Une pénurie géante pousse Kiev à regarder vers le Maroc
L’Ukraine manque de bras. Beaucoup de bras.
En pleine reconstruction et alors que la guerre continue de bouleverser le pays, les autorités ukrainiennes commencent sérieusement à envisager le recrutement de travailleurs étrangers, notamment marocains, pour soutenir certains secteurs clés comme le bâtiment et la logistique.
Une annonce qui fait déjà réagir, surtout dans un contexte où de nombreux jeunes Marocains cherchent des opportunités de travail à l’étranger.
Selon plusieurs responsables ukrainiens, le pays fait face à une pénurie estimée à près de deux millions de travailleurs.
Un chiffre énorme, conséquence directe de la guerre, des déplacements de population et du recul du nombre d’actifs dans les zones contrôlées par Kiev.
Le Maroc dans la liste des pays ciblés
C’est Arsen Makarchuk, responsable du service des statistiques du gouvernement ukrainien, qui a confirmé cette orientation.
D’après ses déclarations relayées par la presse locale, l’Ukraine veut assouplir les conditions de recrutement des travailleurs étrangers venant de pays jugés à “faible risque migratoire”.
Et dans cette liste, on retrouve notamment le Maroc, aux côtés de l’Égypte, du Pakistan ou encore de l’Irak.
L’objectif n’est pas d’ouvrir les portes à une immigration massive du jour au lendemain. Les autorités parlent plutôt d’un recrutement ciblé dans des secteurs où les besoins explosent.
Le bâtiment figure en tête de liste, surtout avec les dégâts causés par la guerre et les besoins énormes en reconstruction. La logistique aussi est concernée, un domaine devenu stratégique pour maintenir l’économie du pays à flot.
Une Ukraine sous pression démographique
Aujourd’hui, l’Ukraine traverse une crise démographique particulièrement lourde. La population vivant dans les zones contrôlées par Kiev aurait chuté à environ 25 millions d’habitants.
Dans le même temps, le pays compte plus de 13 millions de bénéficiaires d’aides sociales et plus de 10 millions de retraités.
Résultat : le nombre de personnes actives capables de faire tourner les entreprises, les chantiers ou les services logistiques devient insuffisant.
Même si une partie des Ukrainiens réfugiés à l’étranger revient après la guerre, les experts estiment que cela ne suffira pas à combler le manque.
Et c’est là que les travailleurs étrangers entrent dans l’équation. Un scénario qui rappelle un peu certains pays européens ayant recruté massivement des ouvriers étrangers après des crises économiques ou des guerres.
Une opportunité… mais aussi des questions
Pour les Marocains, cette possible ouverture du marché ukrainien peut représenter une nouvelle opportunité professionnelle, surtout dans des métiers techniques ou manuels.
Mais pour le moment, rien n’indique encore comment ces recrutements pourraient être organisés concrètement, ni quelles seraient les conditions de travail, les salaires ou les garanties proposées.
Des experts ukrainiens reconnaissent d’ailleurs que le pays n’a pas encore une grande expérience dans la gestion d’une immigration de travail à grande échelle.
Certains parlent même de “défi culturel et administratif”, dans une société qui n’a pas l’habitude d’accueillir massivement des travailleurs venus d’Afrique ou d’Asie.
Pour l’instant, aucune annonce officielle n’a été faite du côté marocain. Mais cette piste montre à quel point la guerre en Ukraine continue d’avoir des effets jusque sur le marché mondial du travail.
Et elle rappelle aussi une réalité simple : quand un pays manque de main-d’œuvre, il finit souvent par regarder ailleurs pour relancer la machine.
Entre besoin urgent de reconstruction et crise démographique profonde, l’Ukraine semble prête à revoir sa stratégie migratoire.
Le Maroc, lui, apparaît désormais comme un partenaire potentiel dans cette équation inattendue.