À quelques jours des élections législatives marocaines du 23 septembre 2026, l’intelligence artificielle devrait être au cœur du débat public.
Elle concerne déjà l’emploi, l’éducation, la santé, l’administration, la sécurité, la souveraineté des données et l’avenir de notre jeunesse. Pourtant, elle demeure encore trop souvent présentée comme un simple sujet technologique ou comme une promesse abstraite de modernisation.
Le 15 septembre 2026, Erem News a relayé un entretien accordé par Bill Gates à Reuters. Le cofondateur de Microsoft y affirme qu’aucun gouvernement dans le monde ne serait suffisamment préparé aux transformations que l’intelligence artificielle pourrait imposer à la société.
Il alerte sur les menaces pesant sur les emplois, sur les cyberattaques et sur les risques de dépendance envers les compagnons conversationnels artificiels.
Son constat sur l’impréparation des gouvernements mérite d’être entendu. Mais son discours doit également être interrogé. Bill Gates compare l’arrivée de l’intelligence artificielle à celle d’une intelligence étrangère à l’humanité, presque semblable aux créatures extraterrestres des films catastrophes.
Cette image est spectaculaire, mais elle entretient une confusion fondamentale.
Le 15 septembre 2026, Erem News a relayé un entretien accordé par Bill Gates à Reuters. Le cofondateur de Microsoft y affirme qu’aucun gouvernement dans le monde ne serait suffisamment préparé aux transformations que l’intelligence artificielle pourrait imposer à la société.
Il alerte sur les menaces pesant sur les emplois, sur les cyberattaques et sur les risques de dépendance envers les compagnons conversationnels artificiels.
Son constat sur l’impréparation des gouvernements mérite d’être entendu. Mais son discours doit également être interrogé. Bill Gates compare l’arrivée de l’intelligence artificielle à celle d’une intelligence étrangère à l’humanité, presque semblable aux créatures extraterrestres des films catastrophes.
Cette image est spectaculaire, mais elle entretient une confusion fondamentale.
L’intelligence artificielle ne vient pas d’une autre planète.
Elle ne possède ni conscience, ni volonté propre, ni intention autonome.
Elle est produite par des entreprises humaines, financée par des investissements humains, entraînée sur des données collectées par des humains et exécutée dans des infrastructures construites et contrôlées par des humains.
Les agents d’intelligence artificielle agissent dans les limites des programmes informatiques qui traduisent les algorithmes définis par leurs concepteurs, des autorisations qui leur sont accordées, des données auxquelles ils peuvent accéder, des ressources qu’ils peuvent mobiliser et des environnements techniques dans lesquels ils sont exécutés.
Lorsque ces systèmes provoquent des dommages, prennent une décision contestable, diffusent une information erronée ou accèdent à des ressources sensibles, il ne faut pas accuser une mystérieuse intelligence devenue incontrôlable. Il faut rechercher les responsabilités humaines, techniques, économiques et politiques.
Bill Gates a raison sur un point essentiel : les gouvernements sont en retard. Mais ils ne sont pas seulement en retard dans leur compréhension de la technologie. Ils le sont surtout dans leur capacité à définir les finalités, à imposer des limites, à protéger les citoyens, à contrôler les infrastructures et à demander des comptes aux acteurs industriels.
Elle est produite par des entreprises humaines, financée par des investissements humains, entraînée sur des données collectées par des humains et exécutée dans des infrastructures construites et contrôlées par des humains.
Les agents d’intelligence artificielle agissent dans les limites des programmes informatiques qui traduisent les algorithmes définis par leurs concepteurs, des autorisations qui leur sont accordées, des données auxquelles ils peuvent accéder, des ressources qu’ils peuvent mobiliser et des environnements techniques dans lesquels ils sont exécutés.
Lorsque ces systèmes provoquent des dommages, prennent une décision contestable, diffusent une information erronée ou accèdent à des ressources sensibles, il ne faut pas accuser une mystérieuse intelligence devenue incontrôlable. Il faut rechercher les responsabilités humaines, techniques, économiques et politiques.
Bill Gates a raison sur un point essentiel : les gouvernements sont en retard. Mais ils ne sont pas seulement en retard dans leur compréhension de la technologie. Ils le sont surtout dans leur capacité à définir les finalités, à imposer des limites, à protéger les citoyens, à contrôler les infrastructures et à demander des comptes aux acteurs industriels.
Cette question prend une importance particulière au Maroc à l’approche des élections législatives du 23 septembre.
Les citoyens ne voteront pas uniquement pour choisir des représentants chargés de gérer les affaires courantes. Ils choisiront aussi celles et ceux qui devront préparer le Maroc aux grandes transformations des prochaines années.
