Le cinéma face à une nouvelle révolution
Pendant plus d’un siècle, les grandes évolutions du cinéma ont surtout concerné les techniques de tournage, le son, la couleur, les effets spéciaux puis le numérique.
L’intelligence artificielle pourrait toutefois représenter un changement d’une autre ampleur. Elle ne sert plus seulement à améliorer une image ou à faciliter une tâche technique : elle peut désormais générer des images, modifier des séquences, reproduire des voix ou participer à certaines étapes de la création.
Cette transformation était au centre du Sommet Lumière, organisé le 7 septembre à Saint-Paul-de-Vence.
Réunissant environ 220 personnalités venues de 65 pays, l’événement a été consacré à l’avenir du cinéma face aux plateformes, à l’évolution des habitudes du public et à l’IA générative.
L’intelligence artificielle pourrait toutefois représenter un changement d’une autre ampleur. Elle ne sert plus seulement à améliorer une image ou à faciliter une tâche technique : elle peut désormais générer des images, modifier des séquences, reproduire des voix ou participer à certaines étapes de la création.
Cette transformation était au centre du Sommet Lumière, organisé le 7 septembre à Saint-Paul-de-Vence.
Réunissant environ 220 personnalités venues de 65 pays, l’événement a été consacré à l’avenir du cinéma face aux plateformes, à l’évolution des habitudes du public et à l’IA générative.
Une technologie qui fascine autant qu’elle inquiète
Pour l’industrie, l’IA représente d’abord un ensemble d'outils potentiellement puissants.
Elle peut contribuer à produire ou modifier rapidement certaines images, faciliter des effets visuels, travailler sur le son ou permettre de créer des éléments qui auraient auparavant nécessité des équipes et des budgets importants.
Mais cette facilité soulève une question essentielle : à partir de quel moment l’outil commence-t-il à prendre la place du créateur ?
C’est précisément l’une des préoccupations exprimées lors du Sommet Lumière. Le président français Emmanuel Macron a appelé à éviter que l’IA devienne un instrument qui « se substitue » aux auteurs, tandis que le président sud-coréen Lee Jae Myung a insisté sur la nécessité de maintenir la création audiovisuelle autour de la créativité et des émotions humaines.
Elle peut contribuer à produire ou modifier rapidement certaines images, faciliter des effets visuels, travailler sur le son ou permettre de créer des éléments qui auraient auparavant nécessité des équipes et des budgets importants.
Mais cette facilité soulève une question essentielle : à partir de quel moment l’outil commence-t-il à prendre la place du créateur ?
C’est précisément l’une des préoccupations exprimées lors du Sommet Lumière. Le président français Emmanuel Macron a appelé à éviter que l’IA devienne un instrument qui « se substitue » aux auteurs, tandis que le président sud-coréen Lee Jae Myung a insisté sur la nécessité de maintenir la création audiovisuelle autour de la créativité et des émotions humaines.
Qui possède une image créée par une machine ?
Derrière la question artistique se trouve également une bataille juridique.
Pour entraîner certains modèles d’intelligence artificielle, d’immenses quantités de contenus sont nécessaires. Or ces contenus peuvent inclure des œuvres protégées par le droit d’auteur.
Le problème est donc double : quelles œuvres ont servi à entraîner les modèles et dans quelles conditions ? Et lorsque l’IA produit ensuite une nouvelle image ou une séquence qui ressemble fortement à une œuvre existante, où placer la limite entre inspiration, transformation et reproduction ?
Ces interrogations concernent déjà directement l’industrie audiovisuelle. Lors du Sommet Lumière, les entreprises spécialisées dans l’IA générative n’étaient d’ailleurs pas présentes, alors que la question de l'utilisation des œuvres pour entraîner les modèles figurait parmi les sujets sensibles.
Pour entraîner certains modèles d’intelligence artificielle, d’immenses quantités de contenus sont nécessaires. Or ces contenus peuvent inclure des œuvres protégées par le droit d’auteur.
Le problème est donc double : quelles œuvres ont servi à entraîner les modèles et dans quelles conditions ? Et lorsque l’IA produit ensuite une nouvelle image ou une séquence qui ressemble fortement à une œuvre existante, où placer la limite entre inspiration, transformation et reproduction ?
Ces interrogations concernent déjà directement l’industrie audiovisuelle. Lors du Sommet Lumière, les entreprises spécialisées dans l’IA générative n’étaient d’ailleurs pas présentes, alors que la question de l'utilisation des œuvres pour entraîner les modèles figurait parmi les sujets sensibles.
Le risque d’un cinéma plus uniforme
Il existe aussi une inquiétude plus culturelle.
Si les mêmes outils sont utilisés par les studios du monde entier, certains observateurs craignent de voir apparaître une forme d’uniformisation. Des images très efficaces techniquement pourraient se multiplier, mais avec des styles et des constructions narratives de plus en plus proches.
