Bourse de Casablanca : après une année 2025 historique, les investisseurs marocains scrutent 2026 avec prudence et ambition – Marché, rebonds, volatilité et perspectives


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 26 Janvier 2026

2025 restera gravée comme une année de rebonds spectaculaires et de gains inattendus à la Bourse de Casablanca. Une performance globale qui, loin d’effacer les incertitudes à court terme, interroge désormais investisseurs et analystes sur la suite du chemin en 2026. Entre animations sectorielles, réactions techniques du marché et catalyseurs macroéconomiques, le paysage financier marocain offre des pistes d’analyse essentielles pour les lecteurs qui cherchent à comprendre les enjeux actuels de la finance nationale.



2025 : un marché en forte hausse, mais des gagnants très inégaux

La Bourse de Casablanca a offert en 2025 un scénario que beaucoup n’osaient plus espérer après les turbulences de l’année précédente. L’indice de référence, le MASI, a signé une performance annuelle exceptionnelle de +27,57 %, confirmant une dynamique globalement haussière sur la place. Dans ce contexte, la majorité des valeurs cotées ont terminé l’année dans le vert : sur 81 valeurs, 62 affichaient une performance positive à fin 2025, preuve d’un marché largement orienté à la hausse.
 

Pour autant, cette progression n’a pas été uniforme. Elle a surtout été portée par un mouvement très visible : le retour en grâce de titres longtemps ignorés, parfois jugés trop risqués, trop cycliques ou tout simplement “hors radar”. C’est là que le marché devient intéressant à lire : quand l’indice grimpe fortement, il ne se contente pas de tirer les grandes capitalisations, il réactive aussi des dossiers délaissés, comme si la confiance revenait par vagues.
 

Les rebonds les plus marquants se sont illustrés dans l’industrie et la distribution. Stroc Industrie, qui avait reculé de -18,6 % en 2024, a bondi de +482,6 % en 2025. Stokvis Nord Afrique, en baisse de -21,4 % l’année précédente, a signé un redressement spectaculaire de +474,2 %. Dans la même logique, Fenie Brossette, après -16,9 % en 2024, a progressé de +258,4 % en 2025, portée par un repositionnement plus lisible et un regain d’intérêt pour les valeurs cycliques. Sonasid, en repli de -14,2 % un an plus tôt, a gagné +126,3 % sur l’exercice 2025, soutenue par de meilleures perspectives pour la sidérurgie et l’accélération des chantiers d’infrastructures, dans un contexte où les préparatifs du Mondial 2030 pèsent déjà dans les anticipations économiques.
 

Le mouvement de rattrapage s’est aussi étendu aux minières et à la technologie. Managem, pénalisée en 2024 par la volatilité des matières premières et en baisse de -12,8 %, a retrouvé de l’élan en 2025 avec +121,5 %, dans un environnement redevenu plus favorable aux métaux stratégiques. SMI, opérateur monétique, avait reculé de -19,7 % en 2024 dans un segment perçu comme mature ; le titre s’est adjugé +108 % à fin 2025, porté par le regain d’intérêt pour les infrastructures de paiement. Autrement dit : sur la bourse, le “rebond boursier” n’est pas qu’un mot, c’est une mécanique qui s’alimente de cycles, de perception et de confiance.


Début 2026 : la volatilité revient et la prudence s’impose

Mais la photographie flatteuse de 2025 ne suffit pas à effacer les signaux de nervosité qui ont émergé dès les premières semaines de 2026. La Bourse de Casablanca a enchaîné cinq séances consécutives de baisse, ramenant le MASI sous le seuil des 19 000 points et réduisant sa performance depuis le début de l’année à +0,19 %. À la mi-séance du mercredi 21 janvier, l’indice principal reculait de 0,3 %, tandis que le MASI 20 cédait 0,24 %. Ce n’est pas un effondrement, mais c’est un rappel : après une année aussi forte, le marché respire… parfois de manière brusque.
 

