Dans un contexte de transformation économique et institutionnelle, la Cour des comptes s’apprête à redéfinir ses priorités pour la période 2027-2031. L’enjeu dépasse la simple surveillance budgétaire. Il s’agit désormais de consolider la transparence, d’améliorer la performance publique et d’instaurer un climat de sécurité juridique propice à l’investissement et à l’efficacité administrative.
Selon les éléments rapportés par la presse économique nationale, la présidente de l’institution insiste sur un changement d’approche : les juridictions financières ne doivent plus se limiter à constater les irrégularités. Elles doivent contribuer à prévenir les dérives, accompagner la bonne gouvernance et instaurer un climat de confiance durable entre l’État, les gestionnaires publics et les citoyens.
Cette orientation se traduit par un projet de réforme du cadre légal actuellement à l’examen. L’objectif est clair : moderniser des procédures héritées du code en vigueur depuis 2003 et tirer parti de plus de vingt années d’expérience. La réforme vise à rendre le contrôle des finances publiques plus efficace tout en respectant les principes d’équité et de transparence qui fondent le droit administratif.
Sur le plan opérationnel, l’ambition est double : accroître la valeur ajoutée des missions de contrôle et réduire les risques de corruption. Mais la démarche se veut aussi protectrice pour les gestionnaires publics. En sécurisant les procédures et en clarifiant les responsabilités, la Cour entend favoriser des décisions rapides et éclairées, condition essentielle à l’efficacité des politiques publiques.
Cette exigence de rigueur se reflète également dans la gestion des déclarations de patrimoine, considérées comme un instrument central de prévention de la corruption et de reddition des comptes. La Cour a récemment rappelé aux élus des collectivités territoriales et des chambres professionnelles l’obligation de renouveler leurs déclarations. Sur les 10 615 personnes concernées, certaines doivent encore régulariser leur situation auprès des cours régionales des comptes.
La modernisation passe aussi par le numérique. L’institution plaide pour un système intégré de déclaration électronique couvrant l’ensemble du processus : identification des assujettis, dépôt, traitement et contrôle. Ce dispositif vise à simplifier les formulaires, élargir leur contenu pour refléter la réalité patrimoniale et améliorer la traçabilité des informations.
Les progrès enregistrés restent significatifs. Le taux de conformité atteint 100 % chez les ministres, les parlementaires, les magistrats financiers et les membres du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle. Les élus locaux affichent 94 % de conformité, tandis que la fonction publique enregistre une moyenne de 86 %. Malgré ces avancées, plusieurs milliers de fonctionnaires restent en défaut, entraînant mises en demeure et procédures.
Au-delà des chiffres, la démarche s’inscrit dans une vision plus large : adapter les institutions aux exigences contemporaines de transparence et d’intégrité. La Cour des comptes, juridiction constitutionnelle chargée du contrôle des finances publiques et des collectivités territoriales, joue un rôle clé dans la moralisation de la vie publique et la protection des deniers publics.
La stratégie 2027-2031 pourrait ainsi marquer un tournant. En conjuguant modernisation juridique, transformation numérique et renforcement de l’éthique publique, la Cour des comptes cherche à faire du contrôle financier un véritable levier de confiance démocratique. Dans un Maroc en mutation, où l’efficacité institutionnelle devient une attente citoyenne forte, cette évolution pourrait bien redéfinir le rapport entre gouvernance publique et confiance collective.