48 équipes, billets hors de prix, distances folles : le Mondial de tous les excès ?


Rédigé par le Dimanche 7 Juin 2026

La Coupe du monde 2026 devait être une promesse d’ouverture. Elle risque aussi de devenir le révélateur d’un football mondial entré dans l’âge de la démesure. Pour la première fois, quarante-huit sélections participeront au tournoi, organisé conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Sur le papier, l’idée est séduisante : plus de pays, plus de rêves, plus de visibilité pour les nations longtemps restées aux portes de la grande scène. Mais derrière cette démocratisation affichée se cache une question plus dérangeante : à force d’élargir le Mondial, la FIFA ne risque-t-elle pas de fragiliser ce qui faisait sa force ?



La Coupe du monde XXL peut-elle encore rester populaire ?

Le football vit d’émotion, mais aussi de rareté. La Coupe du monde fascine parce qu’elle condense, tous les quatre ans, le meilleur du jeu, de la tension et du destin sportif. En passant à un format XXL, l’institution mondiale ouvre le tournoi à de nouveaux publics, mais elle allonge aussi le calendrier, multiplie les déplacements et expose les joueurs à une fatigue supplémentaire. Les clubs européens, déjà confrontés à des saisons surchargées, voient dans cette extension une nouvelle pression sur les organismes et les effectifs.

La logistique sera l’autre grand test. Trois pays hôtes, seize villes, plusieurs fuseaux horaires, des distances immenses : le Mondial 2026 ne ressemblera à aucune autre édition. Les équipes devront gérer les voyages, les changements climatiques et les temps de récupération. Les supporters, eux, devront composer avec le coût des transports, l’hébergement, les visas et l’accès aux stades. Dans un pays comme les États-Unis, où plusieurs enceintes sportives restent pensées d’abord pour l’automobile, l’expérience populaire du football pourrait être mise à rude épreuve.

La Coupe du monde XXL va-t-elle perdre son âme ?

Le vrai sujet, cependant, est peut-être ailleurs : le prix du rêve. La billetterie dynamique, inspirée des logiques commerciales de l’aérien et du spectacle, risque de transformer certains matchs en produits de luxe. Si les prix augmentent au gré de la demande, les supporters les plus fidèles pourraient être remplacés par les plus solvables. Or une Coupe du monde sans peuple devient un événement premium, mais pas forcément une fête universelle.

À cela s’ajoute la dimension politique. Organiser une Coupe du monde n’est jamais neutre. Les tensions diplomatiques, les questions migratoires, les restrictions de visas et les enjeux sécuritaires peuvent peser sur l’ambiance du tournoi. Dans une compétition censée rassembler le monde, la frontière entre fête sportive et rapport de force géopolitique n’a jamais été aussi visible.

Pour le Maroc, cette édition aura une portée particulière. Les Lions de l’Atlas arrivent avec un statut nouveau depuis leur demi-finale historique en 2022. Leur groupe annoncé, avec notamment le Brésil, l’Écosse et Haïti selon les calendriers relayés, place d’entrée la sélection nationale dans une séquence à forte charge symbolique. Mais pour les supporters marocains, suivre l’équipe sur place représentera un défi financier et administratif majeur : billets, vols, hébergement et visa américain pèseront lourd. Le Mondial 2026 sera donc aussi un test de mobilisation pour une diaspora passionnée et un public marocain devenu plus exigeant.

La FIFA veut mondialiser davantage le football. C’est légitime. Mais mondialiser ne doit pas signifier marchandiser sans limites. Le football est puissant parce qu’il appartient encore, malgré tout, aux émotions populaires. Si la Coupe du monde devient trop chère, trop lointaine, trop longue et trop complexe, elle gagnera peut-être en revenus ce qu’elle perdra en âme.

Le Mondial 2026 sera donc plus qu’un tournoi. Il sera un laboratoire. Celui d’un football qui cherche à grandir sans se diluer, à séduire sans exclure, à vendre sans se trahir. C’est peut-être là que se jouera son véritable match.




Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls… En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 7 Juin 2026
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