Adieu Professeur Agourram… Ces maîtres qui nous apprenaient d'abord à penser




Il y a des professeurs que l'on quitte un jour en sortant d'un amphithéâtre, sans savoir qu'ils continueront à nous accompagner toute une vie.

Le professeur Abdeljalil Agourram était de ceux-là.

Avec sa disparition, ce n'est pas seulement un universitaire marocain qui s'en va. C'est une manière d'enseigner, de transmettre et d'habiter le savoir qui s'éloigne un peu plus de nous.

Il appartenait à cette génération fondatrice qui a porté l'université marocaine à une époque où tout était à construire. Formé sous la direction du professeur Aziz Belal, il avait compris que l'économie n'était pas seulement une affaire de chiffres, de courbes et de modèles. Elle était aussi une pensée, une histoire, une culture, parfois même une conscience.

À la Faculté de droit de Casablanca, ses cours d'histoire de la pensée économique et de planification ont formé des générations d'étudiants. Il ne leur apprenait pas seulement ce que disaient les grands auteurs. Il leur apprenait pourquoi il fallait les lire, les discuter, les contredire parfois, mais surtout les comprendre.

C'est cela, un maître.

Un maître ne remplit pas seulement des cahiers. Il ouvre des fenêtres.

Ces étudiants garderont de lui le souvenir d'un professeur capable de faire découvrir les grands penseurs économiques et leur apport au monde. Cette phrase dit beaucoup. Elle rappelle une époque où l'université était encore un lieu de lenteur féconde, de débats, d'exigence intellectuelle et de respect du savoir.

Le parcours du professeur Agourram ne s'est pas arrêté aux portes de l'université. Chargé de mission au Cabinet royal par feu SM Hassan II, puis vice-président de la Sofac, il a occupé des responsabilités importantes sans jamais rompre avec l'enseignement, l'encadrement et la recherche.

C'est peut-être là sa plus belle leçon : on peut servir l'État, accompagner les institutions, participer à la vie économique, tout en restant fidèle à sa vocation première de professeur.

Aujourd'hui, alors que l'université change, que la technologie accélère tout, que l'intelligence artificielle prétend répondre à toutes les questions, la disparition de ces maîtres nous oblige à réfléchir.

Car une machine peut fournir une réponse. Elle ne remplacera jamais ce regard d'un professeur qui apprend à un étudiant à poser la bonne question.

Adieu Professeur.

Et merci d'avoir appartenu à cette génération qui ne formait pas seulement des diplômés, mais des esprits.


Vendredi 3 Juillet 2026

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