Une production de miel en chute durable
Depuis 2022, la filière apicole fait face à une crise prolongée. La production de miel a reculé d’environ 70% en 2022 par rapport à 2021, selon les estimations professionnelles, un niveau historiquement bas qui s’est poursuivi en 2023.
Cette baisse est directement liée au stress hydrique et à la raréfaction des ressources mellifères. Les cycles de floraison sont perturbés, les abeilles trouvent moins de nourriture, et les colonies s’affaiblissent. Une enquête de l’ONSSA, en collaboration avec la profession, avait déjà signalé environ 36% de ruches désertées en 2022-2023.
Des apiculteurs contraints d’adapter leurs pratiques
Face à cette situation, les apiculteurs multiplient les stratégies d’adaptation. La transhumance apicole s’intensifie pour déplacer les ruches vers des zones plus favorables. D’autres recours incluent l’alimentation complémentaire pour maintenir les colonies pendant les périodes de pénurie.
En parallèle, des initiatives émergent pour renforcer la résilience du secteur : sélection de souches plus résistantes, amélioration de la gestion sanitaire des ruches et diversification des ressources mellifères. L’objectif est d’ajuster les pratiques à un environnement devenu plus instable.
Une filière stratégique pour l’agriculture
L’apiculture concerne environ 36.000 apiculteurs et près de 500.000 ruches au Maroc. Elle joue un rôle central dans la pollinisation des cultures, contribuant à des filières comme l’arboriculture fruitière, le maraîchage ou les cultures industrielles.
Au-delà du miel, la fragilisation des colonies pose un enjeu de sécurité alimentaire et de préservation des écosystèmes agricoles, dans un contexte de dépendance accrue aux services de pollinisation.
Des déséquilibres économiques et territoriaux
La baisse de production a entraîné un recours plus important aux importations et une pression à la hausse sur les prix du miel. Les performances restent inégales selon les régions. Certaines zones comme le Souss-Massa résistent mieux, tandis que d’autres, notamment Béni Mellal-Khénifra, l’Oriental et Drâa-Tafilalet, subissent fortement les effets du déficit hydrique.
Selon les données officielles, la filière génère environ 1,1 milliard de dirhams de chiffre d’affaires et près de 2,45 millions de journées de travail. Mais ces équilibres restent fragilisés par la variabilité climatique et la baisse des rendements.
Une filière à sécuriser dans la durée
Malgré les efforts d’adaptation, la dépendance au climat demeure le principal défi. Dans un contexte de changement climatique, la préservation des ruches apparaît comme un enjeu stratégique pour l’agriculture marocaine et la biodiversité.