Analyse conjointe du HCP et de la Banque mondiale (2)

Les préalables à la création d'un nombre substantiel d’emplois de qualité incluant les femmes et les "not in education, employment, or training"


Rédigé par Noureddine Batije le Vendredi 4 Février 2022

Après avoir passé en revue un certain nombre de constats afférents aux facteurs handicapants l'émergence d'un marché du travail beaucoup plus inclusif et procurant de conséquentes opportunités d'emploi, le tout dernier rapport émanant de la collaboration Banque mondiale-HCP traire d'un certain nombre de suggestions à même de soutenir la création d'un nombre substantiel d’emplois de qualité qui stimulent le développement du pays et offrent des opportunités à tous ses citoyens.
Une tache, somme toute, qui n'est pas du tout facile dans la mesure où la pandémie et les conséquences qui en découlent compliquent les choses et quelque part, modifient la donne.
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Certes, le rapport en question estime que l’accélération du changement structurel est essentielle à la création d'un nombre substantiel d’emplois de qualité, mais il admet aussi que la nature du changement structurel tel qu'il s'opère aujourd'hui fait que l'industrie n'a plus le rôle central qu'elle avait auparavant.

Partant de ce constat, les auteurs de ce rapport considèrent que ce processus qu'ils qualifient de " désindustrialisation prématurée " fait que les opportunités d’emploi migreront inévitablement vers les services pour les travailleurs quittant l’agriculture et les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Ce qui, en termes de politique en la matière, renvoie à une certaine réorientation stratégique.

Les termes d'une réorientation stratégique

Globalement, il est retenu, à cet effet, un certain nombre de recommandations :
Au niveau du Maroc, il est suggéré que " le pays continue à développer des industries compétitives tout en augmentant la valeur ajoutée de son secteur des services. Un secteur dans lequel le pays pourrait tirer parti de sa situation géographique avantageuse pour devenir un incubateur de start-up, attirant des financements européens et fournissant des services de commerce électronique, financiers et autres aux pays africains".

Sachant que dans l’industrie, la forte concurrence internationale des pays à faible coût de main-d’œuvre (Asie du Sud-Est) est très susceptible de l’empêcher de devenir un jour un grand pays manufacturier, le Maroc peut au contraire encourager les sous-secteurs industriels stratégiques, estiment les auteurs de ce rapport pour qui "construire des chaînes de valeur autour de l’industrie automobile de Tanger" constitue une voie d’industrialisation possible. Comme, précisent-ils, "l’illustre le formidable projet du port de Tanger-Med où les services à haute valeur ajoutée peuvent se développer en tandem avec l’industrie manufacturière, de sorte que les deux stratégies ne s’excluent pas mutuellement"


Des choix à opérer

N'empêche que ces mêmes auteurs constatent le fait que l’ampleur de la transformation structurelle et le dynamisme du marché du travail qui en découle varient considérablement d'une région à une autre et estiment aussi que la question de savoir si les politiques doivent promouvoir la diffusion de l’activité économique à l’ensemble du pays ou si elles doivent s’attendre à ce que ces pôles d’activité finissent par s’étendre d’eux-mêmes au reste du pays, demeure grande ouverte.

La question de l’environnement des affaires en termes de taux d’imposition élevés et de lourdeur des procédures fiscales, de corruption, d’accès au crédit et de certains aspects relatifs à la réglementation, a, elle aussi, été soulevée.

Idem pour le développement des compétences de la main-d’œuvre. Les auteurs du rapport estiment que "si le Maroc souhaite rentabiliser les investissements entrepris au fil des ans dans le domaine de l’éducation, les efforts visant à améliorer le système éducatif doivent porter sur la qualité, étant donné les résultats insatisfaisants du pays dans le cadre des mesures du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA)". 

Là aussi, des questions subsistent quant à la manière d’orienter la transformation structurelle du Maroc vers la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité, estiment les auteurs de ce rapport qui mettent aussi l'accent sur le fort degré de l’informalité sur le marché du travail marocain en précisant que la croissance économique à elle seule ne se traduira nullement par une augmentation significative des possibilités de travail formel.

Au niveau de l’inclusion des femmes au marché du travail, ledit rapport se réfère aux expériences internationales qui renvoient aux services de garde d’enfants et aux programmes de formation et d’emploi.
 

Les NEET inquiètent

Pour ce qui est de ceux qui ne sont ni en emploi, ni aux études, ni en formation, formant le groupe des NEET (de l’anglais : not in education, employment, or training), les auteurs de ce rapport estime que ce phénomène est "particulièrement inquiétant, car non seulement un grand nombre de jeunes ne travaillent pas, mais ils n’investissent pas non plus dans leur capital humain pour l’avenir. Parallèlement à cela, des jeunes gens bien formés connaissent des niveaux de chômage très élevés".

Aussi, estiment-ils que pour relever le défi de l’emploi des jeunes au Maroc et définir les priorités politiques, plusieurs facteurs sont à prendre en compte dont ceux afférents aux barrières culturelles pour les jeunes femmes, aux lacunes en matière de scolarité et de formation, à la transition entre le monde scolaire et celui du travail, à la réglementation du travail et aux contraintes liées à la demande.




Vendredi 4 Février 2022
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