Après les autoroutes et les ports, le Maroc aura-t-il besoin d’une autoroute nationale du calcul IA ?


Rédigé par La rédaction le Mercredi 2 Septembre 2026

L’Europe vient de commander pour 387,8 millions d’euros un nouveau supercalculateur spécialement conçu pour l’intelligence artificielle. LUMI-AI sera installé en Finlande et mis à disposition notamment des chercheurs, startups et PME européennes. Derrière cette machine se cache une question stratégique pour le Maroc : peut-on ambitionner de devenir une puissance numérique sans disposer d’une puissance de calcul suffisante ?



On parle beaucoup des modèles d’intelligence artificielle. Beaucoup moins des machines qui permettent de les entraîner et de les faire fonctionner.

L’Europe, elle, commence à mettre des centaines de millions d’euros sur la table.

EuroHPC, l'entreprise commune européenne consacrée au calcul haute performance, a choisi le français Bull pour construire LUMI-AI, un supercalculateur optimisé pour l’intelligence artificielle d’un montant de 387,8 millions d’euros.

Installé à Kajaani, en Finlande, il doit être déployé au second semestre 2027. Le système devrait multiplier par dix les capacités IA de l'actuel supercalculateur LUMI et presque doubler ses capacités de calcul haute performance.

L’objectif n’est pas uniquement scientifique. Cette puissance doit être accessible aux entreprises, startups et PME européennes pour développer et entraîner leurs propres applications.

Voilà ce qui change tout.

Le calcul devient une infrastructure

Pendant des décennies, les États ont construit des routes, des ports, des barrages, des centrales électriques et des réseaux de télécommunications. L’intelligence artificielle fait apparaître une nouvelle infrastructure stratégique : la puissance de calcul.

Posséder les ingénieurs ne suffit plus. Il faut des GPU, des centres de données, énormément d’électricité, des systèmes de refroidissement et des réseaux capables de déplacer des volumes gigantesques de données.

L’Europe l’a compris et construit désormais un réseau d’« AI Factories » autour de supercalculateurs publics ou mutualisés. LUMI-AI constitue déjà le sixième contrat de ce type signé par EuroHPC.

Et le Maroc ? La question mérite d’être posée maintenant, avant que l’écart ne devienne trop important.

Le Maroc investit dans la digitalisation, forme des ingénieurs, attire des activités technologiques et ambitionne de développer un écosystème d’intelligence artificielle.

Mais une startup marocaine souhaitant entraîner demain un modèle puissant devra accéder à des capacités de calcul souvent contrôlées et hébergées à l’étranger.

Cette dépendance peut devenir économique, mais également stratégique.

Faut-il alors construire immédiatement un LUMI-AI marocain à près de 400 millions d’euros ?

Probablement pas. La bonne question est plutôt celle de la mutualisation.

Universités, startups, administrations et entreprises pourraient partager une infrastructure nationale de calcul haute performance, éventuellement complétée par une capacité africaine ou maghrébine.

Le Maroc possède plusieurs cartes

Le Royaume dispose justement de quelques avantages : potentiel renouvelable, connexions numériques internationales, proximité européenne et ambition croissante dans les data centers. Ces atouts peuvent permettre de construire progressivement une véritable filière du calcul. Car l’IA ne sera pas seulement une compétition entre ceux qui possèdent les meilleurs algorithmes.

Elle opposera également ceux qui peuvent les faire tourner.

Hier, un pays mesurait son infrastructure à ses kilomètres d’autoroutes, ses ports ou sa production électrique.
Demain, une nouvelle statistique pourrait devenir tout aussi importante : combien de puissance de calcul peut-il mettre à la disposition de ses chercheurs, de ses entreprises et de ses citoyens ?

Le Maroc gagnerait à commencer à mesurer cette puissance dès maintenant.




Mercredi 2 Septembre 2026
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