Une mise en garde officielle devant le Sénat
C’est lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, consacrée à la lutte antiterroriste en Afrique du Nord, que le message a été clairement formulé. Robert Palladino, chef du Bureau des Affaires du Proche-Orient au Département d’État, a confirmé que Washington était pleinement informé des acquisitions militaires algériennes auprès de la Russie.
Interrogé par des sénateurs américains, le responsable a reconnu que ces transactions suscitaient de réelles préoccupations, rappelant que la loi CAATSA permet de sanctionner toute transaction militaire significative avec Moscou. Selon lui, des sanctions ne sont pas exclues, et le dossier pourrait évoluer rapidement.
La loi CAATSA comme levier de pression
Adoptée en 2017, la Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act vise à freiner l’influence stratégique de la Russie, mais aussi de l’Iran et de la Corée du Nord. Elle autorise l’administration américaine à imposer des sanctions économiques, financières ou commerciales à tout pays coopérant militairement avec ces États.
Robert Palladino a insisté sur le fait que Washington restait attaché à l’application stricte du cadre juridique, tout en précisant que des échanges plus approfondis avec le Sénat pourraient avoir lieu hors cadre public. Une manière de dire que le dossier est politique autant que stratégique.
Coopération sous tension entre Washington et Alger
Malgré cette mise en garde, les relations entre les deux pays ne sont pas rompues. Le responsable américain a rappelé que les États-Unis coopèrent toujours avec l’Algérie sur certains dossiers régionaux, notamment sécuritaires. Mais il a aussi reconnu l’existence de désaccords persistants, dont l’achat d’armement russe constitue l’un des points les plus sensibles.
En février 2025, Alger avait confirmé l’acquisition de chasseurs Su-57E, devenant le premier pays à se doter de ce modèle. Une décision qui s’inscrit dans la tradition militaire algérienne, historiquement tournée vers l’équipement russe.
Un signal géopolitique fort
Pour Washington, au-delà de l’Algérie, le message est clair : acheter russe a un coût diplomatique. Dans un contexte de rivalités accrues entre grandes puissances, chaque contrat d’armement devient un acte politique. Si aucune sanction n’a encore été décidée, la menace est désormais assumée publiquement. Reste à savoir si Washington passera de l’avertissement à l’action, et comment Alger ajustera sa stratégie militaire face à cette pression croissante.