Avocats VS Ministre de la justice : le Conseil de la concurrence, arbitre ou avocat du diable ?


Rédigé par La rédaction le Vendredi 3 Juillet 2026



Alors que le bras de fer se durcit entre le ministère de la Justice et les avocats autour du projet de loi 66.23, un nouvel acteur s’invite dans le débat : le Conseil de la concurrence. Son avis ne tranche pas le conflit politique, mais il déplace le centre de gravité : la réforme de la profession d’avocat n’est plus seulement une affaire corporatiste ou institutionnelle. Elle devient une question de marché, d’accès au droit, de transparence et de compétitivité juridique.

Le Conseil ne dit pas que les avocats ont tort. Il ne donne pas non plus un blanc-seing au ministre. Il pose une question plus dérangeante : les règles actuelles et futures de la profession protègent-elles vraiment le justiciable, ou protègent-elles aussi, parfois, un marché fermé ?

C’est là que l’avis devient explosif. Le Conseil rappelle que l’avocat n’est pas un commerçant comme les autres. Mais il rappelle aussi que le service juridique est devenu un élément central de l’économie moderne. Entreprises, investisseurs, citoyens, collectivités : tout le monde a besoin d’un droit accessible, lisible, rapide et financièrement prévisible.

Le cœur de l’avis tient en une idée simple : toute restriction à l’accès ou à l’exercice de la profession doit être justifiée, proportionnée et utile à l’intérêt général. Autrement dit, on peut encadrer. On peut protéger. On peut exiger la compétence et l’éthique. Mais on ne peut plus se contenter d’invoquer la tradition pour verrouiller le système.

Sur les conditions d’accès, le Conseil invite à la prudence. Diplômes, examen, formation, stage, âge limite : toutes ces barrières peuvent être légitimes. Mais elles doivent servir la qualité du service, non réduire artificiellement le nombre d’entrants. C’est particulièrement sensible pour les passerelles professionnelles : universitaires, magistrats, juristes d’entreprise ou hauts cadres peuvent apporter une vraie valeur ajoutée à la profession.

Autre point chaud : les honoraires. Le Conseil insiste sur la transparence. Le client doit savoir à quoi il s’engage. La convention d’honoraires devient ici un instrument de confiance, pas une formalité administrative. Dans un pays où beaucoup de citoyens hésitent encore à pousser la porte d’un cabinet par peur du coût, cette question est décisive.

Le rapport touche aussi à la publicité, sujet presque tabou. Le Conseil ne plaide pas pour une marchandisation sauvage de la robe noire. Il propose une communication encadrée, loyale, non trompeuse. Là encore, la logique est claire : informer n’est pas forcément racoler. Un citoyen a le droit de comprendre qui fait quoi, à quel prix approximatif, avec quelle spécialité.

En réalité, le Conseil de la concurrence joue ici un rôle d’arbitre technique, mais il risque d’être perçu comme un trouble-fête politique. Car son avis remet tout le monde devant ses contradictions. Au ministère, il rappelle que réformer ne signifie pas imposer d’en haut. Aux avocats, il rappelle que défendre l’indépendance de la profession ne peut pas servir à esquiver toute modernisation.

Le Maroc a besoin d’avocats forts, indépendants, respectés. Mais il a aussi besoin d’un marché du droit plus ouvert, plus lisible, plus numérique, plus proche du citoyen et de l’entreprise. C’est peut-être cela, le vrai débat oublié derrière les communiqués et les mobilisations.

Le Conseil ne ferme donc pas le débat. Il l’élève. Et c’est précisément ce qui dérange. Car désormais, la question n’est plus seulement : qui gagnera entre le ministre et les avocats ? La vraie question devient : qui défend le mieux l’intérêt du justiciable marocain ? 




Vendredi 3 Juillet 2026
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