer un parc national. La Cour suprême du Costa Rica finit par donner raison à l’entreprise plaignante. L’expérience est alors interrompue et la parcelle tombe progressivement dans l’oubli. 

Mais la nature, elle, continue son travail.

Seize ans plus tard, les chercheurs ne reconnaissent plus le terrain.

En 2013, des chercheurs de Princeton décident de retourner sur le site afin d’observer ce qu’il est devenu. Leur découverte est pour le moins surprenante.

Là où se trouvait autrefois un terrain rocailleux et couvert d’herbes sèches, ils découvrent une végétation dense. Les arbres et les plantes ont tellement envahi les lieux qu’un panneau de deux mètres signalant l'entrée du site est devenu presque invisible. 

Les scientifiques entreprennent alors de comparer la parcelle ayant reçu les déchets d’orange avec une zone voisine qui n’en avait pas bénéficié.

Les résultats sont particulièrement frappants : la biomasse ligneuse aérienne avait augmenté de 176 % sur la parcelle traitée. Les chercheurs ont également observé un sol plus riche, une plus grande diversité d’espèces d’arbres et une couverture forestière nettement plus importante. 

Comment les écorces ont-elles pu favoriser cette renaissance ?

Le mécanisme exact n’est pas entièrement établi. Les chercheurs avancent toutefois plusieurs explications.

En se décomposant, les écorces et la pulpe ont progressivement apporté de la matière organique et des nutriments au sol.

Dans le même temps, l’épaisse couche de déchets aurait empêché les herbes invasives présentes sur le terrain de continuer à prospérer. Une fois ces plantes affaiblies, les graines provenant des zones forestières voisines ont pu trouver des conditions plus favorables à leur développement. 

Autrement dit, les déchets n’ont pas directement « créé » une forêt. Ils ont plutôt contribué à modifier les conditions du terrain, permettant à la régénération naturelle de prendre le relais.

Une idée prometteuse, mais pas une recette miracle

Le résultat est spectaculaire, mais les chercheurs restent prudents. Cette expérience n’a été menée que sur une seule parcelle, avec une zone témoin voisine. Elle ne permet donc pas d’affirmer que déverser des déchets agricoles produira automatiquement les mêmes effets ailleurs.

La quantité utilisée, la nature des déchets, le climat, la composition du sol ou encore les risques de pollution doivent notamment être pris en compte. Des essais supplémentaires seraient nécessaires pour déterminer dans quelles conditions cette technique pourrait réellement être utilisée pour restaurer des écosystèmes dégradés. 

Cette histoire reste néanmoins un exemple étonnant d’économie circulaire appliquée à l’environnement : un déchet issu de l’industrie alimentaire, destiné à être éliminé, a finalement contribué à nourrir un sol et à favoriser le retour de la végétation.

Une expérience vieille de près de trente ans qui rappelle surtout une chose : parfois, ce que nous considérons comme un déchet peut encore avoir une utilité insoupçonnée pour la nature. 




Salma Chmanti Houari
J'aime écrire sur tout ce qui nourrit la curiosité et ouvre le regard sur le monde. Si ma plume... En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 3 Septembre 2026