Les deux programmes sont sérieux, structurés et, il faut le reconnaître, d’un niveau sensiblement supérieur aux catalogues électoraux auxquels nous avons parfois été habitués.
Mais ils proposent deux philosophies assez différentes de l’action publique. Le PAM a choisi la lisibilité maximale. Son offre est organisée autour de cinq Pactes : pouvoir d’achat, intégration de la jeunesse, citoyenneté, sécurité stratégique, croissance et durabilité.
Le cinquième Pacte est présenté comme le moteur économique destiné à financer les engagements sociaux du programme.
L’ensemble forme une narration politique très efficace : protéger le citoyen, accompagner le jeune, améliorer les services publics, sécuriser les ressources stratégiques et produire davantage de croissance.
La grande force du programme du PAM réside incontestablement dans sa dimension sociale.
Le parti met directement sur la table ce que les ménages ressentent chaque jour : les prix, les revenus, l’électricité, les retraites, l’emploi et le logement.
Il propose notamment une aide sociale directe minimale de 1.000 DH par mois et par famille éligible, une retraite minimale de 3.000 DH dans le public comme dans le privé, la revalorisation de la pension de veuvage à 100 % de la retraite du conjoint décédé, ainsi que la gratuité des petites factures d’électricité inférieures à 100 DH par mois.
Cette dernière mesure doit néanmoins être correctement décrite : le PAM prévoit de la financer par une contribution de solidarité appliquée aux consommations électriques les plus élevées.
Il s’agit donc moins d’une gratuité économique de l’électricité que d’une péréquation entre consommateurs, les plus gros finançant une partie des plus petits.
Le cinquième Pacte est présenté comme le moteur économique destiné à financer les engagements sociaux du programme.
L’ensemble forme une narration politique très efficace : protéger le citoyen, accompagner le jeune, améliorer les services publics, sécuriser les ressources stratégiques et produire davantage de croissance.
La grande force du programme du PAM réside incontestablement dans sa dimension sociale.
Le parti met directement sur la table ce que les ménages ressentent chaque jour : les prix, les revenus, l’électricité, les retraites, l’emploi et le logement.
Il propose notamment une aide sociale directe minimale de 1.000 DH par mois et par famille éligible, une retraite minimale de 3.000 DH dans le public comme dans le privé, la revalorisation de la pension de veuvage à 100 % de la retraite du conjoint décédé, ainsi que la gratuité des petites factures d’électricité inférieures à 100 DH par mois.
Cette dernière mesure doit néanmoins être correctement décrite : le PAM prévoit de la financer par une contribution de solidarité appliquée aux consommations électriques les plus élevées.
Il s’agit donc moins d’une gratuité économique de l’électricité que d’une péréquation entre consommateurs, les plus gros finançant une partie des plus petits.
Mais la proposition la plus spectaculaire reste la réforme de l’impôt sur le revenu.
Le PAM prévoit une exonération totale jusqu’à 15.000 DH de salaire brut mensuel, un taux de 10 % entre 15.000 et 46.000 DH et un taux maximal de 20 % au-delà. Politiquement, l’impact serait considérable, puisqu’une grande partie des salariés imposés verraient leur revenu disponible augmenter immédiatement.
Budgétairement, en revanche, cette mesure constitue probablement l’un des points les plus sensibles de tout le programme. La jeunesse représente l’autre volet particulièrement solide de l’offre du PAM.
Le parti cherche à construire un parcours allant de la prévention du décrochage scolaire à la formation, puis à la première expérience professionnelle, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, à la mobilité et au logement.
Il prévoit notamment un programme massif d’intégration des jeunes NEET, un dispositif de premier emploi visant 500.000 jeunes, l’accompagnement de 60.000 microentreprises, 125.000 mobilités professionnelles internationales organisées et la construction de 100.000 petits logements locatifs abordables.
