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Maroc 2026 : l’investissement accélère, la productivité devient le vrai juge de la croissance


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 2 Février 2026

Inflation contenue, tourisme à des niveaux records, réserves de change confortables et un cycle d’investissements sans précédent : à l’horizon 2026, le Maroc avance avec des fondamentaux macroéconomiques solides. Mais derrière cette photographie rassurante, une question s’impose désormais au cœur du débat économique : ces investissements massifs, portés notamment par les grands chantiers d’infrastructure et la perspective de la Coupe du Monde 2030, produiront-ils des gains durables de productivité ? Le dernier African Market Outlook 2026 de Helios Investment Partners invite à déplacer le regard, de la stabilité acquise vers l’efficacité réelle de l’exécution.



Maroc 2026 : l’investissement accélère, la productivité devient le vrai juge de la croissance

Le diagnostic posé par Helios est clair : le Maroc n’est plus dans une phase d’urgence macroéconomique. Le reflux de l’inflation, la crédibilité des politiques publiques et la continuité des réformes ont permis d’assainir l’environnement économique. Comparé à plusieurs économies émergentes de la région, le Royaume aborde 2026 avec un cadre plus prévisible, ce qui renforce la confiance des investisseurs. Mais cette stabilité, aussi précieuse soit-elle, ne suffit plus à elle seule à soutenir une trajectoire de croissance durable.
 

Les prévisions de croissance pour 2026 illustrent ce moment charnière. Helios table sur une progression réelle du PIB de 4,2 %, tandis que les autorités marocaines affichent un objectif de 4,5 %, en ligne avec leur agenda de relance et de transformation structurelle. Dans les deux cas, le moteur principal reste l’activité non agricole : industrie, BTP, logistique et services. L’agriculture, toujours exposée aux aléas climatiques, demeure un facteur de volatilité, rappelant la nécessité de diversifier davantage les sources de croissance.
 

Ce dynamisme est étroitement lié à un cycle d’investissement d’ampleur exceptionnelle. Routes, ports, lignes ferroviaires, équipements urbains : les projets structurants se multiplient, souvent inscrits dans une vision de long terme. À cela s’ajoutent des secteurs générateurs de devises, comme le tourisme et les transferts des Marocains résidant à l’étranger, qui soutiennent la demande intérieure. En 2025, le tourisme a franchi un nouveau seuil, confirmant son rôle de pilier économique, bien au-delà de sa seule dimension conjoncturelle.
 

Sur le plan monétaire, l’inflation apparaît comme l’un des points forts du tableau. Après les chocs d’offre des années précédentes, la hausse des prix s’est nettement modérée. Bank Al-Maghrib anticipe une inflation à un niveau bas à un chiffre en 2026, offrant une marge de manœuvre appréciable pour soutenir l’activité tout en préservant la crédibilité monétaire. Cette situation facilite également la poursuite des réformes de la banque centrale, dans la perspective d’un cadre de politique monétaire plus formalisé et plus lisible.
 

Les réserves de change constituent un autre amortisseur clé. Leur niveau actuel permet de couvrir plusieurs mois d’importations, renforçant la résilience du pays face aux chocs externes. Ce coussin financier contribue à stabiliser le dirham et à rassurer partenaires et investisseurs, même si le déficit commercial structurel continue de peser sur les équilibres extérieurs.
 

Mais c’est bien sur le terrain de la productivité que se jouera la suite. Helios insiste sur ce point : l’enjeu n’est plus d’investir davantage, mais d’investir mieux. Sans gains de productivité mesurables – dans l’industrie, les services, l’administration ou le capital humain – les investissements risquent de produire des effets limités sur le revenu et l’emploi. Cela suppose une meilleure coordination entre politiques publiques, formation adaptée aux besoins du marché et intégration plus efficace des PME dans les chaînes de valeur.
 

Sur le plan budgétaire, le maintien d’une trajectoire maîtrisée reste essentiel. L’objectif de ramener le déficit public autour de 3 % du PIB témoigne d’une volonté de concilier soutien à la croissance et soutenabilité des finances publiques. Un équilibre délicat, mais crucial pour préserver la crédibilité économique du pays.


À l’aube de 2026, le Maroc avance sur des bases solides, mais se trouve à un tournant décisif. La stabilité macroéconomique est là, l’investissement s’accélère, les indicateurs rassurent. Reste désormais à franchir l’étape la plus exigeante : transformer cette dynamique en gains de productivité durables, capables d’améliorer concrètement la compétitivité et le niveau de vie. C’est à ce prix que la croissance marocaine pourra devenir non seulement plus forte, mais aussi plus inclusive et résiliente.





Lundi 2 Février 2026