30.000 agriculteurs au cœur d’un modèle d’irrigation durable d’ici 2027


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 26 Mars 2026

Salué par la Banque mondiale, le modèle marocain d’irrigation durable s’impose comme une réponse concrète au stress hydrique et aux défis alimentaires mondiaux. À travers un mécanisme innovant de financement, près de 30.000 agriculteurs devraient en bénéficier d’ici 2027.



Au Maroc, une expérience concrète commence à retenir l’attention au-delà de ses frontières. Dans son dernier rapport consacré à la sécurité alimentaire et hydrique, la Banque mondiale ne se contente pas d’un diagnostic global : elle met en avant un cas précis, celui du Royaume, présenté comme un modèle reproductible.
 

Le contexte, lui, est sans appel. D’ici 2050, la planète comptera près de 10 milliards d’habitants. Nourrir cette population sans épuiser les ressources en eau est devenu l’un des défis majeurs du siècle. L’agriculture, qui concentre la majorité de la consommation d’eau, se retrouve au cœur d’une équation délicate : produire plus, mais avec moins.
 

C’est précisément sur ce point que le Maroc tente d’apporter une réponse pragmatique. Le pays a mis en place un mécanisme de partage des risques destiné à faciliter le financement d’équipements agricoles liés à l’irrigation et à l’énergie solaire. En réduisant le risque de crédit pour les banques, ce dispositif permet d’ouvrir plus largement l’accès au financement, notamment pour les petits exploitants.
 

Derrière cette architecture, un partenariat structuré : la Banque Centrale Populaire, la Compagnie Marocaine de Goutte-à-Goutte et de Pompage (CMGP) et la Société financière internationale. Le principe est clair : financer des systèmes d’irrigation performants et des installations solaires capables de remplacer les équipements fonctionnant aux carburants fossiles.
 

Sur le terrain, l’impact est loin d’être théorique. L’accès à ces technologies permet non seulement de réduire les coûts énergétiques, mais aussi d’optimiser l’usage de l’eau. Dans certaines exploitations, les rendements progressent, tandis que la dépendance aux aléas climatiques diminue progressivement. 
 

Selon les projections, près de 30.000 agriculteurs devraient bénéficier de ces équipements d’ici 2027. Ce chiffre, confirmé par les institutions impliquées, traduit une montée en puissance progressive d’un modèle qui combine innovation financière, transition énergétique et inclusion économique.
 

Mais au-delà du cas marocain, le rapport de la Banque mondiale met en lumière une réalité plus inquiétante. Aujourd’hui, le système agricole mondial ne permettrait de nourrir durablement qu’une partie de la population actuelle. La ressource en eau est mal répartie : surexploitée dans certaines régions, sous-utilisée dans d’autres.
 

Pour corriger ces déséquilibres, l’institution propose une approche nouvelle, articulée autour de trois leviers : mieux adapter la production aux ressources disponibles, investir dans des systèmes d’irrigation efficaces et repenser les échanges agricoles à l’échelle internationale. Dans certaines zones, cela passe par le développement de l’agriculture pluviale. Dans d’autres, par des investissements ciblés capables de stimuler la croissance et l’emploi.
 

La question du financement reste néanmoins centrale. La modernisation des systèmes d’irrigation nécessitera entre 24 et 70 milliards de dollars supplémentaires chaque année d’ici 2050. Dans le même temps, des centaines de milliards sont déjà consacrés au soutien agricole, souvent sous forme de subventions peu productives. Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement financier : il réside dans la capacité à réorienter ces ressources vers des investissements durables et efficaces.
 

Dans cette dynamique, la Banque mondiale entend renforcer son engagement, notamment à travers des programmes dédiés à l’agriculture et à l’eau. L’objectif est clair : soutenir les petits exploitants, améliorer la productivité et renforcer la résilience des systèmes alimentaires face aux chocs climatiques.
 

Le cas marocain illustre, au fond, une évolution plus large. L’agriculture n’est plus seulement une question de production, mais de gestion intelligente des ressources. Et dans un pays où le stress hydrique s’impose comme une contrainte structurelle, cette transition n’est plus un choix c’est une nécessité.
 

En misant sur une irrigation durable et un financement mieux structuré, le Maroc ne règle pas tous les défis. Mais il esquisse une trajectoire crédible : celle d’une agriculture plus sobre, plus résiliente… et, peut-être, plus souveraine face aux incertitudes de demain.





Jeudi 26 Mars 2026
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