Après les événements de Sebta, l'Espagne peut-elle encore prétendre que rien ne changera ?


Par Rida Lamrini.

Après les événements de Sebta, l'Espagne peut-elle encore prétendre que rien ne changera ?
Les images de Sebta resteront sans doute parmi les plus marquantes de cette année. Des milliers de jeunes tentant de franchir la frontière, une ville rapidement débordée, l'armée appelée en renfort, des morts, des blessés et une Union européenne contrainte de soutenir l'Espagne.
Au-delà de la crise migratoire, une question s'impose : combien de temps l'Espagne pourra-t-elle encore maintenir sa souveraineté sur Sebta et Melilla sans que leur statut ne revienne au cœur du débat international ?



Une question jamais refermée

Depuis l'indépendance du Maroc en 1956, Rabat n'a jamais renoncé à sa revendication sur Sebta, Melilla et les autres présides. Pour le Royaume, ces territoires constituent les derniers vestiges de la présence coloniale européenne en Afrique et leur restitution demeure un objectif constant de sa diplomatie.

Longtemps cantonnée aux relations entre Rabat et Madrid, cette revendication pourrait désormais prendre une dimension plus large.

Le gouvernement de Pedro Sánchez est probablement celui qui disposerait, s'il le souhaitait, de la plus grande marge politique pour ouvrir un dialogue sur l'avenir de ces territoires.

À l'inverse, la droite et l'extrême droite espagnoles continuent d'affirmer que Sebta et Melilla font partie intégrante de l'Espagne et refusent toute remise en question de leur statut.

Un débat qui s'élargit

Parallèlement, des voix s'élèvent dans les milieux diplomatiques, universitaires et politiques pour considérer que cette question ne peut être indéfiniment écartée.

Sans constituer encore une position officielle d'États ou d'organisations internationales, ces prises de position témoignent d'un débat qui dépasse désormais le seul cadre des relations maroco-espagnoles.

L'Union européenne, quant à elle, a renforcé le dispositif de Frontex pour soutenir l'Espagne dans la protection de ses frontières extérieures.

Cette réponse sécuritaire soulève toutefois une interrogation de fond : peut-on considérer ces frontières comme de simples frontières européennes alors que leur souveraineté est contestée par le Maroc depuis près de soixante-dix ans.

Le paradoxe marocain

Depuis plus de vingt ans, le Maroc joue un rôle essentiel dans la maîtrise des flux migratoires vers l'Europe.

Il mobilise des moyens considérables pour contenir des migrations provenant aussi bien de son territoire que du Sahel et de l'Afrique subsaharienne. Cette coopération est régulièrement saluée par les dirigeants européens.

Mais cette situation ne peut être éternelle.

Le Maroc ne peut durablement être le gendarme de l'Europe tout en abritant, sur son propre territoire, deux enclaves qui constituent des pôles d'attraction permanents pour les candidats à l'exil.

Sebta et Melilla représentent, pour des milliers de migrants, la porte d'entrée la plus proche vers l'espace européen. Tant que cette réalité perdurera, ces enclaves continueront d'alimenter des crises humaines, sécuritaires et diplomatiques.

Un statu quo devenu fragile

Les événements de Sebta révèlent surtout les limites d'un statu quo qui paraît chaque année plus difficile à préserver.

Pour le Maroc, il devient délicat d'assumer durablement le rôle de rempart migratoire de l'Europe tout en supportant les conséquences de la présence de deux enclaves étrangères sur son territoire.

Pour l'Espagne, chaque crise mobilise des moyens militaires et européens considérables, fragilise les relations avec Rabat et rappelle que la question de Sebta et Melilla demeure politiquement sensible.

Le statu quo apparaît ainsi de moins en moins soutenable, ni pour Rabat ni pour Madrid. Tant que seule la réponse sécuritaire primera, les crises risquent de se répéter.

L'heure d'un débat de fond

L'avenir dira quelle forme prendra ce débat. Une chose paraît néanmoins acquise : les événements de Sebta ont replacé cette question au premier plan.

Au-delà de la gestion de l'urgence, c'est désormais la pérennité même du statu quo qui est en cause. Et plus les crises se succéderont, plus il deviendra difficile d'éluder un débat que l'histoire, la géographie et les réalités migratoires finissent par imposer.
 
PAR RIDA LAMRINI


Vendredi 31 Juillet 2026

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