Aziz, Laila et (la) Samir…


Faut-il ou non avoir une raffinerie au Maroc ? La question, qui indifférait tout le monde jusqu’en 2015, a commencé à intéresser, puis, depuis quelques mois, à beaucoup, énormément, infiniment mobiliser les populations.



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Par Aziz Boucetta

La raison ? La poche des gens, le panier de la ménagère et le pouvoir d’achat de tout le monde. Tout le monde apporte donc une réponse, sauf le gouvernement, qui envoie au créneau la ministre Laila Benali, laquelle n’a pas encore arrêté de réponse définitive.

Et tout cela, nous ne le dirons jamais assez, se produit dans un environnement particulier. Pour deux raisons : des prix de carburants qui flambent, et un chef de gouvernement impliqué, tant par sa fonction politique actuelle que par son ancienne profession, dans ces prix. De même que la ministre qui est passée en quelques années d’une fonction chez un acheteur potentiel à ministre de tutelle du secteur…

Mettre le feu, c’est toujours périlleux… mais mettre le feu aux prix des carburants, et c’est l’embrasement général, contre lequel toutes les flottes de Canadair au monde ne pourraient rien. Cela, le gouvernement ne parvient pas à le comprendre… Ne dit-on pas que « tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise » ?, sachant que les Marocains ne sont pas des cruches !

Cette affaire est éminemment politique et le problème est que le gouvernement est formé de technocrates, par définition maintenant une distance respectueuse avec la politique ; contre pontifes et mandarins, ils œuvrent à justifier l’injustifiable. Alors, le chef Aziz ne dit rien, ou bien n’importe quoi, sa ministre des Finances Nadia Fettah Alaoui dit crûment au parlement qu’il n’y a fiscalement et budgétairement rien à faire pour compenser cette hausse des prix des carburants, la ministre à la Transition numérique dit la chose, puis son contraire, avant d’essayer d’équilibrer. Un ancien ministre de l’Energie, en l’occurrence l’éternel revenant Driss Benhima, se rue à toute vapeur pour tenter avec désespoir de justifier que la Samir n’était pas une bonne idée et que la remettre à flot en serait une encore moins bonne…

En face, il y a ceux qui expliquent que la raffinerie doit pouvoir rouvrir ses tuyaux et ses cheminées, se remettre en marche, selon des procédés complexes et des procédures diverses. Les économistes Mohamed Benmoussa, Najib Akesbi, et Zakaria Garti se démènent pour développer leurs thèses, détaillées et argumentées, contrairement au gouvernement et aux défenseurs de ses positions qui campent sur des généralités juridiques sans cesse répétées et, parfois, osent un froncement de sourcil économique mal calibré.

Pendant ce temps-là, les Marocains, et en particulier les fameuses classes moyennes et les autres, plus démunies, voient leur pouvoir d’achat fondre sous cette politique caniculaire du gouvernement Akhannouch, qui montre curieusement une certaine forme de froideur… Il est vrai que l’affaire de la Samir ressemble à un scénario dont même Agatha Christie n'aurait pas saisi toutes les finesses.

Il est donc temps de lancer un débat public, où les uns et les autres débattraient face aux autres et aux uns. Quel sort réserver à la Samir, à l’arrêt, dont la valeur plonge et dont les installations ressembleront bientôt davantage à des ruines qu’à ce fleuron industriel qu’elles furent ? Quelles sont les véritables marges des distributeurs, qui sont pour la plupart aussi raffineurs, ailleurs ?... Que peut réellement faire l’Etat sur le plan fiscal, sachant que tout le monde doit consentir des efforts, bien que l’Etat ait besoin de ressources pour relancer la machine économique ? Quelles réserves de sécurité prévoir et quelle souveraineté avoir, étant entendu que la loi a parlé et le roi aussi, à ce sujet ?

Il est désormais nécessaire de confronter les arguments, ceux d’une opinion publique économiquement affaiblie, parfois meurtrie, et ceux d’un gouvernement sclérosé, parfois et même souvent tétanisé. Il est important, crucial que les ministres, M. Akhannouch en professionnel et Mmes Fettah Alaoui et Benali en techniciennes acceptent de débattre avec de vrais experts, de réels spécialistes de la question énergétique, et qu’ils acceptent tous de sortir de ces zones de confort médiatiques qui ne servent ni la vérité, ni l’efficacité ni l’intelligence d’une opinion publique qui ne demande qu’à croire.

Dans ce type de crise internationale et de chocs exogènes, il faut de l’audace, de l’action et de l’explication. Américains, Européens, beaucoup d’Africains l’ont fait. Pourquoi pas le Maroc ? A quand pour le Maroc ? Que nos technocrates essaient cette fois avec le cœur, cela pourrait fonctionner.

Rédigé par Aziz Boucetta  sur Panorapost


Jeudi 28 Juillet 2022

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