Dans le détail, 7,8 milliards d’euros d’actifs et 6,1 milliards d’euros de dettes ont été isolés du bilan courant pour être présentés comme destinés à la cession. Les prêts à la clientèle ont, eux, reculé de 5,5 milliards d’euros. Quant aux créances en souffrance, elles atteignent 811 millions d’euros, couvertes à hauteur de 556 millions. Des chiffres lourds, précis, qui traduisent une opération déjà bien engagée.
Ce reclassement n’est pas qu’un jeu d’écriture. Il repose sur une hypothèse forte : la perte de contrôle de la BMCI est désormais jugée « hautement probable » dans un délai d’un an. En langage financier, cela signifie que la transaction pourrait être finalisée d’ici fin 2026, un an après l’ouverture des discussions exclusives avec Holmarcom en décembre 2025.
L’opération porte sur 67 % du capital de la BMCI. Une participation stratégique, qui ferait basculer l’une des banques historiques du Royaume sous contrôle majoritairement marocain. Car Holmarcom n’est pas un nouveau venu : présent dans la finance, l’assurance et l’industrie, le groupe est déjà actionnaire de la banque depuis près de trois décennies.
Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large. Depuis quelques années, le paysage bancaire marocain se recompose en profondeur. Après le Crédit du Maroc, déjà passé sous pavillon national, la BMCI pourrait suivre le même chemin. Une évolution qui reflète, en creux, la montée en puissance des groupes marocains dans des secteurs longtemps dominés par des acteurs étrangers.
Pour BNP Paribas, il ne s’agit pas d’un repli subi. Le groupe, fort de ses performances financières solides à l’échelle internationale, procède à une réallocation ciblée de ses ressources. Le Maroc, malgré son potentiel, ne figure visiblement plus parmi ses priorités stratégiques. Un choix assumé, dans un contexte où les grandes banques européennes rationalisent leur présence à l’international.
Et pourtant, le paradoxe est là. Au moment même où la sortie se précise, la BMCI continue d’afficher des signaux positifs. Distinctions RH, initiatives en finance verte, engagement opérationnel… la banque n’a rien d’un actif en difficulté. Au contraire, elle reste un acteur structurant du système bancaire national, héritier d’une longue histoire entamée dès les années 1940.
Côté marocain, l’enjeu dépasse la simple reprise. Pour Holmarcom, il s’agit de consolider un pôle financier capable de rivaliser à l’échelle régionale. L’intégration de la BMCI pourrait renforcer cette ambition, à condition de réussir la transition sans rupture un défi autant humain que stratégique.
Reste désormais l’étape réglementaire. Comme toute opération de cette ampleur, la transaction devra obtenir les autorisations nécessaires. Mais dans les cercles financiers, peu doutent de son aboutissement. Les signaux sont trop convergents pour laisser place à l’incertitude.
Au fond, ce dossier dépasse la seule BMCI. Il raconte une mutation plus profonde : celle d’un capitalisme marocain qui s’affirme, prend confiance et, progressivement, reprend la main sur ses actifs stratégiques. Sans bruit. Mais avec méthode.
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