En 2025, les comptes publics du Royaume ont connu une évolution marquante : un déficit budgétaire de 60,5 milliards de dirhams, ce qui représente 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) un chiffre conforme aux prévisions de la Loi de finances 2025. Cette performance reflète non seulement une maîtrise des équilibres budgétaires dans un contexte externe encore incertain, mais aussi un ajustement stratégique du Trésor marocain dans la manière de mobiliser les financements nécessaires.
Le succès de l’exercice 2025 repose d’abord sur une dynamique favorable des recettes ordinaires, qui ont dépassé les objectifs initiaux avec un taux de réalisation de plus de 107 %. Ce dépassement s’explique par une progression soutenue des recettes fiscales particulièrement l’impôt sur les sociétés (IS) et l’impôt sur le revenu (IR) ainsi que par une contribution forte de la TVA, qui a généré un excédent notable comparé à 2024.
Les recettes non fiscales ont, elles aussi, surpris à la hausse, grâce à une activation plus intense de mécanismes innovants de financement, contribuant ainsi à renforcer l’autofinancement de l’État. Cette performance globale des recettes a offert une assise plus solide, malgré la persistance de défis macroéconomiques liés à l’environnement régional et mondial.
Du côté des dépenses, l’exécution budgétaire a été globalement maîtrisée, avec un taux de réalisation également autour de 107 %. À y regarder de plus près, cette stabilité globale cache des tendances contrastées : alors que les charges associées aux biens et services ont augmenté au fil de l’année, le poids de la compensation a significativement diminué, allégeant ainsi les pressions sur les finances publiques. Cette combinaison a permis d’augmenter le solde ordinaire et de dégager des marges pour soutenir l’investissement.
Le niveau des dépenses d’investissement public est un autre point fort de l’année : il a dépassé les 125 milliards de dirhams, en progression à la fois par rapport aux prévisions de la Loi de finances et à l’exercice précédent. Cette hausse illustre la capacité du Royaume à poursuivre des projets structurants infrastructures énergétiques, mobilité, services publics tout en poursuivant son objectif de soutien à l’activité économique et au pouvoir d’achat.
Cependant, le changement le plus significatif vient de la structure du financement du besoin du Trésor. Alors que la Loi de finances tablait sur un financement largement extérieur, l’exécution a montré une mobilisation beaucoup plus forte du marché domestique de la dette. Le Trésor a ainsi levé 37,1 milliards de dirhams sur le marché intérieur, contre seulement 6,7 milliards prévus initialement, représentant environ 50 % des besoins annuels du Trésor contre seulement 11 % anticipés dans la LF.
À l’inverse, le financement extérieur net s’est établi à environ 37 milliards de dirhams, en dessous des 51,5 milliards attendus. Ce rééquilibrage des sources de financement révèle une capacité accrue du marché intérieur à absorber une offre plus importante de bons du Trésor, réduisant ainsi la dépendance envers les ressources extérieures.
Cette poussée vers le marché intérieur n’a pas été sans incidence sur les taux obligataires : une hausse des taux a été observée au cours du quatrième trimestre 2025, atteignant des niveaux que l’on n’avait pas vus depuis plusieurs trimestres. Cette réaction est partiellement liée à la pause prolongée de Bank Al‑Maghrib sur ses cycles monétaires et au recentrage des portefeuilles des investisseurs institutionnels vers des actifs offrant des rendements plus attractifs.
Pour autant, sur l’ensemble de l’année, la tendance globale des taux reste baissière, soutenue par une inflation qui s’est repliée à environ 0,8 % en 2025, contre 1 % en 2024, ainsi que par une diversification des sources de financement notamment via une émission internationale réussie de 2 milliards d’euros, qui a contribué à alléger la pression sur l’offre locale de dette.
Malgré l’augmentation du recours au marché domestique, la trajectoire d’endettement public reste jugée soutenable. Selon les estimations, le ratio dette/PIB devrait légèrement reculer pour atteindre 67,2 % en 2025, contre 67,7 % en 2024. La part de la dette extérieure ne dépasserait pas 27 % de l’endettement global, un niveau conforme aux repères internationaux (entre 25 % et 30 %) pour un pays émergent.
Cette architecture de financement met en lumière une nouvelle donne : loin d’être un signe de faiblesse, le recours accru au marché domestique reflète une maturité accrue du marché obligataire marocain, capable d’absorber des volumes importants et de jouer un rôle structurant dans le financement public. Cette capacité est essentielle pour un pays qui cherche à concilier investissements ambitieux, stabilité macroéconomique et résilience face à des chocs externes.
L’année budgétaire 2025 a démontré que le Maroc peut atteindre ses objectifs financiers tout en adaptant ses stratégies de financement à un environnement mouvant. En confiant une place centrale au marché domestique, le Trésor marocain a non seulement renforcé l’autonomie financière du pays, mais aussi consolidé les fondements d’une croissance durable, inclusive et solidement ancrée dans le tissu économique national.
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