L'intelligence artificielle commence à se faire une place dans les laboratoires, loin du bruit des démonstrations spectaculaires. Anthropic a annoncé en mai un partenariat de 200 millions de dollars avec la Fondation Gates, destiné notamment à soutenir la recherche sur des maladies à forte charge sanitaire mais insuffisamment couvertes par les mécanismes classiques de l'industrie pharmaceutique. Polio, papillomavirus humain et prééclampsie figurent parmi les premiers terrains visés.
Le point mérite d'être entendu avec précision. Claude ne va pas « guérir » des maladies. L'outil peut, en revanche, accélérer certaines étapes ingrates et longues : parcourir des masses de publications scientifiques, repérer des corrélations dans des jeux de données, aider à présélectionner des pistes de vaccins ou de traitements avant les essais précliniques. C'est déjà considérable, à condition de ne pas vendre l'illusion d'un raccourci médical.
Cette initiative pose une question plus large. Pendant des décennies, les priorités de recherche ont souvent suivi la solvabilité des marchés davantage que l'intensité des besoins sanitaires. L'IA peut-elle contribuer à corriger ce déséquilibre ? Elle le peut, mais seulement si elle reste intégrée à une recherche publique, clinique et éthique. Les algorithmes ne remplacent ni les médecins, ni les essais, ni la responsabilité des autorités sanitaires.
Pour les pays du Sud, dont le Maroc, l'enjeu est aussi stratégique : accéder aux outils d'IA scientifique, former des chercheurs capables de les utiliser et éviter que la santé numérique ne reproduise les mêmes dépendances que l'industrie pharmaceutique traditionnelle.