Le PAM annonce parallèlement la création d’au moins un million d’emplois nets au cours de la législature : 250.000 dans l’industrie et la substitution aux importations, 270.000 dans le numérique, le savoir et l’offshoring, 360.000 liés aux chantiers du Mondial 2030 et au tourisme, 80.000 en milieu rural et 40.000 dans le sport et la culture.
L’objectif annoncé est de ramener le chômage à 7 %.
Cet effort de quantification mérite d’être salué : le parti accepte le principe essentiel selon lequel un programme électoral doit pouvoir être mesuré et jugé quelques années plus tard.
Le Pacte de la citoyenneté est lui aussi particulièrement ambitieux : quatre nouveaux CHU, mise à niveau de 1.600 centres de santé et de 90 hôpitaux, amélioration du transport et de la restauration scolaires, aide spécifique au logement rural, réhabilitation de bâtiments menaçant ruine, développement du très haut débit dans les territoires ruraux, création d’espaces numériques de proximité et fonds spécifique pour accélérer l’officialisation de l’amazighe.
Sa conception de la souveraineté est également moderne.
Le programme prévoit une réserve stratégique de carburant couvrant trois mois de consommation, un objectif de 52 % d’énergies renouvelables dans la production électrique, six nouvelles stations de dessalement, 400 petits barrages et retenues collinaires, l’extension de l’irrigation au goutte-à-goutte et la formation de milliers de spécialistes en intelligence artificielle et cybersécurité.
Budgétairement, en revanche, cette mesure constitue probablement l’un des points les plus sensibles de tout le programme. La jeunesse représente l’autre volet particulièrement solide de l’offre du PAM.
Le parti cherche à construire un parcours allant de la prévention du décrochage scolaire à la formation, puis à la première expérience professionnelle, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, à la mobilité et au logement.
Il prévoit notamment un programme massif d’intégration des jeunes NEET, un dispositif de premier emploi visant 500.000 jeunes, l’accompagnement de 60.000 microentreprises, 125.000 mobilités professionnelles internationales organisées et la construction de 100.000 petits logements locatifs abordables.
Le PAM annonce parallèlement la création d’au moins un million d’emplois nets au cours de la législature : 250.000 dans l’industrie et la substitution aux importations, 270.000 dans le numérique, le savoir et l’offshoring, 360.000 liés aux chantiers du Mondial 2030 et au tourisme, 80.000 en milieu rural et 40.000 dans le sport et la culture.
L’objectif annoncé est de ramener le chômage à 7 %.
Cet effort de quantification mérite d’être salué : le parti accepte le principe essentiel selon lequel un programme électoral doit pouvoir être mesuré et jugé quelques années plus tard.
Le Pacte de la citoyenneté est lui aussi particulièrement ambitieux : quatre nouveaux CHU, mise à niveau de 1.600 centres de santé et de 90 hôpitaux, amélioration du transport et de la restauration scolaires, aide spécifique au logement rural, réhabilitation de bâtiments menaçant ruine, développement du très haut débit dans les territoires ruraux, création d’espaces numériques de proximité et fonds spécifique pour accélérer l’officialisation de l’amazighe.
Sa conception de la souveraineté est également moderne.
Le programme prévoit une réserve stratégique de carburant couvrant trois mois de consommation, un objectif de 52 % d’énergies renouvelables dans la production électrique, six nouvelles stations de dessalement, 400 petits barrages et retenues collinaires, l’extension de l’irrigation au goutte-à-goutte et la formation de milliers de spécialistes en intelligence artificielle et cybersécurité.
Le PAM considère donc désormais l’eau, l’énergie, l’alimentation, la technologie et les données comme les différentes composantes d’une même sécurité nationale.
C’est une évolution doctrinale pertinente. L’Istiqlal suit une logique différente.
