Cela fait trois mois, presque quatre, que le chef du gouvernement avait décidé de se retirer de la direction du RNI, et de se mettre chouiya à l’écart de la politique, et de fait, les écrits médiatiques sur lui s’étaient raréfiés, attendant peut-être la campagne électorale, et l’inévitable bilan ; possiblement une reddition des comptes, si besoin est.
Friedrich Nietzsche avait intitulé son œuvre « Ainsi parlait Zarathoustra, un livre pour tous et pour personne » ; l’œuvre fut considérée par nombre de philosophes comme une sorte de rétrospective de la pensée de l’auteur, d’où le rapprochement (très hasardeux, il faut en convenir) avec le soliloque d’Aziz Akhannouch.
Pour ce dernier, l’adaptation serait « Ainsi parlait Akhannoustra, un live pour tous et pour personne ». Au vu des chiffres du direct et de l’audience réelle de cette vidéo et sachant que c’est (quand même) le chef du gouvernement d’un pays de 36 millions d’âmes (au Maroc), on peut considérer que « live » n’était pour pas grand-monde, pour ne pas dire personne.
Aziz Akhannouch a toujours refusé de s’adresser directement aux Marocains, sauf en formats étudiés, bien cadrés soigneusement sécurisés, étroitement verrouillés.
Une litanie de chiffres qui n’ont strictement aucune valeur s’ils ne sont pas soumis à la critique, au débat contradictoire.
Un one man show se réduisant à l’autoprésentation d’une série de réalisations, mêlant allégrement les projets royaux, suivis par le Roi et son cabinet, et les programmes gouvernementaux.
Une présentation qui ressemblerait à celle d’un pays prospère, mais une présentation qui exaspère de suffisance et d’insuffisances, d’arrogance et de chiffres qui ne parlent à personne.
Autour de lui, c’est quasiment le chaos. Les spéculations vont bon train, les ententes de cartels se portent bien, les rentes sourient et les rentiers soupirent d’aise. Plus personne ne comprend plus rien aux prix des hydrocarbures et encore moins de gens admettent et tolèrent les prix des produits de première nécessité.
Pour la question des subventions pour les viandes, tout le monde a tout dit et au final, personne ne sait où nous en sommes ; qu’il ne pleuve pas et les prix sont hauts, qu’il pleuve, et ils le demeurent, ainsi qu’on peut le constater pour le prix des ovins, cette année encore.
Au gouvernement depuis 2007, presqu’à sa tête depuis 2017 et à sa tête depuis 2021, Aziz Akhannouch n’a pourtant pas compris que le gouvernement, ce ne sont pas seulement des chiffres et des projets, mais aussi et surtout de la politique et de l’éthique, de la morale.
En déroulant d’une voix monocorde et avec un regard un peu fuyant ses chiffres, il montre qu’en réalité, son gouvernement a dépensé sans compter, n’importe comment, n’importe où… mais pas pour n’importe qui !
Il illustre parfaitement ce qu’a récemment dit l’ancien membre de la Commission sur le Modèle de développement Karim Tazi sur le gouvernement qui privilégie l’obligation de moyens à l’obligation de résultats, le visible à l’utile, l’apparent à l’efficace. Un peu comme ses communicateurs et autres conseillers qui lui ont suggéré ce format de monologue…
Avec cette majorité, ce parlement, ce gouvernement, ces cinq dernières années au Maroc furent celles de la maltraitance ; maltraitance des institutions, maltraitance du pouvoir d’achat, maltraitance de l’intelligence collective des Marocains, maltraitance de la démocratie.
En parlant ainsi, M. Akhannouch prend-il la mesure du désastre qu’il a semé autour de lui ?
Son parti, le RNI, a acquis une force qui se fonde sur la puissance de ses clans et de leurs intérêts ; les partis politiques qui l’accompagnent dans cette expérience gouvernementale sont fortement abîmés par leur connivence, voire leur complicité, durant ces cinq dernières années.
Et le vacarme se poursuit… Sur les chaînes télés, la nouvelle tendance est à la brutalité, avec le décibel et l’énervement comme instruments de mesure de succès ; le spectacle prime sur la réflexion, et les chaines rivalisent d’ingéniosité pour inviter des jeunes qui « se paient » les anciens, quand ce ne sont pas les journalistes préposés qui font le travail.
Sur les réseaux, on trouve souvent davantage de raison et d’informations, mais on s’y étripe aussi allégrement que dans l’audiovisuel.
La responsabilité de toute cette situation revient en premier au chef du gouvernement qui, avec sa gestion d’entrepreneur, a voulu faire du Maroc un marché, de son gouvernement un directoire, de ses amis et associés des conseillers, et de son parti l’arbitre. Il est tout à fait normal qu’on retire de tout cela le chaos.
Il est temps de mieux respecter « l’intelligence collective des Marocains », et de rendre la sienne à la politique. Avec le casting à disposition, la tâche est ardue…
Bonne fête, quand même, et rendez-vous le 23 septembre pour voir où en est cette « intelligence collective des Marocains ».