Abdelhak Tazi, disparition d’un acteur et témoin direct de près de sept décennies de vie politique marocaine


Rédigé par le Mercredi 16 Septembre 2026



De l’ingénieur au dirigeant politique

Ingénieur du premier Maroc indépendant, dirigeant historique de l’Istiqlal, membre du gouvernement et parlementaire, Abdelhak Tazi appartenait à une génération particulière : celle qui passa presque sans transition du combat national à la construction de l’État. Sa disparition referme une page de l’histoire politique marocaine, mais aussi celle d’un Maroc en développement dont il fut à la fois acteur et témoin.

Il y a des parcours politiques que l’on peut résumer par une succession de fonctions. Celui d’Abdelhak Tazi raconte davantage : une époque.

Celle d’un Maroc qui venait de retrouver son indépendance et devait, dans l’urgence, former ses cadres, administrer ses territoires, moderniser son agriculture, bâtir ses institutions et définir progressivement sa politique économique et diplomatique.

Abdelhak Tazi appartenait précisément à cette première génération de hauts cadres marocains appelée à prendre le relais de l’administration du Protectorat.

Formé en France, notamment à l’École nationale du génie rural de Paris, il faisait partie des premiers ingénieurs agronomes marocains revenus au pays au début de l’indépendance. Son parcours professionnel commence loin des salons politiques : dans le Tafilalet, les oasis, le Moyen Atlas et les réalités très concrètes du développement rural.

Il participa à la préparation et à la mise en œuvre du premier plan quinquennal du Maroc indépendant, avant de devenir chef de cabinet du ministre de l’Agriculture Taher Ammar puis responsable de l’organisme chargé de la rénovation rurale.

Cette dimension technique restera une constante de son parcours. Avant d’être ministre ou parlementaire, Abdelhak Tazi fut d’abord un homme de dossiers, de planification et d’administration.

De l’ingénieur au dirigeant politique

Mais Abdelhak Tazi était aussi, très tôt, un militant de l’Istiqlal.

Son engagement remonte à ses années étudiantes. Il entre dans la direction du parti à partir de son VIIe congrès, en 1965, avant de devenir en 1969 secrétaire général de la Jeunesse istiqlalienne. Pendant plus de quatre décennies, il occupera différentes responsabilités au sein de cette formation politique.

Son itinéraire illustre ainsi une caractéristique importante du Maroc politique de l’époque : la porosité entre le militantisme issu du mouvement national, la haute administration et l’exercice des responsabilités gouvernementales.

À partir de 1977, Abdelhak Tazi rejoint le gouvernement. Il occupera jusqu’en 1985 plusieurs responsabilités dans la Formation des cadres, la Coopération, les Affaires étrangères puis la Planification.

Cette période le place au cœur d’un Maroc confronté à de multiples chantiers : développement économique, formation des élites administratives, diplomatie africaine, consolidation institutionnelle et conséquences politiques de la Marche verte.

Le parlementaire et l’homme des équilibres

Abdelhak Tazi poursuivra ensuite une longue carrière parlementaire.

Il préside le groupe istiqlalien à la Chambre des représentants, puis celui de la Chambre des conseillers. Il exercera également des fonctions de coordination de la majorité soutenant successivement les gouvernements d’Abderrahmane Youssoufi, Driss Jettou et Abbas El Fassi.

Cette longévité lui donnera une position singulière : celle d’un homme ayant connu de l’intérieur plusieurs séquences majeures du Maroc contemporain, les rapports parfois complexes entre majorité et opposition, les transformations de l’Istiqlal et l’évolution des relations entre partis politiques et gouvernement.

Avec les années, Abdelhak Tazi deviendra progressivement autant témoin qu’acteur.

En 2015, il entreprend de transmettre cette mémoire dans Mémoires dans le militantisme national, politique et diplomatique, ouvrage publié avec Tamim Benghmouch et consacré aux épisodes qu’il avait vécus avant et après l’indépendance. 

Il expliquait alors vouloir s’adresser notamment aux jeunes générations qui n’avaient pas connu directement ces décennies de l’histoire marocaine. C’est peut-être finalement ce qui donne aujourd’hui à sa disparition sa dimension historique.

Avec Abdelhak Tazi disparaît non seulement un ancien responsable de l’Istiqlal, un ministre et un parlementaire, mais l’un de ces témoins directs du passage du Maroc du temps de l’indépendance à celui de la construction institutionnelle et du développement.

Une génération qui a administré, négocié, milité, gouverné et parfois contesté.

Et dont les souvenirs constituent désormais, au-delà des appartenances partisanes, une partie de la mémoire politique du Maroc contemporain.

 




Mercredi 16 Septembre 2026
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