Trésor lexicographique: le dictionnaire du melhoun d’Al-Jirari enfin disponible


Le Club Al-Jirari publie le glossaire du melhoun d’Abbas Al-Jirari: une référence de 300+ entrées pour comprendre formes, styles et héritage de la qasida.



Un nouveau jalon pour l’étude du “melhoun” marocain: un glossaire des termes artistiques de ce genre, composé par l’universitaire marocain défunt Abbas Al-Jirari, est publié par l’un des plus anciens cercles culturels du pays, le “Club Al-Jirari”, à l’occasion du deuxième anniversaire de la disparition de celui que beaucoup considèrent comme le doyen de la littérature marocaine.

Dans sa thèse fondatrice “Al-Qasida”, ouverture des recherches académiques sur l’art du melhoun, Abbas Al-Jirari souligne que la qasida de zajal, connue sous le nom de qasida du melhoun, est “l’une des expressions les plus importantes de la littérature populaire marocaine, en raison de la richesse de ses contenus, de la diversité de ses formes et de la pluralité de ses phénomènes esthétiques, ainsi que de la clarté de nombreux traits de sa trajectoire historique et de l’attrait qu’elle exerce tant sur les poètes que sur le public”.

Ainsi, “la qasida du melhoun s’est distinguée par une grande fécondité créative, dont les manifestations se reflètent dans un contenu foisonnant et un cadre constamment renouvelé. Cela s’est traduit par une langue riche et en évolution, mise au service de l’expression poétique, qu’il s’agisse des différents thèmes abordés, ou du lexique artistique et critique au moyen duquel les poètes ont défini les normes de la composition et précisé les critères de l’interprétation, dans un élan tantôt libre, tantôt inspiré de la langue arabe classique, riche de sa tradition critique, prosodique, rhétorique et stylistique”.

Dans son glossaire, Al-Jirari a sélectionné plus de trois cents termes du melhoun, présentés initialement au Ve Congrès de la Ligue arabe de la musique tenu au Maroc, afin d’attirer l’attention sur le vocabulaire propre à la chanson populaire et d’examiner les possibilités de coordination terminologique à l’échelle du monde arabe.

Après la réédition, lors du premier anniversaire de sa disparition, de la thèse “Al-Qasida: le zajal au Maroc”, épuisée depuis des années, vient maintenant la publication du “Glossaire des termes artistiques du melhoun”, devenu introuvable, rendue possible grâce au travail de Hamida Al-Saigh Al-Jirari, compagne du défunt, qui a assuré la mise en forme des entrées. Une tâche qui s’avérait difficilement réalisable par les imprimeries des années 1970.

Dans la préface de cette nouvelle édition, Hamida Al-Saigh Al-Jirari écrit qu’il s’agit d’un “livre précieux, nourri d’une matière abondante, rassemblée avec rigueur, soin et une méthode qui a permis à son auteur de surmonter les difficultés et les zones délicates inhérentes à toute entreprise pionnière. Abbas Al-Jirari s’y emploie avec honnêteté, courage et foi dans le projet qu’il s’est tracé, empruntant le chemin escarpé et résistant à toutes les entraves, face à ceux qui dénigraient ce qu’il cherchait à élever: un patrimoine littéraire populaire marocain, dans toutes ses composantes : arabophone, soussie, rifaine, hassanie et, plus largement, amazighe.”

Parmi les entrées que découvre le lecteur:

- “Al Ayoubiya”: des poèmes qui racontent les histoires des prophètes et des saints, en mettant en avant miracles et karamat, et des épisodes de la Sira liés aux guerres, également appelés “al ghazawat” (les expéditions). Le poète Al Maghraoui y a beaucoup contribué, avec des pièces célèbres comme “Al Maw’ouda”, “Al Shaddadiya” et “Jarir ibn Jarir”.

Ce thème a aussi été traité par Al Jilali Amtird (Al-Nabbach), Al Kabir ben Atiyya (“Al-Iwajiya”), Ghanem Al-Qasri (“Al-Kahfiya”), Ahmed Al-Ghrabli (“Al-Namroudiya”) et Al-Makki Ibn Al-Qurashi (“Al-Baghdadiya”).

- “Al-Harrāz”: des poèmes où le poète-amant se déguise sous diverses apparences pour atteindre sa bien-aimée et dialogue avec son “harraz” (gardien/protecteur), le plus souvent le mari, qui le repousse à chaque tentative jusqu’à ce qu’il parvienne à le tromper, entre dans la maison et rejoint l’aimée à son insu. Le déguisement de fqih  est souvent celui qui réussit. “Al-Harraz” figure parmi les grandes qasidas narratives; la plus célèbre demeure “Harraz Moulay Ali Al-Baghdadi”.

- “Al-Haddarat”: femmes qui entonnent les chants du dikr selon le style de la “hadra”.

- “Al-Sallakh”: poète qui s’approprie la poésie d’autrui en conservant les idées et en changeant les mots, on l’appelle aussi “al-khayyat” . À distinguer de “al-Massakh”, qui vole et dénature les vers d’autrui en inversant sens et expressions.


 
Vendredi 27 Février 2026

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