Psychologie : pourquoi les personnes promues ne sont-elles pas toujours les plus aptes à diriger ?


Rédigé par le Mercredi 21 Octobre 2026

Savoir se faire remarquer aide à gravir les échelons. Mais selon une méta-analyse en psychologie du travail, les qualités qui propulsent vers un poste de direction ne garantissent pas qu’on saura bien l’occuper.



Au bureau, le talent fait-il assez de bruit ?

La réunion se termine. Quelqu’un vient de présenter, avec une assurance impeccable, un projet préparé collectivement.

Deux plaisanteries, trois expressions en anglais et une poignée de main plus tard, le voilà déjà pressenti pour diriger l’équipe. Au fond de la salle, la personne qui a débloqué le dossier referme tranquillement son ordinateur.

Cette scène imaginaire pourrait se dérouler à Casablanca, à Rabat ou ailleurs. Elle pose une question familière : pour grimper au bureau, faut-il surtout savoir se montrer ?


Leadership : se faire remarquer et bien diriger, deux talents différents

Une méta-analyse menée par Nathan Baker, avec notamment Christopher Nye, apporte un éclairage sur ce décalage.

Publiée en ligne le 6 avril 2026 dans le Journal of Applied Psychology, puis dans son numéro de septembre, elle rassemble 203 jeux de données consacrés aux liens entre personnalité, émergence du leadership et efficacité des responsables.

Son intérêt : examiner des facettes précises de la personnalité plutôt que s’arrêter aux grandes catégories habituelles.

Le résultat donne matière à réfléchir devant la machine à café. L’assertivité, cette capacité à affirmer ses positions et à prendre sa place dans les échanges, est associée au fait de devenir leader. En revanche, elle n’apparaît pas associée à l’efficacité du leadership dans les résultats présentés par les chercheurs.

Parmi les caractéristiques liées à cette efficacité figurent la motivation à réussir, l’organisation, l’autodiscipline et l’optimisme. Des qualités moins spectaculaires qu’une présentation flamboyante, mais précieuses lorsque les difficultés arrivent.

Attention au raccourci qui ferait plaisir à tous les collègues contrariés : l’étude ne dit pas que les personnes qui parlent bien travaillent mal.

Elle distingue les caractéristiques associées à l’accès au leadership de celles associées à sa bonne pratique. Elle ne mesure pas non plus, à elle seule, les habitudes de promotion des entreprises marocaines.


Au bureau, la compétence a-t-elle besoin d’une vitrine ?

Pour un jeune salarié au Maroc, cette distinction peut néanmoins nourrir une réflexion très concrète. Comment rendre son travail visible sans transformer chaque réunion en campagne électorale ? Comment parler de ses résultats sans avoir l’impression de faire sa propre publicité entre deux cafés ?

Le malaise tient peut-être à cette petite promesse que l’on emporte avec soi en entrant dans la vie professionnelle : un travail bien fait finira forcément par être remarqué. Seulement, un dossier impeccable n’a pas de voix. Et résoudre discrètement un problème laisse parfois moins de traces dans les mémoires que raconter brillamment sa résolution.

On peut alors imaginer une voie plus confortable : présenter clairement ses contributions, conserver des exemples de projets aboutis et nommer aussi les personnes qui y ont participé.

Une visibilité fondée sur des faits permet de parler de soi sans jouer un personnage. Elle donne également au travail collectif une chance d’exister au-delà du dernier intervenant.


Promotion professionnelle : changer de poste, c’est aussi changer de métier

Autre point soulevé par les chercheurs : les liens entre personnalité et efficacité varient selon le niveau hiérarchique. Le même profil ne répond donc pas forcément à toutes les situations de direction.

Prenons un exemple fictif : une excellente graphiste devient responsable d’équipe. Hier, elle devait réussir ses créations. Demain, elle devra répartir les missions, expliquer des décisions et accompagner des collègues. Sa maîtrise technique reste précieuse ; ses nouvelles responsabilités demandent aussi un apprentissage.

Cela invite à regarder la promotion autrement : comme une transition à préparer, avec des attentes claires et un accompagnement. Et à reconnaître qu’une expertise peut mériter une meilleure rémunération sans obligatoirement conduire au management.

La prochaine fois qu’un collègue occupera toute la réunion, inutile donc de lui retirer symboliquement son futur fauteuil. Écoutons ses idées, puis regardons ce qui se passe après. Qui tient ses engagements ? Qui aide l’équipe à avancer ? Le bagout ouvre parfois la porte. Le quotidien, lui, finit par demander les preuves.





Mercredi 21 Octobre 2026
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