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Tarik Senhaji : une Bourse de Casablanca en croissance, sous vigilance renforcée


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 9 Février 2026

La Bourse de Casablanca traverse une phase charnière. Les indicateurs sont au vert, la confiance des investisseurs progresse et le marché confirme son rôle dans le financement de l’économie nationale. Mais derrière cette dynamique solide, les autorités de régulation et les professionnels appellent à la vigilance : la profondeur du marché, la qualité de l’information et la protection de l’épargne restent des enjeux centraux.



Tarik Senhaji : une Bourse de Casablanca en croissance, sous vigilance renforcée

À Casablanca, lors de la conférence organisée par l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB) sous le thème « Le marché boursier marocain à l’aube d’une nouvelle ère : quels défis et quelles attentes ? », le message était clair. Pour Tarik Senhaji, président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), la supervision n’est plus un simple garde-fou, mais un levier stratégique. « Notre rôle de supervision est plus que jamais indispensable pour accompagner le développement du marché, en renforcer les fondations et préserver sa crédibilité, dans le respect strict de la réglementation », a-t-il insisté.
 

Cette prise de position intervient dans un contexte de performances remarquées. L’année 2025 a confirmé la montée en puissance de la Bourse de Casablanca, avec une capitalisation ayant dépassé les 1 000 milliards de dirhams, soit plus de 60 % du PIB national. Une proportion rarement atteinte dans l’histoire financière du Royaume, et qui illustre le poids croissant du marché des capitaux dans le financement des entreprises et l’accompagnement des grandes transformations économiques.
 

Autre fait marquant : la progression nette du nombre d’investisseurs particuliers. La Bourse, longtemps perçue comme un univers réservé aux initiés, s’ouvre davantage aux ménages marocains. Pour Tarik Senhaji, cette évolution est une avancée majeure en matière de démocratisation de l’investissement. Mais elle s’accompagne d’exigences nouvelles. Plus d’investisseurs signifie aussi plus de responsabilité collective, notamment en matière de transparence, de qualité de l’information financière et de pédagogie.
 

Sur ce point, le président de l’AMMC est sans détour. L’amélioration continue de la communication financière des sociétés cotées n’est plus optionnelle. La régularité, la clarté et la lisibilité des informations publiées doivent aller de pair avec un renforcement de la recherche et de l’analyse financière produites par les acteurs du marché. Sans cela, la confiance peut rapidement s’éroder, surtout dans un environnement marqué par une volatilité accrue.
 

L’éducation financière s’impose dès lors comme un chantier prioritaire. Protéger l’investisseur, rappelle le régulateur, ne se limite pas à édicter des règles. Il s’agit aussi de donner aux citoyens les clés de compréhension nécessaires pour interagir avec le marché de manière responsable et durable. L’AMMC entend poursuivre son rôle d’impulsion, mais insiste sur la mobilisation de tout l’écosystème, en particulier les sociétés de bourse.
 

Du côté des professionnels, Amine Maamri, président de l’APSB, partage ce constat. Si la stabilité du marché est aujourd’hui acquise, la question de la liquidité demeure centrale. Un marché performant doit créer du mouvement, faciliter l’entrée et la sortie des investisseurs et assurer une formation efficiente des prix. Les progrès sont réels, reconnaît-il, mais des défis persistent en matière de profondeur du marché, de diversification des instruments financiers et d’élargissement de la base d’investisseurs, notamment internationaux.


La Bourse de Casablanca avance donc sur une ligne de crête. Les fondamentaux sont solides, la dynamique est bien là. Reste à consolider la confiance sur le long terme. Car un marché qui grandit vite, sans vigilance constante, peut fragiliser l’épargne qu’il est censé protéger. C’est à cette condition que la place casablancaise pourra pleinement jouer son rôle de levier stratégique au service d’une économie marocaine plus compétitive, inclusive et durable.





Lundi 9 Février 2026