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Le Maroc étudie la réintroduction du crocodile dans ses écosystèmes du Sud


Rédigé par le Jeudi 14 Mai 2026

Agadir accueille depuis le 13 mai le Congrès biennal du Groupe de spécialistes des crocodiles de l’UICN, un événement scientifique international qui met en lumière un projet surprenant : la possible réintroduction du crocodile d’Afrique de l’Ouest dans la région du Bas Drâa, au sud du Maroc.



Un congrès mondial à Agadir, bien plus qu’un rendez-vous scientifique

Le Maroc étudie la réintroduction du crocodile dans ses écosystèmes du Sud

Depuis mardi 13 mai et jusqu’au 15 mai, Agadir est devenue une véritable capitale mondiale de la conservation animale.

Chercheurs, experts et gestionnaires de la biodiversité venus de plusieurs continents s’y retrouvent pour le Congrès biennal du Groupe de spécialistes des crocodiles (CSG), affilié à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Mais derrière les conférences et les présentations scientifiques, un sujet attire particulièrement l’attention : le retour potentiel du crocodile dans les paysages marocains.

Oui, l’animal qui fait souvent frissonner dans les documentaires pourrait bien retrouver un jour les oueds du Sud.


Le crocodile, une espèce autrefois marocaine

Peu de gens le savent aujourd’hui, mais le crocodile d’Afrique de l’Ouest n’a rien d’un intrus au Maroc. Il faisait autrefois partie intégrante des écosystèmes sahariens, notamment dans l’oued Drâa et certaines gueltas du Sud.

À l’époque, le Sahara n’était pas aussi aride qu’aujourd’hui. Mais entre les sécheresses sévères des années 1950 à 1970 et la chasse intensive pour le commerce des peaux, l’espèce a progressivement disparu. Une extinction silencieuse, mais lourde de conséquences pour la biodiversité nationale.

Aujourd’hui, les scientifiques parlent d’un vide écologique laissé par cette disparition. Et c’est ce vide que le Maroc souhaite étudier, voire corriger.


Un projet de réintroduction en étude dans le Bas Drâa

Porté par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), un projet de réintroduction est actuellement à l’étude dans la région du Bas Drâa. Rien n’est encore décidé, mais les premières analyses sont en cours.

Le programme repose sur une approche très encadrée : études écologiques du milieu, évaluation des ressources en eau, mais aussi analyses socioéconomiques pour comprendre l’impact sur les populations locales.

L’idée est claire : éviter toute improvisation et garantir une cohabitation possible entre l’homme et l’animal.

Ce projet s’appuie aussi sur plusieurs structures zoologiques marocaines comme Crocoparc, le zoo d’Aïn Sebaâ, Dream Village ou encore Village Limoune, qui participent déjà à la conservation de l’espèce en captivité.


Entre science, biodiversité et terrain

Le congrès d’Agadir ne se limite pas aux salles de conférence. Les participants ont aussi prévu des sorties sur le terrain.

Une visite du Parc national de Souss-Massa permet de découvrir les espèces sahélo-sahariennes encore présentes dans la région.

Une expédition scientifique dans le désert marocain est également au programme, sur les derniers sites historiques ayant abrité le crocodile. Une manière concrète de reconnecter la science avec le terrain, là où tout a commencé.


Une ambition écologique qui fait débat

Ce projet suscite déjà curiosité et débats. Entre fascination pour le retour d’une espèce emblématique et interrogations sur les impacts locaux, le sujet est loin d’être clos.

Le Maroc affiche une ambition claire en matière de biodiversité. Et si certains y voient un pari audacieux, d’autres parlent déjà d’un tournant écologique majeur pour le Royaume.





Jeudi 14 Mai 2026