Son programme compte 99 mesures réparties autour de cinq grands engagements concernant la famille, la lutte contre la corruption et les rentes, le pouvoir d’achat et la classe moyenne, les services publics et la jeunesse, ainsi que la souveraineté stratégique. Il est moins facile à résumer que celui du PAM, mais plus doctrinal dans certains domaines.
Son point de départ repose sur une idée forte : plusieurs certitudes du monde d’hier ont disparu.
Nous ne sommes plus assurés de pouvoir importer en permanence ce que nous ne produisons pas ; l’énergie peut devenir un instrument de puissance géopolitique ; l’eau et l’alimentation ne sont plus garanties ; le progrès technologique ne produit plus automatiquement davantage d’emplois ; les chaînes d’approvisionnement peuvent enfin être interrompues par une guerre, une pandémie ou une crise commerciale.
De ce diagnostic découle un modèle d’État à la fois protecteur et stratège. L’Istiqlal accorde ainsi une place intéressante à des sujets longtemps restés périphériques dans les politiques publiques : santé mentale, addictologie, gériatrie, accompagnement familial, crèches sociales, soutien aux familles prenant en charge des personnes âgées ou handicapées.
Il propose également une aide pouvant atteindre 5.000 DH pour les jeunes se mariant, un congé parental flexible rémunéré et une meilleure prise en charge des consultations psychologiques.
Son volet consacré à la corruption mérite également une attention particulière.
Loi sur les conflits d’intérêts, extension des déclarations de patrimoine et d’intérêts, lutte contre l’enrichissement illicite, protection des lanceurs d’alerte, numérisation des procédures, réduction du pouvoir discrétionnaire de l’administration et remplacement progressif de certaines autorisations par des cahiers des charges : derrière cet ensemble se trouve une idée pertinente, celle selon laquelle la corruption ne se combat pas uniquement en punissant les corrompus, mais aussi en supprimant les mécanismes qui produisent la rente, l’arbitraire et l’opacité.
Mais c’est probablement dans sa conception de la souveraineté productive que l’Istiqlal propose sa réflexion la plus intéressante.
Le parti veut identifier et réduire les dépendances stratégiques du Maroc, renforcer les stocks de produits essentiels, placer la sécurité hydrique au premier rang des priorités, augmenter le contenu local dans les investissements énergétiques, mettre en place une tarification marocaine du carbone, renforcer la valeur produite au Maroc dans les marchés publics, faire monter en gamme l’automobile et l’aéronautique, développer une chaîne nationale de l’intelligence artificielle, renforcer la cybersécurité et favoriser l’émergence d’industries pharmaceutiques, vaccinales et de défense, ainsi que d’une flotte commerciale nationale.
Son programme compte 99 mesures réparties autour de cinq grands engagements concernant la famille, la lutte contre la corruption et les rentes, le pouvoir d’achat et la classe moyenne, les services publics et la jeunesse, ainsi que la souveraineté stratégique. Il est moins facile à résumer que celui du PAM, mais plus doctrinal dans certains domaines.
Son point de départ repose sur une idée forte : plusieurs certitudes du monde d’hier ont disparu.
Nous ne sommes plus assurés de pouvoir importer en permanence ce que nous ne produisons pas ; l’énergie peut devenir un instrument de puissance géopolitique ; l’eau et l’alimentation ne sont plus garanties ; le progrès technologique ne produit plus automatiquement davantage d’emplois ; les chaînes d’approvisionnement peuvent enfin être interrompues par une guerre, une pandémie ou une crise commerciale.
De ce diagnostic découle un modèle d’État à la fois protecteur et stratège. L’Istiqlal accorde ainsi une place intéressante à des sujets longtemps restés périphériques dans les politiques publiques : santé mentale, addictologie, gériatrie, accompagnement familial, crèches sociales, soutien aux familles prenant en charge des personnes âgées ou handicapées.
Il propose également une aide pouvant atteindre 5.000 DH pour les jeunes se mariant, un congé parental flexible rémunéré et une meilleure prise en charge des consultations psychologiques.