Cité par Les Inspirations Éco, Farid Mezouar, directeur exécutif de FLM Markets, explique ce repli par plusieurs facteurs convergents. D’un côté, la remontée des taux obligataires, qui pèse sur les valorisations actions en rendant les placements à revenu fixe plus attractifs. De l’autre, la multiplication des opérations de levées de fonds, qui mobilisent fortement les investisseurs institutionnels et peuvent temporairement assécher la liquidité disponible sur le marché secondaire. Ce cocktail, même sans mauvaise nouvelle majeure, suffit à déclencher une correction technique.
 

Dans le débat public, certains ont aussi tenté de relier le recul du marché à la défaite de l’équipe nationale en finale de la CAN, en particulier pour les valeurs exposées à l’Afrique. L’analyse dominante, relayée par les professionnels, reste plus mesurée : il n’existe pas de lien direct et mécanique entre résultat sportif et marché actions. En revanche, il est reconnu qu’un événement de cette ampleur peut influencer le sentiment général, au moins sur quelques séances. D’autant que le scénario de la défaite et les incidents de hooliganisme ont laissé une empreinte émotionnelle difficile à ignorer. Cela dit, selon les autorités, les retombées économiques seraient plutôt positives, notamment pour le tourisme.
 

Et c’est là qu’il faut faire la part des choses. L’impact économique d’une CAN ne se juge pas sur une semaine de cotations. Les pouvoirs publics mettent en avant un effet globalement favorable, porté par l’afflux de visiteurs, la mobilisation des filières du tourisme, du transport et des services, ainsi que par l’accélération de projets d’infrastructures. L’hôtellerie, la restauration, le commerce et la logistique ont enregistré un surcroît d’activité, et l’événement a renforcé l’attractivité du Maroc à l’échelle continentale. Le gouvernement évoque notamment la mobilisation de près de 100 000 emplois, l’implication de plus de 3 000 entreprises locales et un stimulus notable pour la consommation intérieure. Ces chiffres, s’ils se confirment dans la durée, peuvent peser sur l’économie réelle mais leur traduction en performance boursière reste indirecte, et dépend du timing comme du climat financier.


Perspectives 2026 : opportunités de rattrapage, mais sélectivité obligatoire

La question centrale, désormais, est simple : après un tel exercice, que peut encore offrir 2026 aux investisseurs marocains ? Sur le papier, les perspectives restent plutôt favorables. Les analystes anticipent un environnement plus porteur, soutenu par un cycle économique mieux orienté et par des catalyseurs sectoriels identifiés. Les valeurs bancaires devraient continuer à bien se comporter, tout comme celles liées aux grands chantiers et aux infrastructures associées aux préparatifs du Mondial, à l’image de TGCC ou de la nouvelle venue SGTM.
 

Un autre élément macroéconomique est mis en avant : la reprise attendue de la valeur ajoutée agricole, favorisée par de bonnes précipitations, et susceptible de diffuser des effets positifs sur l’ensemble de l’économie. Ce point est loin d’être secondaire au Maroc : quand l’agriculture respire, c’est souvent la consommation, l’emploi et le moral économique qui suivent.
 

Mais attention à l’excès de confiance. Après une performance 2025 aussi forte, le marché devient plus exigeant. Les valorisations se tendent, la moindre mauvaise surprise peut coûter cher, et la volatilité peut piéger les investisseurs qui confondent “rebond” et “certitude”. La stratégie de rattrapage peut encore fonctionner, mais elle ne sera pas automatique. Elle demandera une lecture plus fine des fondamentaux, des perspectives sectorielles et de la liquidité disponible.


Au fond, la Bourse de Casablanca entre en 2026 avec un paradoxe typiquement marocain : un marché globalement solide, mais une confiance qui reste sensible au moindre signal. Après l’euphorie, place au tri. Et pour les investisseurs, l’enjeu n’est plus seulement de profiter d’un mouvement haussier, mais de choisir les bonnes actions marocaines au bon moment, avec une discipline qui transforme l’opportunité en valeur durable.





Lundi 26 Janvier 2026
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