Playing for Change: le Maroc réinvente les classiques, de Nirvana aux Doors


Du oud de Said Chraibi à la voix d’Izana Ja, le Maroc brille dans Playing for Change, mêlant traditions amazighes et gnaoua aux grands standards.



Imaginez le virtuose marocain Said Chraibi dialoguer avec Kurt Cobain sur “Come as You Are”. Imaginez-le ouvrir “Clandestino” de Manu Chao au oud. Ou encore le Raiss amazigh Hassan Amkeroud, entouré des maîtres gnaoua Ismaïl Bennadi et Amine El Alouki, faire vibrer le ribab sur un blues ancien de Robert Johnson. Et pourquoi pas une chanteuse de M’hamid El Ghizlane réinventant “Riders on the Storm” des Doors dans un arrangement planétaire, plus envoutant encore que l’original?

Cette magie porte un nom: Playing for Change. Un pari audacieux devenu mouvement mondial, jusqu’à être salué par les Nations Unies. À l’origine, une intuition simple: unir musiciens de rue et artistes confirmés autour d’enregistrements communs pour promouvoir paix et coexistence.

L’aventure démarre en 2002, lorsque le producteur Mark Johnson et la réalisatrice Whitney Kroenke sillonnent le monde avec un studio mobile. Ils captent chaque musicien dans son paysage naturel, la rue puis tissent ces performances en une œuvre unique. “Stand By Me” lance la légende. Le succès transforme des figures de trottoir comme Grandpa Elliott en icônes, sans jamais renier l’ADN du projet: l’âme des lieux, les instruments traditionnels, l’énergie locale.

Le Maroc devient rapidement l’une des escales signatures du mouvement. Peu de créations Playing for Change ne s’y arrêtent pas, révélant des talents parfois méconnus. Emblématique, Said Chraibi, compositeur et maître du oud disparu en 2016: deux ans avant sa mort, il enregistre à Casablanca une introduction pour “Clandestino”, hymne aux migrants. Huit ans après sa disparition, le projet lui rend un hommage vibrant en intégrant ses mélodies à une reprise de Nirvana, “Come as You Are”.

L’ouverture s’étend aux traditions amazighes et gnaoua. “Crossroads” marie récemment le ribab de Hassan Amkeroud aux pulsations du guembri et aux qraqeb de Bennadi et El Alouki, bâtissant un pont inédit entre le blues américain et les racines marocaines.

Plus proche de nous, une nouvelle version de “Riders on the Storm” rassemble Izana Ja, voix venue des confins du Sahara, dont les youyous dialoguent avec un didgeridoo australien et des musiciens du Sénégal, du Brésil et d’Espagne. Sa trajectoire relie M’hamid El Ghizlane à la Californie, où elle partage la scène avec les membres survivants des Doors: John Densmore à la batterie et Robby Krieger à la guitare.

Vingt ans après ses débuts, Playing for Change a réuni près de 3,5 millions d’abonnés sur YouTube. Au-delà de la chaîne, c’est une mission: la Play for Change Foundation, organisation à but non lucratif, ouvre des écoles de musique en Afrique, en Amérique latine et en Asie, offrant aux enfants vulnérables un accès à l’apprentissage et à l’expression artistique. Preuve éclatante que la musique portée par les voix du Maroc et du monde peut relier des horizons et, modestement, changer le monde.

 

Jeudi 15 Janvier 2026

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