La prise de conscience est récente mais violente.
Accompagné d'un rapport technique de 300 pages, le texte détaille la genèse potentielle de ce que les spécialistes appellent la «vie miroir».
Ce terme fait référence à des organismes qui pourraient naître en laboratoire et qui seraient la réplique exacte mais inversée - comme un reflet dans un miroir - de bactéries déjà existantes.
Des bactéries miroirs pourraient survivre dans l'environnement, perturber les écosystèmes et infecter les plantes, les animaux et les humains.
De la même manière qu'une main gauche ne peut pas entrer dans un gant prévu pour une main droite et inversement, les molécules et les récepteurs de nos défenses immunitaires seraient complètement en incapables d'y répondre. Même les antibiotiques actuels seraient inefficaces. Il faudrait développer des antibiotiques miroirs, mais, face à une telle catastrophe écologique, on serait totalement impuissant à lutter.
Création de vie miroir
Certains scientifiques estiment cependant que les difficultés restent trop nombreuses pour s'inquiéter dès maintenant de la menace.
À l'inverse, d'autres proposent d'interdire immédiatement toute recherche dans ce domaine. Plus immédiate est la menace des génomes de virus conçus par intelligence artificielle.
Depuis trois ou quatre ans, des modèles similaires à ChatGPT sont entraînés non plus sur du texte, mais sur de l'ADN. Dès le départ, les chercheurs ont eu la sagesse d'exclure les séquences de virus pathogènes des données d'entraînement.
Mais rien n'empêche techniquement un acteur malveillant de créer une intelligence artificielle entraînée sur des génomes viraux dangereux pour obtenir des variants encore plus agressifs. Ça serait tout à fait et assez probable, qu'on arrive à des virus vraiment nouveaux, qui représentent une véritable menace épidémique.
L'avantage serait considérable : simultanément, un agent et son antidote, que seul son créateur posséderait. L'arme parfaite.
Mais les modèles de langage se développent dans de nombreux pays (Chine, États-Unis, Russie). Et la puissance de calcul nécessaire devient « accessible ». Contrairement à la vie miroir, cette menace n'est pas un changement de paradigme : quelqu'un qui veut créer un super virus n'a pas besoin d'IA pour essayer.
Mais elle accélère et simplifie considérablement le processus. Ces outils sont par ailleurs géniaux pour la recherche biomédicale et la conception de nouvelles molécules thérapeutiques. Mais, entre promesses- médicales et risques bio-sécuritaires, la biologie de synthèse avance sur un fil. La question n'est plus de savoir si ces technologies seront maîtrisées mais par qui- et dans quel but ?
PAR MUSTAPHA SEHIMI/QUID.MA