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Fin du démarchage en France : le choc commence à se faire sentir au Maroc


Rédigé par le Samedi 5 Septembre 2026

La réforme française du démarchage téléphonique commence à secouer les centres d’appel marocains, avec de premiers emplois touchés et des inquiétudes pour le secteur.



Le téléphone se tait

Fin du démarchage en France : le choc commence à se faire sentir au Maroc
Le téléphone sonne moins dans certains centres d’appel marocains.

Depuis le 11 août 2026, la France interdit le démarchage téléphonique commercial sans consentement préalable du consommateur.

Une nouvelle règle qui touche directement les entreprises marocaines tournées vers le marché français et qui commence déjà à faire sentir ses effets sur l’emploi.

Une nouvelle règle qui change la donne

En France, le principe a été complètement inversé. Avant la réforme, les entreprises pouvaient contacter des particuliers sous certaines conditions, sauf opposition de leur part. Depuis le 11 août, elles doivent obtenir leur accord avant de les démarcher par téléphone.

Cette interdiction concerne le démarchage commercial non sollicité auprès des particuliers. Certaines situations restent toutefois autorisées, notamment lorsqu’un contrat est en cours avec le consommateur.

Pour les centres d’appel marocains spécialisés dans la téléprospection, le changement est donc loin d’être anodin.

Une partie de leur activité dépend directement des campagnes commerciales réalisées pour des entreprises françaises.

Et les premiers signaux commencent à apparaître.


À Casablanca, des premiers emplois touchés

L’impact exact reste encore difficile à mesurer. La réforme est entrée en vigueur au mois d’août, une période où une partie des activités tourne au ralenti. Il faudra donc plusieurs semaines pour disposer d’un bilan complet.

Mais à Casablanca, certaines fermetures sont déjà signalées. Des enseignes ont disparu de leurs locaux et certains espaces commerciaux restent sans nouvelle activité.

Un centre installé au Technopark aurait notamment fermé, laissant une cinquantaine de salariés sans emploi.

Le dossier a été porté devant l’inspection du travail, avant d’être transmis à la commission provinciale d’enquête et de conciliation après l’absence d’accord avec l’employeur.

Les organisations syndicales avancent, de leur côté, une estimation d’environ 10.000 emplois déjà touchés. Ce chiffre doit toutefois être présenté comme une estimation syndicale et non comme un bilan officiel définitif.


Les petites structures plus vulnérables

Tous les centres d’appel ne sont pas frappés de la même manière.

Les grands acteurs de l’offshoring disposent généralement d’un portefeuille d’activités plus large. Relation client, back-office, BPO, services informatiques ou solutions liées à l’intelligence artificielle permettent de déplacer une partie des salariés vers d’autres missions.

Le cas d’Outsourcia illustre cette capacité d’adaptation. L’entreprise affirme avoir redéployé environ 150 collaborateurs directement concernés par la fin du démarchage et prévoit une création nette de près de 300 emplois en 2026.

La situation est différente pour les petites structures qui reposent presque entièrement sur la téléprospection. Avec moins d’activités alternatives et des moyens financiers plus limités, elles disposent de peu de solutions lorsque les campagnes françaises disparaissent.

C’est là que le choc peut devenir particulièrement brutal : lorsqu’un centre dépend presque entièrement d’un seul marché, la perte de ce marché peut rapidement mettre en danger toute son activité.


Un secteur stratégique pour le Maroc

L’enjeu dépasse pourtant les seuls centres d’appel. L’offshoring constitue un secteur important de l’économie marocaine et représente un vivier majeur d’emplois.

Selon le ministère de la Transition numérique, le secteur comptait 148.500 emplois à fin 2024, pour 26,22 milliards de dirhams d’exportations de services. Le Maroc vise désormais près de 40 milliards de dirhams d’exportations et 270.000 emplois à l’horizon 2030.

La contradiction est donc claire : alors que le Royaume veut continuer à développer l’offshoring, certaines activités traditionnelles sont confrontées à de nouvelles contraintes sur leurs principaux marchés.


La FNCAMO demande une reconversion

Face à cette situation, la Fédération nationale des centres d’appel et métiers d’offshoring (FNCAMO), affiliée à l’UMT, a adressé le 2 septembre un mémorandum au gouvernement.

Le syndicat estime que le secteur traverse un « tournant décisif », sous l’effet combiné de la fin du démarchage en France, de l’intelligence artificielle et de l’automatisation.

La fédération demande notamment un programme national de reconversion avant tout licenciement lié aux transformations technologiques. Elle propose également de renforcer la représentation des travailleurs dans les instances chargées de l’externalisation et de revoir l’offre marocaine d’offshoring à l’horizon 2030.

L’objectif affiché est de transformer les salariés dont les métiers évoluent plutôt que de les laisser sortir du marché du travail.


Après le démarchage, l’IA

Car la réforme française n’est pas le seul défi.

L’intelligence artificielle et l’automatisation commencent elles aussi à modifier les métiers des centres de contact.

Certaines tâches répétitives peuvent progressivement être prises en charge par des outils automatisés, tandis que les entreprises recherchent davantage de profils capables de gérer des missions techniques ou à plus forte valeur ajoutée.

Pour le Maroc, le véritable défi sera donc de monter en gamme sans laisser une partie des salariés sur le bord de la route.

La fin du démarchage téléphonique en France agit ainsi comme un accélérateur. Elle pousse un secteur longtemps associé aux appels commerciaux à repenser son modèle, ses compétences et surtout son avenir.





Samedi 5 Septembre 2026