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Loi 71.24 : Le Maroc réécrit le régime des chèques sans provision-vers une justice plus juste ou un pari risqué ?


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 4 Février 2026

Entrée en vigueur début février 2026, la loi n° 71.24 qui réforme en profondeur le traitement des chèques sans provision au Maroc suscite à la fois espoirs et interrogations. Après des années de sanctions pénales massives et des dizaines de milliers d’incarcérations, le législateur a opté pour un traitement plus nuancé. Retour sur une réforme majeure du Code de commerce, ses objectifs, ses chiffres et ses zones d’ombre.



Depuis Rabat jusqu’aux plateaux télé et aux cafés de Casablanca, la réforme des chèques impayés agite l’économie nationale. Longtemps perçus comme de simples incidents financiers, les chèques sans provision ont fini par se transformer en crise structurelle judiciaire, sociale et économique. Dans les couloirs du Parlement, nombreux sont ceux qui évoquent aujourd’hui une « urgence silencieuse ». Et pour cause : en 2024, le Maroc a enregistré près de 30 millions de paiements par chèque, représentant environ 1 319 milliards de dirhams, selon les statistiques de Bank Al-Maghrib.
 

Pourtant, derrière ces chiffres qui donnent le tournis, se cachent des réalités plus dures. Toujours en 2024, 972 232 chèques ont été rejetés pour insuffisance de provision, révélant l’ampleur du défi pour les entreprises, les entrepreneurs et les citoyens ordinaires.
 

Cette situation avait des conséquences très concrètes : entre 2022 et juin 2025, plus de 180 000 plaintes pour chèques impayés ont été déposées, entraînant procédures judiciaires contre 76 936 personnes, dont 58 710 ont été emprisonnées. Des individus souvent sans antécédents criminels, mais pris dans la rigidité d’un système qui criminalisait presque automatiquement l’incident de paiement.
 

La loi n° 71.24, publiée au Bulletin officiel et désormais applicable, se veut une rupture avec cette logique punitive. Concrètement, elle repense le traitement des chèques sans provision en introduisant une série de mécanismes qui privilégient la régularisation et la conciliation. Plutôt que de voir systématiquement un dossier aboutir en salle d’audience, le débiteur dispose désormais d’un délai d’un mois, renouvelable une fois avec l’accord du bénéficiaire, pour couvrir les fonds insuffisants et éviter une procédure pénale.
 

Autre disposition structurante : la réduction drastique des sanctions financières. Là où une amende équivalente à 25 % du montant du chèque était la norme, le nouveau texte fixe désormais une contribution à 2 % si le paiement intervient avant un jugement définitif. Cette nouvelle logique vise à encourager les règlements rapides, stimuler la résolution amiable des litiges et, surtout, désengorger les tribunaux d’affaires civiles ou financières qui n’ont souvent rien à voir avec la criminalité.
 

Mais cette main tendue n’est pas synonyme d’impunité. La falsification de chèques, l’usage délibéré de moyens frauduleux ou l’émission de chèques sans intention de payer restent sévèrement punis, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.
 

Un autre changement qualifié d’historique par des juristes est la suppression de l’arrestation automatique dès le dépôt de plainte. Désormais, la loi introduit des alternatives comme la surveillance judiciaire ou même le suivi électronique, privilégiant des mesures moins intrusives que l’incarcération systématique.
 

Pour les litiges strictement familiaux entre époux ou entre parents et enfants la réforme opère également une distinction importante : ces cas ne relèvent plus du pénal mais sont traités comme des différends civils, un changement significatif qui pourrait alléger des milliers de dossiers pénibles.
 

Pour les acteurs économiques, cette réforme est un signal fort : le Maroc cherche à restaurer la confiance dans le chèque comme instrument de paiement, un moyen encore très utilisé malgré la digitalisation croissante des transactions. Mais certains professionnels avertissent que les changements ne suffiront pas si d’autres aspects de la culture financière et des pratiques bancaires ne suivent pas notamment une meilleure éducation financière et des mécanismes de prévention plus robustes.
 

À première vue, la loi 71.24 représente un pari ambitieux celui de concilier fermeté contre la fraude et humanisation des réponses juridiques face à des erreurs ou des difficultés financières réelles. Son succès dépendra largement de la mise en œuvre concrète, de l’efficacité des mesures de conciliation et de la capacité des institutions à accompagner cette transition. Les prochains mois seront décisifs pour mesurer si cette réforme marque réellement un tournant dans le paysage juridique et économique marocain.
 

Entre pragmatisme et prudence, la réforme des chèques sans provision incarne la volonté du Royaume d’adapter son droit aux réalités économiques contemporaines. Une réforme applaudie par certains, scrutée avec scepticisme par d’autres — mais qui, au final, pose une question essentielle : peut-on réconcilier justice, efficacité et solidarité dans un domaine où la ligne entre erreur et fraude est souvent ténue ?






Mercredi 4 Février 2026

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Avertissement : Ces analyses sont fournies à titre purement informatif et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Elle a été réalisée par la rédaction de L'ODJ Média, sur la base des données publiées par la société et des tendances du marché. Les investisseurs sont invités à effectuer leurs propres recherches et à consulter des experts financiers avant toute prise de décision.


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