Microbiote intestinal : un point commun inattendu entre autisme, TDAH et anorexie ?


Le microbiote intestinal pourrait jouer un rôle dans plusieurs troubles neurodéveloppementaux et alimentaires.

Une étude menée auprès de 117 enfants et adolescents a mis en évidence des ressemblances dans la composition de leur flore intestinale, ainsi que des variations de certaines hormones liées à la satiété. Des résultats prometteurs, qui invitent toutefois à la prudence.



Trois troubles, des déséquilibres intestinaux similaires

L’autisme, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et l’anorexie mentale présentent des caractéristiques très différentes.

Pourtant, des chercheurs de l’université Comenius, en Slovaquie, ont observé certains points communs dans le microbiote intestinal de jeunes concernés par ces troubles.

Publiée en octobre 2025 dans la revue scientifique Neuroscience, l’étude a porté sur 117 participants, dont 65 enfants et adolescents présentant l’un des trois troubles étudiés, et 52 jeunes constituant le groupe témoin.

Les analyses ont révélé une diversité bactérienne réduite chez les participants autistes et ceux atteints de TDAH. Les chercheurs ont également observé des modifications dans le rapport entre deux grands groupes de bactéries intestinales, les Bacteroidetes et les Firmicutes, chez les trois groupes étudiés.

D’autres variations concernaient certaines bactéries spécifiques. Des bactéries du groupe Escherichia-Shigella étaient notamment plus abondantes chez les jeunes autistes et ceux présentant un TDAH. Le groupe associé à l’anorexie présentait, quant à lui, plusieurs particularités dans sa composition microbienne.

Quand l’intestin et le cerveau communiquent

Ces observations s’inscrivent dans un domaine de recherche en plein développement : celui de l’axe intestin-cerveau. Le microbiote ne participe pas uniquement à la digestion. Il interagit aussi avec différents mécanismes biologiques, notamment ceux qui concernent l’immunité et la régulation de certaines fonctions de l’organisme.

L’étude a également examiné plusieurs hormones impliquées dans la régulation de l’appétit.

Les chercheurs ont notamment relevé des taux plus faibles de peptide YY, une hormone associée à la sensation de satiété, chez les participants atteints de TDAH.

Chez les jeunes filles présentant une anorexie mentale, des variations de plusieurs hormones liées à l’alimentation ont également été constatées.

Ces résultats soulèvent une question : les modifications du microbiote peuvent-elles influencer certains comportements alimentaires ou certaines manifestations de ces troubles ? Les données recueillies ne permettent pas encore de répondre avec certitude.

Une cause ou une conséquence des troubles ?

L’une des principales difficultés consiste à déterminer le sens de cette relation. Un microbiote déséquilibré pourrait contribuer à certains mécanismes biologiques, mais il pourrait aussi être modifié par les habitudes alimentaires associées aux troubles.

Chez certaines personnes autistes ou atteintes de TDAH, par exemple, la sélectivité alimentaire ou des habitudes alimentaires particulières peuvent influencer la diversité des bactéries intestinales.

Dans l’anorexie mentale, les restrictions alimentaires et la dénutrition peuvent également transformer profondément cet écosystème.

Les chercheurs doivent donc déterminer si les différences observées précèdent l’apparition des troubles, en aggravent certains symptômes ou résultent principalement de leurs conséquences.

Ces mécanismes pourraient aussi s’influencer mutuellement.

Vers de nouvelles pistes de recherche

À terme, une meilleure compréhension des interactions entre le microbiote, le cerveau et les hormones pourrait contribuer à affiner les connaissances sur ces troubles.

Des recherches supplémentaires pourraient notamment explorer le rôle de certaines bactéries et étudier si des interventions ciblées sur le microbiote peuvent compléter les prises en charge existantes.

Il reste cependant prématuré d’envisager un diagnostic ou un traitement de l’autisme, du TDAH ou de l’anorexie fondé uniquement sur l’analyse de la flore intestinale.

L’étude porte sur un échantillon limité et met en évidence des associations, sans démontrer de lien de causalité. Le microbiote intestinal constitue donc une piste scientifique intéressante, mais il ne représente ni une explication unique ni une cause établie de ces troubles.

D’autres travaux seront nécessaires pour comprendre précisément son rôle et déterminer les éventuelles applications médicales de ces découvertes.

Vendredi 9 Octobre 2026



Rédigé par le Vendredi 9 Octobre 2026
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