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MASI en recul : la Bourse de Casablanca freinée par la hausse des taux, la volatilité et le risk-off au Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 26 Janvier 2026

Après un début d’année plutôt tonique, la Bourse de Casablanca a brusquement changé de rythme. La semaine écoulée a remis les investisseurs face à une réalité simple : quand les taux se tendent, que la liquidité se raréfie et que la géopolitique remet du bruit dans le système, le marché marocain n’avance plus en confiance… il avance en frein moteur.



MASI en recul : la Bourse de Casablanca freinée par la hausse des taux, la volatilité et le risk-off au Maroc

Les investisseurs ont clairement levé le pied. Le risk-off s’est installé, presque sans prévenir, et l’élan du début janvier s’est éteint au fil des séances. Le résultat est visible, net, et même un peu brutal : l’indice MASI a reculé de -2,90% sur la semaine, pour clôturer autour de 18.643 points. En cinq séances, cela représente près de 570 points qui s’évaporent. Et surtout, le marché repasse en territoire négatif depuis le début de l’année, avec un YTD à -1,08%. Psychologiquement, c’est ce basculement qui fait mal : beaucoup avaient déjà “encaissé” la hausse du début janvier comme un acquis.
 

Mais le vrai sujet de la semaine n’est pas seulement cette baisse du MASI. Le cœur du problème se trouve ailleurs : sur le marché des taux, qui s’est tendu d’un cran de trop pour une place qui préfère généralement les mouvements progressifs. Le rendement du 2 ans a bondi de +24 points de base à 2,74%, tandis que le 5 ans a pris +16 points de base. Et sur le marché secondaire, la tension s’est déjà diffusée sur plusieurs maturités, ce qui envoie un signal clair : le “sans risque” redevient séduisant, et l’appétit pour les actions se refroidit mécaniquement.
 

Sur le marché primaire, le Trésor garde, pour l’instant, une marge de manœuvre appréciable. L’adjudication a permis de lever 18,45 milliards de dirhams, alors que 15,50 milliards étaient annoncés. Ce surfinancement permet de temporiser et de faire le difficile sur les conditions. Mais cette respiration pourrait être courte si les maturités longues notamment le 10 ans et le 15 ans se mettent à suivre franchement la même pente. Avec, en toile de fond, une liquidité bancaire déjà tendue, plusieurs analystes estiment que la demande sur les BDT pourrait rester sous pression sur le reste du premier trimestre 2026.
 

Dans ce climat, le MASI a bien tenté un petit numéro jeudi : une amorce de rebond, une impression de reprise… mais même là, le marché a fini par reculer. Ce détail compte, parce qu’il dit quelque chose de l’ambiance. On n’est pas dans une panique, non. Mais on est dans un marché où chaque tentative de respiration est vite vendue, comme si la prudence avait repris le dessus, réflexe après réflexe.
 

Autre élément parlant : dans cette baisse, seuls deux secteurs échappent réellement aux dégagements. Les mines, d’abord, portées par la hausse musclée des métaux précieux sur les marchés internationaux. Et les sociétés de financement, qui affichent un maigre +0,36% un petit îlot de vert, presque symbolique, qui ne suffit pas à raconter une histoire de reprise.
 

Côté performances individuelles, pas besoin de chercher loin : c’est encore une histoire de mines et de dossiers “à part”. SMI termine en tête avec +13,76% à 6.200 DH, suivie de Minière Touissit à +10,55% (2.190 DH), puis M2M Group à +5,32% (475 DH). Le reste du marché, lui, avait plutôt la main sur le bouton “prudence”, voire “réduction de risque”.
 

Et comme si cela ne suffisait pas, l’ambiance internationale n’aide jamais à garder du souffle. Le bruit géopolitique est revenu s’inviter dans les écrans, et avec lui ce vieux réflexe de marché : quand la visibilité baisse, on se replie. Les dernières séquences ont rappelé aux investisseurs des épisodes baissiers encore frais dans les mémoires, et même quand les menaces se calment, la volatilité, elle, reste installée.


Au fond, difficile de reprocher aux investisseurs marocains d’être frileux : fin de période, visibilité moyenne, taux qui montent un peu plus que prévu, liquidité bancaire sous tension, et un contexte mondial qui souffle le chaud et le froid. Dans cette configuration, le risque se paie plus cher… et le sans-risque se vend mieux. Le MASI n’a pas forcément perdu sa trajectoire de fond, mais il vient de rappeler une règle basique : à Casablanca aussi, quand les taux parlent fort, la Bourse écoute.





Lundi 26 Janvier 2026