Avocats : l’ABAM durcit le ton et annonce une grève nationale dès le 26 janvier


Rédigé par le Mardi 20 Janvier 2026

Les avocats du Maroc passent à la vitesse supérieure. L’Association des Barreaux du Maroc (ABAM) annonce une semaine de grève totale à partir du 26 janvier, suivie d’un sit-in national devant le Parlement à Rabat le 6 février à 10 heures. Une escalade nette dans un bras de fer désormais assumé avec le ministère de la Justice autour du projet de loi n°66.23.



Une paralysie judiciaire assumée

Ce n’est plus un simple signal d’alerte. Les robes noires annoncent une “paralysie totale” de l’activité judiciaire pendant une semaine entière. Jusqu’ici, le mouvement restait contenu à deux jours de grève par semaine. Cette fois, le verrou saute.
 

La décision a été actée après une réunion tenue le 17 janvier à Rabat, consacrée aux derniers développements liés au projet de loi encadrant la profession d’avocat. À l’issue de cette rencontre, le ton change. Plus ferme. Plus frontal. L’ABAM parle désormais d’approche unilatérale et de rupture de confiance. En clair : le dialogue est au point mort. Et cela ne passe plus.

Le projet de loi 66.23 au cœur de la colère  

Le nœud du conflit porte sur le projet de loi n°66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat. Un texte que l’ABAM rejette dans sa version actuelle, estimant qu’il remet en cause l’équilibre de la profession et ses garanties fondamentales.
 

Dans son dernier communiqué, l’Association évoque une exaspération profonde, nourrie par des déclarations du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, prononcées au Parlement et jugées “préjudiciables à la dignité de la profession”. Le mot est lâché : dignité. Et dans ce milieu, il pèse lourd.
 

Les avocats réclament aujourd’hui le retrait pur et simple des dispositions controversées, et appellent à la réouverture d’un dialogue sérieux, responsable et participatif, respectueux des spécificités du métier. Pas un round de plus pour la forme. Un vrai débat.

Cabinets étrangers : la ligne rouge  

Parmi les points qui cristallisent la colère, l’ouverture du marché aux cabinets étrangers pour accompagner les investisseurs arrive en tête. Pour l’ABAM, cette mesure constitue un “affront” aux compétences nationales.
 

Le message est clair : les avocats marocains refusent d’être relégués au second plan sur leur propre terrain. Derrière cette opposition, il y a une crainte réelle de fragilisation de l’écosystème juridique national, mais aussi un sentiment d’injustice face à une réforme perçue comme déséquilibrée. Dans un pays où la justice reste un pilier sensible, toucher à la profession d’avocat sans consensus, c’est jouer avec le feu.

Un calendrier de mobilisation déjà chargé  

En attendant le sit-in national, les suspensions d’activité prévues pour les 20 et 21 janvier, ainsi que pour les 28 et 29 janvier, sont maintenues. Autrement dit, la machine est lancée, et le calendrier est verrouillé. En optant pour une grève continue, l’ABAM engage un bras de fer frontal avec le ministère de la Justice. Une stratégie de rapport de force assumée, qui place la balle dans le camp des autorités.
 

Le message des avocats est limpide : ils ne reculeront pas sans inflexion majeure du texte. La semaine du 26 janvier s’annonce décisive pour le fonctionnement des tribunaux, mais aussi pour l’avenir du dialogue entre la profession et l’État.Reste à savoir si l’exécutif choisira l’apaisement ou l’épreuve de force. Une chose est sûre : le dossier est désormais politique, social et institutionnel. Et il mérite plus qu’un passage en force.





Journaliste et étudiant malien en stage, passionné par la géopolitique, l'histoire et le sport.… En savoir plus sur cet auteur
Mardi 20 Janvier 2026
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