Artisanat marocain : quatre conventions pour structurer la digitalisation et l’export


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 10 Février 2026

Réunis à Rabat à l’occasion de la 9ᵉ édition du Forum international de l’artisanat, les acteurs publics et institutionnels ont scellé quatre conventions majeures visant à moderniser en profondeur l’écosystème artisanal marocain. Digitalisation, accès au financement, sécurisation des exportations et ouverture sur les marchés internationaux : derrière ces accords, une ambition claire se dessine : faire de l’artisanat un levier économique à part entière, sans renier son ancrage culturel.



Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Forum international de l’artisanat, organisé à Rabat du 9 au 15 février, s’est ouvert sur une séquence très attendue : la signature de quatre conventions stratégiques portées par le Secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, en partenariat avec la Maison de l’Artisan et plusieurs institutions nationales. Pour beaucoup d’observateurs, ces accords marquent un changement de méthode. Il ne s’agit plus seulement de préserver les savoir-faire, mais de leur donner les moyens de s’inscrire durablement dans l’économie contemporaine.
 

La convention la plus commentée reste sans doute celle relative à la création de la plateforme numérique Morocco Handmade. Développée en partenariat avec Marjane Mall, cette place de marché en ligne ambitionne d’offrir aux artisans marocains une vitrine digitale structurée, capable de toucher aussi bien le consommateur local que les acheteurs internationaux. Dans les allées du Forum, certains artisans confiaient leur espoir, mêlé de prudence : vendre en ligne, oui, mais à condition d’être accompagnés. L’enjeu est bien là : rendre le numérique accessible à des acteurs souvent éloignés des outils digitaux, tout en valorisant l’authenticité du produit artisanal marocain.
 

Un deuxième accord, signé avec Tamwilcom, vient répondre à un frein historique du secteur : l’accès au financement. L’objectif affiché est d’améliorer l’accès des artisans aux mécanismes de garantie et de crédit, afin de soutenir l’investissement productif et l’émergence d’exportations à plus forte valeur ajoutée. Dans un secteur majoritairement composé de très petites unités, souvent familiales, cette dimension financière est décisive. Sans fonds pour moderniser l’outil de production ou structurer l’offre, la compétitivité reste limitée, malgré un savoir-faire reconnu.
 

L’ouverture à l’international constitue le troisième pilier de ce dispositif. Une convention a ainsi été conclue avec l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE). Elle prévoit un accompagnement ciblé des artisans dans l’exploration des marchés extérieurs : identification des débouchés, actions de mise en relation, renforcement des capacités opérationnelles. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des exportations marocaines, où l’artisanat commence à être perçu comme un segment à potentiel, et non plus comme une simple niche.
 

Dernière pièce de cet ensemble, le partenariat avec la Société marocaine d’assurance à l’exportation (SMAEX) vise à sécuriser les opérations commerciales des artisans exportateurs. Assurance contre les risques commerciaux, diffusion d’une culture de gestion des risques, solutions adaptées aux spécificités du secteur : l’objectif est clair : rassurer les artisans et lever les freins psychologiques et financiers liés à l’export. Pour un artisan qui expédie pour la première fois ses produits hors du Maroc, cette couverture peut faire toute la différence.
 

Placée sous le thème « L’artisanat, vers une nouvelle dynamique d’investissement et d’exportation à forte valeur ajoutée », cette édition du Forum met en lumière une vision intégrée du développement du secteur. Les conventions signées traduisent une volonté d’aligner tradition et innovation, patrimoine et compétitivité. Reste désormais le défi de l’exécution. Car au-delà des signatures, c’est sur le terrain, dans les ateliers et les coopératives, que se jouera la réussite de cette nouvelle étape pour l’artisanat marocain.





Mardi 10 Février 2026
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