Son volet consacré à la corruption mérite également une attention particulière.
Loi sur les conflits d’intérêts, extension des déclarations de patrimoine et d’intérêts, lutte contre l’enrichissement illicite, protection des lanceurs d’alerte, numérisation des procédures, réduction du pouvoir discrétionnaire de l’administration et remplacement progressif de certaines autorisations par des cahiers des charges : derrière cet ensemble se trouve une idée pertinente, celle selon laquelle la corruption ne se combat pas uniquement en punissant les corrompus, mais aussi en supprimant les mécanismes qui produisent la rente, l’arbitraire et l’opacité.
Mais c’est probablement dans sa conception de la souveraineté productive que l’Istiqlal propose sa réflexion la plus intéressante.
Le parti veut identifier et réduire les dépendances stratégiques du Maroc, renforcer les stocks de produits essentiels, placer la sécurité hydrique au premier rang des priorités, augmenter le contenu local dans les investissements énergétiques, mettre en place une tarification marocaine du carbone, renforcer la valeur produite au Maroc dans les marchés publics, faire monter en gamme l’automobile et l’aéronautique, développer une chaîne nationale de l’intelligence artificielle, renforcer la cybersécurité et favoriser l’émergence d’industries pharmaceutiques, vaccinales et de défense, ainsi que d’une flotte commerciale nationale.
Autrement dit, l’Istiqlal cherche davantage à agir sur l’appareil productif et sur les capacités stratégiques du pays, tandis que le PAM consacre une part plus importante de son programme à la redistribution immédiate.
Et c’est là que commence le véritable crash-test : combien tout cela coûte-t-il ? Il faut d’abord être rigoureux. Aucun des documents disponibles ou lus : plaquettes et brochures des deux partis ou les articles de journaux ne permet de donner un coût exact au dirham près.
Le PAM annonce officiellement un coût additionnel de 350 milliards de DH sur cinq ans, soit 70 milliards par an.
L’Istiqlal, lui, ne publie pas de budget consolidé de ses 99 mesures. Les montants qui suivent sont donc des estimations économiques reconstruites à partir des engagements annoncés.
Pour le PAM, le premier problème apparaît dans le Pacte du pouvoir d’achat, auquel le parti affecte officiellement 150 milliards de DH.
La réforme annoncée de l’impôt sur le revenu pourrait entraîner, compte tenu de la structure actuelle des revenus imposables, un manque à gagner compris entre 109 et 164 milliards de DH sur cinq ans.
L’aide sociale directe minimale de 1.000 DH pourrait, selon le nombre de familles bénéficiaires et le niveau des prestations déjà versées, représenter autour de 89 milliards supplémentaires sur cinq ans.
La revalorisation des pensions à un minimum de 3.000 DH pourrait ajouter au moins 29 à 47 milliards, sans intégrer exhaustivement toutes les caisses et toutes les catégories de pensions. À cela s’ajouterait le coût de la revalorisation à 100 % de la pension de veuvage.
Ces trois postes représentent déjà entre 227 et 300 milliards de DH, alors que l’ensemble du Pacte du pouvoir d’achat est budgété à 150 milliards.
En remplaçant simplement ces 150 milliards par un coût central reconstruit d’environ 268 milliards, l’enveloppe totale du programme passe mécaniquement de 350 à environ 468 milliards de DH sur cinq ans, soit près de 94 milliards par an. Je retiendrais donc environ 470 milliards de DH comme estimation centrale prudente du coût réel du programme PAM, et non comme chiffre officiel du parti.
Cette estimation pourrait même rester conservatrice puisque certaines mesures, comme la pension de veuvage portée à 100 % ou encore l’exonération fiscale de cinq ans prévue pour certaines jeunes entreprises créant des emplois stables, n’y sont pas totalement individualisées.