Cette question dépasse donc la simple opposition entre « films faits par des humains » et « films faits par des machines ».
Elle concerne la diversité culturelle.
Le Sommet Lumière a justement placé cette diversité parmi ses engagements, avec une déclaration appelant notamment à protéger la diversité des œuvres et la création audiovisuelle indépendante.
Si les mêmes outils sont utilisés par les studios du monde entier, certains observateurs craignent de voir apparaître une forme d’uniformisation. Des images très efficaces techniquement pourraient se multiplier, mais avec des styles et des constructions narratives de plus en plus proches.
Cette question dépasse donc la simple opposition entre « films faits par des humains » et « films faits par des machines ».
Elle concerne la diversité culturelle.
Le Sommet Lumière a justement placé cette diversité parmi ses engagements, avec une déclaration appelant notamment à protéger la diversité des œuvres et la création audiovisuelle indépendante.
Et si l’IA changeait aussi notre manière de regarder les films ?
Le changement ne concerne pas uniquement ceux qui fabriquent les films.
L'intelligence artificielle modifie également la manière dont les spectateurs découvrent les œuvres. Les plateformes utilisent déjà des systèmes algorithmiques pour recommander des films et des séries.
Demain, des agents d’IA pourraient aller encore plus loin en sélectionnant directement les contenus pour leurs utilisateurs.
La « découvrabilité » des œuvres est d’ailleurs devenue un enjeu suffisamment important pour apparaître dans la déclaration issue du Sommet Lumière.
Les participants y soulignent que, dans un environnement où les contenus sont extrêmement nombreux, parvenir à faire découvrir une œuvre au public devient presque aussi important que de la créer.
L'intelligence artificielle modifie également la manière dont les spectateurs découvrent les œuvres. Les plateformes utilisent déjà des systèmes algorithmiques pour recommander des films et des séries.
Demain, des agents d’IA pourraient aller encore plus loin en sélectionnant directement les contenus pour leurs utilisateurs.
La « découvrabilité » des œuvres est d’ailleurs devenue un enjeu suffisamment important pour apparaître dans la déclaration issue du Sommet Lumière.
Les participants y soulignent que, dans un environnement où les contenus sont extrêmement nombreux, parvenir à faire découvrir une œuvre au public devient presque aussi important que de la créer.
Le cinéma doit-il choisir entre technologie et création ?
La question n’est probablement pas de savoir si l’IA va entrer dans le cinéma. Elle y est déjà.
Le véritable débat porte plutôt sur la place qu’on souhaite lui donner.
Utilisée comme un outil supplémentaire entre les mains d’un réalisateur, d’un scénariste ou d’une équipe artistique, elle peut ouvrir de nouvelles possibilités.
Utilisée pour remplacer systématiquement certaines étapes de la création, elle pourrait en revanche modifier profondément le fonctionnement de l’industrie et la relation entre une œuvre et ceux qui l’ont imaginée.
Le débat est d’autant plus important que le cinéma traverse déjà une période de transformation : selon le Centre national du cinéma français cité lors du sommet, la fréquentation des salles a chuté de 40 % en cinq ans depuis la crise sanitaire.
Les plateformes gratuites, les réseaux sociaux et les nouvelles habitudes de consommation ajoutent encore à cette pression.
L’enjeu des prochaines années ne sera donc peut-être pas de choisir entre cinéma et intelligence artificielle, mais de déterminer comment faire coexister une technologie capable de produire toujours davantage avec un art dont la valeur repose précisément sur ce qui ne se mesure pas facilement : une vision, une émotion et une intention humaine.
Le véritable débat porte plutôt sur la place qu’on souhaite lui donner.
Utilisée comme un outil supplémentaire entre les mains d’un réalisateur, d’un scénariste ou d’une équipe artistique, elle peut ouvrir de nouvelles possibilités.
Utilisée pour remplacer systématiquement certaines étapes de la création, elle pourrait en revanche modifier profondément le fonctionnement de l’industrie et la relation entre une œuvre et ceux qui l’ont imaginée.
Le débat est d’autant plus important que le cinéma traverse déjà une période de transformation : selon le Centre national du cinéma français cité lors du sommet, la fréquentation des salles a chuté de 40 % en cinq ans depuis la crise sanitaire.
Les plateformes gratuites, les réseaux sociaux et les nouvelles habitudes de consommation ajoutent encore à cette pression.
L’enjeu des prochaines années ne sera donc peut-être pas de choisir entre cinéma et intelligence artificielle, mais de déterminer comment faire coexister une technologie capable de produire toujours davantage avec un art dont la valeur repose précisément sur ce qui ne se mesure pas facilement : une vision, une émotion et une intention humaine.