L’intelligence artificielle en fait incontestablement partie. Il ne suffit donc plus de promettre la numérisation de l’administration, le développement des plateformes ou la création de nouveaux services en ligne.
Chaque programme politique devrait expliquer clairement comment seront gouvernés les systèmes d’intelligence artificielle utilisés dans les services publics. Qui décidera de leurs finalités ? Qui contrôlera les données utilisées ? Qui vérifiera leurs résultats ? Qui sera responsable lorsqu’une décision automatisée portera préjudice à un citoyen ? Quels recours seront accessibles aux personnes concernées ?
Où seront hébergées les données marocaines ? Quelles garanties empêcheront une dépendance excessive envers des plateformes étrangères ? Comment protégerons-nous nos langues, notre culture et notre souveraineté numérique ?
Ces questions ne relèvent plus de la prospective. Elles concernent déjà le fonctionnement de l’État, des entreprises, des universités, des hôpitaux et des collectivités territoriales.
L’intelligence artificielle en fait incontestablement partie. Il ne suffit donc plus de promettre la numérisation de l’administration, le développement des plateformes ou la création de nouveaux services en ligne.
Chaque programme politique devrait expliquer clairement comment seront gouvernés les systèmes d’intelligence artificielle utilisés dans les services publics. Qui décidera de leurs finalités ? Qui contrôlera les données utilisées ? Qui vérifiera leurs résultats ? Qui sera responsable lorsqu’une décision automatisée portera préjudice à un citoyen ? Quels recours seront accessibles aux personnes concernées ?
Où seront hébergées les données marocaines ? Quelles garanties empêcheront une dépendance excessive envers des plateformes étrangères ? Comment protégerons-nous nos langues, notre culture et notre souveraineté numérique ?
Ces questions ne relèvent plus de la prospective. Elles concernent déjà le fonctionnement de l’État, des entreprises, des universités, des hôpitaux et des collectivités territoriales.
La question de l’emploi doit occuper une place centrale.
Depuis plusieurs mois, certains dirigeants technologiques annoncent la disparition prochaine de nombreux métiers. Cette vision repose souvent sur une croyance exagérée dans la capacité des systèmes actuels à remplacer l’intelligence, l’expérience, la responsabilité et le jugement humains.
Les grands modèles de langage peuvent restituer, reformuler et combiner des textes. Ils permettent également d’automatiser certaines tâches avancées. Mais ils ne possèdent pas une représentation humaine du monde réel.
Ils ne comprennent pas la société marocaine, ses territoires, ses langues, ses inégalités, ses pratiques professionnelles et ses réalités culturelles comme les femmes et les hommes qui y vivent.
Le prochain gouvernement devra donc refuser que l’intelligence artificielle serve de prétexte à une destruction précipitée des emplois.
Sa priorité devrait être d’aider les travailleurs, les enseignants, les médecins, les artisans, les agriculteurs, les ingénieurs et les agents publics à utiliser les outils numériques sans être dépossédés de leurs compétences ni de leur responsabilité.
L’enjeu n’est pas de remplacer les Marocains par des systèmes informatiques. Il est d’équiper les Marocains pour qu’ils puissent mieux apprendre, mieux soigner, mieux produire, mieux administrer et mieux décider.
C’est précisément le sens d’AI LIGHT, le cadre que je propose pour organiser le pilotage, la supervision et le contrôle humain des agents d’intelligence artificielle.
Les grands modèles de langage peuvent restituer, reformuler et combiner des textes. Ils permettent également d’automatiser certaines tâches avancées. Mais ils ne possèdent pas une représentation humaine du monde réel.
Ils ne comprennent pas la société marocaine, ses territoires, ses langues, ses inégalités, ses pratiques professionnelles et ses réalités culturelles comme les femmes et les hommes qui y vivent.
Le prochain gouvernement devra donc refuser que l’intelligence artificielle serve de prétexte à une destruction précipitée des emplois.
Sa priorité devrait être d’aider les travailleurs, les enseignants, les médecins, les artisans, les agriculteurs, les ingénieurs et les agents publics à utiliser les outils numériques sans être dépossédés de leurs compétences ni de leur responsabilité.
L’enjeu n’est pas de remplacer les Marocains par des systèmes informatiques. Il est d’équiper les Marocains pour qu’ils puissent mieux apprendre, mieux soigner, mieux produire, mieux administrer et mieux décider.
C’est précisément le sens d’AI LIGHT, le cadre que je propose pour organiser le pilotage, la supervision et le contrôle humain des agents d’intelligence artificielle.