Reste la question des 130 milliards de DH consacrés au développement territorial intégré, mentionnés dans une première documentation du programme. Leur articulation avec les 350 milliards n’apparaît pas parfaitement claire.
Dans le dossier détaillé publié par la suite, le coût global additionnel est présenté comme étant de 350 milliards, sans faire apparaître séparément cette enveloppe.
Le PAM annonce officiellement un coût additionnel de 350 milliards de DH sur cinq ans, soit 70 milliards par an.
L’Istiqlal, lui, ne publie pas de budget consolidé de ses 99 mesures. Les montants qui suivent sont donc des estimations économiques reconstruites à partir des engagements annoncés.
Pour le PAM, le premier problème apparaît dans le Pacte du pouvoir d’achat, auquel le parti affecte officiellement 150 milliards de DH.
La réforme annoncée de l’impôt sur le revenu pourrait entraîner, compte tenu de la structure actuelle des revenus imposables, un manque à gagner compris entre 109 et 164 milliards de DH sur cinq ans.
L’aide sociale directe minimale de 1.000 DH pourrait, selon le nombre de familles bénéficiaires et le niveau des prestations déjà versées, représenter autour de 89 milliards supplémentaires sur cinq ans.
La revalorisation des pensions à un minimum de 3.000 DH pourrait ajouter au moins 29 à 47 milliards, sans intégrer exhaustivement toutes les caisses et toutes les catégories de pensions. À cela s’ajouterait le coût de la revalorisation à 100 % de la pension de veuvage.
Ces trois postes représentent déjà entre 227 et 300 milliards de DH, alors que l’ensemble du Pacte du pouvoir d’achat est budgété à 150 milliards.
En remplaçant simplement ces 150 milliards par un coût central reconstruit d’environ 268 milliards, l’enveloppe totale du programme passe mécaniquement de 350 à environ 468 milliards de DH sur cinq ans, soit près de 94 milliards par an. Je retiendrais donc environ 470 milliards de DH comme estimation centrale prudente du coût réel du programme PAM, et non comme chiffre officiel du parti.
Cette estimation pourrait même rester conservatrice puisque certaines mesures, comme la pension de veuvage portée à 100 % ou encore l’exonération fiscale de cinq ans prévue pour certaines jeunes entreprises créant des emplois stables, n’y sont pas totalement individualisées.
Reste la question des 130 milliards de DH consacrés au développement territorial intégré, mentionnés dans une première documentation du programme. Leur articulation avec les 350 milliards n’apparaît pas parfaitement claire.
Dans le dossier détaillé publié par la suite, le coût global additionnel est présenté comme étant de 350 milliards, sans faire apparaître séparément cette enveloppe.
La prudence impose donc de ne pas additionner automatiquement ces 130 milliards.
S’ils sont déjà compris dans le financement annoncé, notre estimation reste autour de 470 milliards de DH. S’ils devaient en revanche constituer une enveloppe véritablement additionnelle, le coût total approcherait 600 milliards.
Cette hypothèse doit donc rester conditionnelle tant que le PAM ne l’aura pas clarifiée. Le deuxième problème du PAM concerne son financement.
Le parti prévoit 300 milliards de DH provenant conjointement du surplus de croissance et de l’élargissement de l’assiette fiscale, notamment grâce à l’intégration progressive de l’économie informelle.
S’y ajouteraient 40 milliards mobilisés par les collectivités territoriales et 10 milliards provenant de l’optimisation de la dépense publique.
Le PAM précise désormais son cadre macroéconomique : croissance réelle moyenne de 5 %, inflation autour de 2 %, déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB et dette publique réduite à 62 % du PIB à l’horizon 2031.
Il vise également une inversion progressive du rapport entre investissement public et privé, afin que ce dernier représente à terme les deux tiers de l’investissement total.
Ces précisions améliorent la cohérence du programme, mais elles ne répondent pas encore à la question essentielle : comment obtient-on précisément les 300 milliards de recettes nouvelles ? Quelle part vient réellement du supplément de croissance ? Quelle part provient de l’intégration de l’économie informelle ?
