Présidentielle française : qui gouvernera les transformations de l’IA ?


Au-delà des sondages, demander aux candidats une vision du travail, de la souveraineté et de la responsabilité publique.

Par Dr Az-Eddine Bennani, HDR France.



L’article publié le 21 octobre dans L’ODJ Média, intitulé « Présidentielle française : Le Pen en tête, Mélenchon en embuscade », invite à observer les rapports de force qui se dessinent à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Il ouvre aussi, à mes yeux, une interrogation plus profonde : quelle capacité les prétendants à la présidence proposent-ils de donner à la France pour gouverner les transformations économiques, sociales et institutionnelles de l’intelligence artificielle ? Le débat démocratique a besoin de connaître les projets, leurs conditions de réalisation et leurs conséquences.

Les intentions de vote éclairent un moment politique. Elles doivent aussi nous conduire à examiner les intentions de gouvernement. Depuis plus d’un demi-siècle, mon expérience de l’informatique, de l’entreprise, de la recherche et de l’enseignement m’a appris que les transformations technologiques se jouent dans les organisations.

Leur réussite dépend des compétences, des responsabilités, des pratiques professionnelles et des choix économiques qui accompagnent leur introduction.

Une technologie peut être performante et son utilisation mal pensée. Un investissement peut être considérable et ses résultats décevants lorsque les finalités restent imprécises.

Cette expérience me conduit à souhaiter que l’IA occupe une place substantielle dans le débat présidentiel français.

Une place qui permette aux citoyens de comprendre les choix proposés et d’en apprécier les effets attendus.

Le travail mérite d’être au centre de cette discussion. Lorsque certaines tâches peuvent être automatisées ou assistées, comment les entreprises comptent-elles organiser les activités, former leurs salariés et partager les gains obtenus ?

Quelle place accorder aux jeunes qui cherchent leur premier emploi, aux professionnels dont les fonctions évoluent et aux personnes expérimentées dont les connaissances pourraient être insuffisamment reconnues ?

La formation doit s’inscrire dans des situations concrètes de travail. Apprendre à interroger un outil constitue un premier pas. Savoir apprécier une réponse, repérer une erreur, comprendre ses conséquences et décider de son utilisation exige une compétence professionnelle.

Cette compétence se construit par l’apprentissage, la pratique et la transmission. Je défends, à ce titre, une mobilisation de toutes les générations.

La familiarité avec les nouveaux outils et la connaissance des organisations peuvent se renforcer mutuellement. L’expérience permet souvent de discerner ce qui manque dans une réponse apparemment convaincante : une contrainte de terrain, une exception, une histoire, une responsabilité.

Les politiques publiques devraient créer les conditions de cette coopération.

La souveraineté appelle également des engagements précis.

Elle concerne la capacité de choisir ses technologies, de comprendre ses dépendances, de protéger ses informations et de conserver une liberté de décision. Elle suppose des compétences scientifiques et industrielles, mais aussi des administrations et des entreprises capables d’évaluer les solutions qu’elles utilisent.

Les candidats devraient expliquer les capacités qu’ils souhaitent développer en France, les coopérations qu’ils envisagent et les dépendances qu’ils jugent acceptables.

Ils devraient également préciser comment les petites entreprises, les territoires et les services publics pourront accéder aux compétences et aux moyens nécessaires.

Une ambition nationale prend sa valeur lorsqu’elle peut être mise en œuvre au plus près des besoins. Dans les services publics, les finalités doivent être particulièrement lisibles.

Si l’IA est introduite dans un hôpital, un établissement d’enseignement ou une administration, quelle amélioration en attend-on ?

Une réduction des délais ? Une meilleure continuité du service ? Davantage de temps consacré aux patients, aux élèves ou aux usagers ? Comment vérifier que cette amélioration bénéficie effectivement aux personnes concernées ?

La responsabilité constitue ici une question centrale.

Qui autorise l’usage du système ? Qui vérifie ses résultats ? Qui peut suspendre son fonctionnement ? Qui répond lorsqu’une décision produit un préjudice ?

Le contrôle humain doit correspondre à un pouvoir réel d’examen, de correction et d’intervention, exercé par des personnes disposant du temps et des compétences nécessaires. Je propose donc que chaque candidat présente un engagement public sur la gouvernance de l’IA.

Cet engagement préciserait les problèmes à résoudre, les résultats attendus, les moyens mobilisés, les responsabilités attribuées et les modalités d’évaluation. Il devrait aussi prévoir la publication des résultats obtenus et les conditions de révision des choix lorsque ceux-ci ne donnent pas satisfaction.

Les citoyens pourraient ainsi apprécier les propositions à partir de questions simples : Que souhaitez-vous améliorer ? Pour qui ? Avec quels moyens ? Dans quels délais ? Et comment rendriez-vous compte des résultats ?

La France dispose de savoirs, d’expériences et de capacités de création qui méritent d’être mobilisés dans cette discussion. Je souhaite que le débat présidentiel permette de les réunir autour d’un projet explicite, discuté et évaluable.

Gouverner les transformations de l’IA, c’est organiser leur contribution au progrès économique et social tout en maintenant la responsabilité humaine. C’est sur cette capacité que les candidats devraient aussi être entendus, interrogés et jugés.


Jeudi 22 Octobre 2026

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