Barrage Al Wahda, bassin du Sebou et sécurité hydrique : la pluie redonne de l’air aux réserves d’eau du Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Vendredi 16 Janvier 2026

Après des mois d’inquiétude, les dernières précipitations redessinent le paysage hydrique du nord du Royaume. Au cœur de cette embellie, le barrage Al Wahda retrouve un niveau plus rassurant, entraînant dans son sillage l’ensemble du bassin du Sebou et ravivant le débat sur la sécurité hydrique du Maroc.



Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Longtemps en tension, le barrage Al Wahda, plus grand ouvrage hydraulique du Maroc et troisième d’Afrique, a enregistré près de 600 millions de mètres cubes d’apports en quelques semaines. Son volume stocké dépasse désormais 2,069 milliards de m³, soit un taux de remplissage de 59,16%. Une remontée progressive, mais stratégique, après une période jugée « relativement inconfortable » par les gestionnaires du site.
 

Avec plus de 295 millimètres de pluie cumulés, ces précipitations ont agi comme un électrochoc hydrique. Situé sur l’oued Ouergha, affluent majeur du Sebou, Al Wahda joue un rôle central dans l’équilibre hydrique national. Protection contre les crues, irrigation agricole, production d’énergie et alimentation en eau potable : l’ouvrage concentre plusieurs fonctions vitales. Sa capacité totale, estimée à 3,522 milliards de m³, en fait un pilier discret mais décisif de la sécurité hydrique du Royaume.
 

Sur le terrain, cette amélioration est palpable. « Les pluies étalées sur décembre et début janvier ont permis de relâcher la pression », confie Mustapha Tantaoui, directeur du barrage. Une respiration bienvenue pour les agriculteurs du bassin du Sebou, mais aussi pour les villes situées en aval, dont l’approvisionnement dépend étroitement de ces réserves.
 

L’embellie dépasse largement le seul barrage Al Wahda. Selon Khalid El Ghomari, directeur de l’Agence du bassin hydraulique du Sebou, la région a enregistré environ 360 millimètres de précipitations depuis décembre 2025, soit une hausse de 32% par rapport à la même période de l’année précédente. Les apports hydriques se sont améliorés sur l’ensemble des ouvrages.
 

Le barrage Idriss Ier atteint ainsi près de 510 millions de m³, avec un taux de remplissage avoisinant 45%. Bouhouda frôle les 97%, Sahla se situe à 48% et Asfalou à 37%. À Bab Louta, le taux dépasse 99%, garantissant l’alimentation en eau potable de la ville de Taza pour plus de deux ans. À l’échelle du bassin du Sebou, le volume total stocké dépasse désormais 6,64 milliards de m³, soit un taux de remplissage d’environ 55%, contre à peine 40% en décembre dernier.
 

Les effets positifs se font également sentir sous terre. Les nappes phréatiques affichent des hausses notables : près de deux mètres dans la plaine du Saïss, 3,4 mètres dans le Gharb, 1,8 mètre dans le couloir Fès-Taza et 1,2 mètre dans le Moyen Atlas. Un signal encourageant dans un pays confronté à un stress hydrique structurel.
 

La prudence reste de mise, mais ces pluies rappellent une évidence souvent oubliée : au Maroc, chaque millimètre d’eau compte. La pluie n’efface pas les défis, elle offre un répit. À condition d’en faire un levier durable, au service d’une gestion responsable et solidaire de la ressource hydrique.





Vendredi 16 Janvier 2026
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