Et surtout, ces 300 milliards sont-ils calculés avant ou après le manque à gagner provoqué par la réforme de l’impôt sur le revenu ?
Le PAM propose donc simultanément d’augmenter fortement certaines dépenses permanentes, de réduire une recette fiscale permanente et de demander à la croissance et à la formalisation de l’économie de financer les deux.Ce n’est pas impossible. Mais cela doit être démontré…
Cette hypothèse doit donc rester conditionnelle tant que le PAM ne l’aura pas clarifiée. Le deuxième problème du PAM concerne son financement.
Le parti prévoit 300 milliards de DH provenant conjointement du surplus de croissance et de l’élargissement de l’assiette fiscale, notamment grâce à l’intégration progressive de l’économie informelle.
S’y ajouteraient 40 milliards mobilisés par les collectivités territoriales et 10 milliards provenant de l’optimisation de la dépense publique.
Le PAM précise désormais son cadre macroéconomique : croissance réelle moyenne de 5 %, inflation autour de 2 %, déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB et dette publique réduite à 62 % du PIB à l’horizon 2031.
Il vise également une inversion progressive du rapport entre investissement public et privé, afin que ce dernier représente à terme les deux tiers de l’investissement total.
Ces précisions améliorent la cohérence du programme, mais elles ne répondent pas encore à la question essentielle : comment obtient-on précisément les 300 milliards de recettes nouvelles ? Quelle part vient réellement du supplément de croissance ? Quelle part provient de l’intégration de l’économie informelle ?
Et surtout, ces 300 milliards sont-ils calculés avant ou après le manque à gagner provoqué par la réforme de l’impôt sur le revenu ?
Le PAM propose donc simultanément d’augmenter fortement certaines dépenses permanentes, de réduire une recette fiscale permanente et de demander à la croissance et à la formalisation de l’économie de financer les deux.Ce n’est pas impossible. Mais cela doit être démontré…
Passons maintenant à l’Istiqlal.
La reconstruction budgétaire de ses 99 mesures conduit à un ordre de grandeur central d’environ 330 milliards de DH sur cinq ans, soit environ 66 milliards par an.
On peut approximativement répartir cet effort en 50 milliards pour les politiques familiales, les crèches, la santé mentale, les addictions et l’accompagnement social ; 10 milliards pour la transformation administrative, la numérisation et les politiques d’intégrité ; 55 milliards pour le pouvoir d’achat, la lutte contre la pauvreté et le logement ; 115 milliards pour l’éducation, la santé publique et les politiques destinées aux jeunes ; enfin environ 100 milliards de fonds publics destinés à la souveraineté industrielle, technologique, pharmaceutique, numérique et logistique.
Ce chiffre de 330 milliards est une estimation et non celui du Parti de l’Istiqlal, puisque celui-ci n’a pas publié de budget consolidé de son programme.
L’enveloppe consacrée à la souveraineté suppose en outre un recours important aux entreprises publiques, aux régions, aux partenariats public-privé et au capital privé.
Si l’État devait construire lui-même les infrastructures et financer directement les industries, la flotte maritime, les équipements numériques et les autres investissements stratégiques, la facture pourrait dépasser 400 milliards de DH.
C’est là que se situe, à mes yeux, la principale différence économique entre les deux programmes. Une grande partie des dépenses istiqlaliennes est modulable, étalable ou cofinançable. Une usine peut être construite en 2029 plutôt qu’en 2028. Un fonds industriel peut attirer des capitaux privés.
Une infrastructure numérique peut être cofinancée. Une politique de contenu local peut fonctionner principalement par la réglementation, la fiscalité et la commande publique. Une pension, une allocation mensuelle ou une exonération fiscale sont beaucoup plus difficiles à suspendre lorsqu’elles ont été accordées.
