25.000 robotaxis arrivent en Europe : après avoir fabriqué la voiture, le Maroc doit-il apprendre à fabriquer son intelligence ?


Rédigé par le Vendredi 18 Septembre 2026

Lucid et Bolt annoncent vouloir déployer au moins 25.000 véhicules autonomes dans plusieurs villes européennes. Construits sur la future plateforme Midsize de Lucid et équipés autour de Nvidia Hyperion, ces véhicules doivent viser une conduite autonome de niveau 4 dans des zones déterminées. Pour le Maroc, l'information pose une question industrielle qui dépasse largement le robotaxi : après avoir réussi à devenir une plateforme de production automobile, comment capter une partie de la valeur créée par le logiciel, les capteurs, les données et l'intelligence embarquée ?



Pendant un siècle, la voiture était d'abord un objet mécanique : moteur, transmission, châssis, suspensions, roues. Puis l'électronique est arrivée. Et maintenant le logiciel commence à manger la voiture.

L'annonce faite le 17 septembre par Lucid et Bolt illustre ce basculement.

Les deux groupes ont conclu un partenariat visant le déploiement d'au moins 25.000 véhicules autonomes Lucid dans plusieurs villes et pays européens. Bolt affiche plus largement l'ambition de compter 100.000 véhicules autonomes sur sa plateforme en 2035.

Les véhicules doivent être développés à partir de la future plateforme Midsize de Lucid et utiliser Nvidia Hyperion.

25.000 robotaxis ne vont pas arriver demain matin

Précision importante. L'annonce porte sur un programme de développement et de déploiement.

Les véhicules devront encore franchir les étapes technologiques, réglementaires et opérationnelles nécessaires. Le niveau visé est le SAE Level 4, c'est-à-dire une conduite autonome capable de fonctionner sans intervention humaine dans un domaine d'utilisation déterminé.

Cela ne signifie donc pas une voiture capable de conduire partout, sous toutes les conditions et sur n'importe quelle route européenne.

Mais l'échelle annoncée mérite l'attention. Nous ne parlons plus de dix prototypes tournant autour d'un centre de recherche. Nous parlons d'une ambition industrielle portant sur des dizaines de milliers de véhicules.

La voiture devient un data center sur roues

Que faut-il pour qu'une automobile conduise presque seule ?

Des caméras, des radars, éventuellement d'autres capteurs, des cartes, des systèmes de localisation, du calcul, des logiciels, des modèles d'intelligence artificielle, des systèmes de sécurité, des infrastructures permettant de superviser la flotte et énormément de données.

La valeur d'une automobile se déplace donc progressivement. La tôle reste indispensable. Mais elle ne suffit plus.

Le Maroc a réussi la première révolution automobile

Le Royaume possède désormais un véritable écosystème automobile : assemblage, équipementiers, câblage, composants, logistique, formation et exportation.

Ce succès industriel doit être préservé. Mais la prochaine révolution automobile pourrait déplacer une partie importante de la valeur vers des métiers où le Maroc est encore en construction : logiciel embarqué, intelligence artificielle, cybersécurité automobile, validation, traitement des données, cartographie, simulation, supervision de flottes autonomes et électronique avancée.

Fabriquer la voiture ou fabriquer ce qui la fait décider ?

C'est probablement la question stratégique.

Une automobile autonome doit continuellement décider : freiner ou continuer, dépasser ou attendre, reconnaître un piéton, interpréter une signalisation, détecter une anomalie, choisir une trajectoire.

Toutes ces décisions sont transformées en logiciel.

Or plus la valeur automobile devient logicielle, plus la concurrence industrielle change de nature.Il ne suffit plus d'attirer une usine. Il faut également attirer les ingénieurs qui développent ce que l'usine installe.

Une opportunité pour les ingénieurs marocains

Le Maroc ne part pas de zéro. L'écosystème automobile existant constitue précisément un avantage.

Les ingénieurs logiciels peuvent travailler au contact des industriels. Les universités et écoles d'ingénieurs peuvent créer des cursus spécialisés. Les équipementiers peuvent progressivement intégrer davantage d'électronique et de logiciel. Des centres de validation pourraient tester certains systèmes. Des start-up pourraient développer des briques technologiques.

L'objectif ne devrait probablement pas être de construire immédiatement un « Waymo marocain ». Il devrait être plus pragmatique : prendre progressivement une part plus importante de la chaîne de valeur du véhicule intelligent.

Après "Made in Morocco", "Coded in Morocco" ?

Le partenariat Lucid-Bolt ne garantit évidemment aucun marché au Maroc. Mais il donne une indication sur la direction prise par l'industrie.

Nous avons réussi à devenir un pays où l'on fabrique une partie de la voiture européenne. La prochaine ambition pourrait être plus difficile : devenir aussi un pays où l'on programme une partie de son intelligence.




Vendredi 18 Septembre 2026
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