AI LIGHT ne consiste ni à interdire l’innovation ni à laisser les agents agir sans limites.
Il repose sur une gouvernance claire des autorisations, des données, des ressources, des environnements techniques et des responsabilités.
Comme un feu de circulation, il doit permettre d’autoriser certaines actions, d’en soumettre d’autres à une validation humaine et d’interdire celles qui présentent un risque excessif.
Le Maroc n’est pas obligé de choisir entre la dérégulation américaine et l’accumulation normative européenne. Il peut construire sa propre voie : une voie marocaine fondée sur la souveraineté, l’inclusion, le contrôle humain, la protection des citoyens et l’utilisation de l’intelligence artificielle au service du développement national.
Bill Gates annonce parallèlement que sa fondation consacrera un milliard de dollars, au cours des deux prochaines années, au développement de l’intelligence artificielle dans l’éducation, la santé et l’agriculture, notamment au bénéfice des populations les plus pauvres et des langues insuffisamment représentées.
Ces investissements peuvent apporter des ressources utiles. Mais ils soulèvent une autre question politique : les priorités numériques des pays doivent-elles être déterminées par des fondations privées, aussi puissantes et généreuses soient-elles, ou par des institutions publiques responsables devant les citoyens ?
Le Maroc peut coopérer avec les acteurs internationaux sans leur abandonner la définition de ses besoins. Il peut accueillir les innovations sans céder la maîtrise de ses données.
Il peut bénéficier des modèles internationaux tout en développant ses propres compétences, ses propres infrastructures et ses propres mécanismes de contrôle.
Comme un feu de circulation, il doit permettre d’autoriser certaines actions, d’en soumettre d’autres à une validation humaine et d’interdire celles qui présentent un risque excessif.
Le Maroc n’est pas obligé de choisir entre la dérégulation américaine et l’accumulation normative européenne. Il peut construire sa propre voie : une voie marocaine fondée sur la souveraineté, l’inclusion, le contrôle humain, la protection des citoyens et l’utilisation de l’intelligence artificielle au service du développement national.
Bill Gates annonce parallèlement que sa fondation consacrera un milliard de dollars, au cours des deux prochaines années, au développement de l’intelligence artificielle dans l’éducation, la santé et l’agriculture, notamment au bénéfice des populations les plus pauvres et des langues insuffisamment représentées.
Ces investissements peuvent apporter des ressources utiles. Mais ils soulèvent une autre question politique : les priorités numériques des pays doivent-elles être déterminées par des fondations privées, aussi puissantes et généreuses soient-elles, ou par des institutions publiques responsables devant les citoyens ?
Le Maroc peut coopérer avec les acteurs internationaux sans leur abandonner la définition de ses besoins. Il peut accueillir les innovations sans céder la maîtrise de ses données.
Il peut bénéficier des modèles internationaux tout en développant ses propres compétences, ses propres infrastructures et ses propres mécanismes de contrôle.
À quelques jours du scrutin du 23 septembre 2026, les candidats aux élections législatives devraient donc dire clairement ce qu’ils proposent en matière d’intelligence artificielle.
Il ne suffit plus de prononcer les mots innovation, digitalisation ou transformation numérique. Il faut présenter des engagements concrets sur la formation, l’emploi, la souveraineté des données, la transparence algorithmique, les infrastructures, la responsabilité humaine et les recours ouverts aux citoyens.
La prochaine législature sera probablement celle au cours de laquelle l’intelligence artificielle entrera massivement dans les administrations, les entreprises et la vie quotidienne. Les décisions prises pendant cette période engageront durablement la souveraineté du pays.
La question du 23 septembre n’est donc pas seulement de savoir qui gouvernera le Maroc. Elle est aussi de savoir qui gouvernera l’intelligence artificielle au Maroc.
Et la réponse doit rester sans ambiguïté : ce sont les institutions humaines, responsables devant les citoyens marocains, et non les plateformes, les agents informatiques ou les intérêts industriels qui doivent conserver la décision finale.
La prochaine législature sera probablement celle au cours de laquelle l’intelligence artificielle entrera massivement dans les administrations, les entreprises et la vie quotidienne. Les décisions prises pendant cette période engageront durablement la souveraineté du pays.
La question du 23 septembre n’est donc pas seulement de savoir qui gouvernera le Maroc. Elle est aussi de savoir qui gouvernera l’intelligence artificielle au Maroc.
Et la réponse doit rester sans ambiguïté : ce sont les institutions humaines, responsables devant les citoyens marocains, et non les plateformes, les agents informatiques ou les intérêts industriels qui doivent conserver la décision finale.