Le PAM crée donc davantage de charges récurrentes, tandis que l’Istiqlal mise davantage sur des investissements, de la régulation et des mécanismes de levier. C’est une différence considérable en matière de soutenabilité budgétaire.
Cela ne signifie évidemment pas que le programme istiqlalien soit exempt de critiques. Son principal défaut est exactement inverse de celui du PAM : il ne chiffre presque rien. Il énumère de nombreuses mesures sans préciser suffisamment leur coût, leur calendrier, leur nombre de bénéficiaires ou leurs sources de financement.
L’aide de 5.000 DH au mariage peut relever davantage du symbole que d’une véritable politique familiale. Les sociétés régionales d’achat et de distribution peuvent aussi bien améliorer les circuits alimentaires que produire de nouvelles bureaucraties.
Taxer à 40 % certaines situations de monopole ne remplace pas nécessairement une véritable politique de concurrence. Enfin, 99 mesures constituent beaucoup trop de priorités pour un seul gouvernement.
On peut approximativement répartir cet effort en 50 milliards pour les politiques familiales, les crèches, la santé mentale, les addictions et l’accompagnement social ; 10 milliards pour la transformation administrative, la numérisation et les politiques d’intégrité ; 55 milliards pour le pouvoir d’achat, la lutte contre la pauvreté et le logement ; 115 milliards pour l’éducation, la santé publique et les politiques destinées aux jeunes ; enfin environ 100 milliards de fonds publics destinés à la souveraineté industrielle, technologique, pharmaceutique, numérique et logistique.
Ce chiffre de 330 milliards est une estimation et non celui du Parti de l’Istiqlal, puisque celui-ci n’a pas publié de budget consolidé de son programme.
L’enveloppe consacrée à la souveraineté suppose en outre un recours important aux entreprises publiques, aux régions, aux partenariats public-privé et au capital privé.
Si l’État devait construire lui-même les infrastructures et financer directement les industries, la flotte maritime, les équipements numériques et les autres investissements stratégiques, la facture pourrait dépasser 400 milliards de DH.
C’est là que se situe, à mes yeux, la principale différence économique entre les deux programmes. Une grande partie des dépenses istiqlaliennes est modulable, étalable ou cofinançable. Une usine peut être construite en 2029 plutôt qu’en 2028. Un fonds industriel peut attirer des capitaux privés.
Une infrastructure numérique peut être cofinancée. Une politique de contenu local peut fonctionner principalement par la réglementation, la fiscalité et la commande publique. Une pension, une allocation mensuelle ou une exonération fiscale sont beaucoup plus difficiles à suspendre lorsqu’elles ont été accordées.
Le PAM crée donc davantage de charges récurrentes, tandis que l’Istiqlal mise davantage sur des investissements, de la régulation et des mécanismes de levier. C’est une différence considérable en matière de soutenabilité budgétaire.
Cela ne signifie évidemment pas que le programme istiqlalien soit exempt de critiques. Son principal défaut est exactement inverse de celui du PAM : il ne chiffre presque rien. Il énumère de nombreuses mesures sans préciser suffisamment leur coût, leur calendrier, leur nombre de bénéficiaires ou leurs sources de financement.
L’aide de 5.000 DH au mariage peut relever davantage du symbole que d’une véritable politique familiale. Les sociétés régionales d’achat et de distribution peuvent aussi bien améliorer les circuits alimentaires que produire de nouvelles bureaucraties.
Taxer à 40 % certaines situations de monopole ne remplace pas nécessairement une véritable politique de concurrence. Enfin, 99 mesures constituent beaucoup trop de priorités pour un seul gouvernement.
Le bilan est donc assez paradoxal :
Le PAM possède probablement la meilleure machine électorale. Son programme est lisible, socialement offensif, fortement quantifié et immédiatement compréhensible.
Sa politique jeunesse est bien pensée, ses objectifs sont mesurables et sa conception de la souveraineté est moderne.
Mais son principal risque se trouve dans son architecture financière : environ 470 milliards de DH selon notre scénario central prudent, et potentiellement davantage si certaines mesures aujourd’hui insuffisamment valorisées atteignent leur pleine charge.
Le scénario proche de 600 milliards ne peut être retenu que si l’enveloppe territoriale de 130 milliards est effectivement additionnelle, ce qui reste à clarifier.
L’Istiqlal présente un programme moins spectaculaire et moins quantifié, mais davantage tourné vers la transformation productive, les services publics, la souveraineté industrielle et l’utilisation de l’argent public comme levier de l’investissement privé.
Son coût central estimé autour de 330 milliards de DH sur cinq ans paraît plus soutenable, précisément parce qu’une plus grande partie de ses engagements peut être étalée, ajustée ou cofinancée.
Si je devais aujourd’hui déterminer lequel des deux programmes me paraît le plus réaliste à exécuter entre 2027 et 2031, je donnerais l’avantage à l’Istiqlal. Non parce que son programme serait nécessairement meilleur en tous points, mais parce que l’équation financière qu’il implique semble moins risquée.
Le PAM possède probablement l’offre la plus efficace électoralement ; l’Istiqlal dispose, à ce stade, de l’équation gouvernementale la plus prudente. Mais aucun des deux ne mérite encore un blanc-seing…
Sa politique jeunesse est bien pensée, ses objectifs sont mesurables et sa conception de la souveraineté est moderne.
Mais son principal risque se trouve dans son architecture financière : environ 470 milliards de DH selon notre scénario central prudent, et potentiellement davantage si certaines mesures aujourd’hui insuffisamment valorisées atteignent leur pleine charge.
Le scénario proche de 600 milliards ne peut être retenu que si l’enveloppe territoriale de 130 milliards est effectivement additionnelle, ce qui reste à clarifier.
L’Istiqlal présente un programme moins spectaculaire et moins quantifié, mais davantage tourné vers la transformation productive, les services publics, la souveraineté industrielle et l’utilisation de l’argent public comme levier de l’investissement privé.
Son coût central estimé autour de 330 milliards de DH sur cinq ans paraît plus soutenable, précisément parce qu’une plus grande partie de ses engagements peut être étalée, ajustée ou cofinancée.
Si je devais aujourd’hui déterminer lequel des deux programmes me paraît le plus réaliste à exécuter entre 2027 et 2031, je donnerais l’avantage à l’Istiqlal. Non parce que son programme serait nécessairement meilleur en tous points, mais parce que l’équation financière qu’il implique semble moins risquée.
Le PAM possède probablement l’offre la plus efficace électoralement ; l’Istiqlal dispose, à ce stade, de l’équation gouvernementale la plus prudente. Mais aucun des deux ne mérite encore un blanc-seing…
Le PAM doit démontrer son financement.
L’Istiqlal doit publier le sien. Les deux copies sont bonnes, parfois même excellentes.
Il leur manque cependant à toutes les deux ce qui devrait progressivement devenir la norme de tout programme électoral sérieux au Maroc : un tableau financier quinquennal indiquant, année après année, le coût de chaque engagement, les recettes permettant de le financer, le nombre de bénéficiaires, les objectifs mesurables ainsi que l’incidence finale sur le déficit et la dette.
C’est seulement à cette condition que nous passerons véritablement des programmes électoraux aux contrats de gouvernement.
Il leur manque cependant à toutes les deux ce qui devrait progressivement devenir la norme de tout programme électoral sérieux au Maroc : un tableau financier quinquennal indiquant, année après année, le coût de chaque engagement, les recettes permettant de le financer, le nombre de bénéficiaires, les objectifs mesurables ainsi que l’incidence finale sur le déficit et la dette.
C’est seulement à cette condition que nous passerons véritablement des programmes électoraux aux contrats de gouvernement.
