C’est triste un Salon du livre qui se vide


Par Naïm Kamal.

Au terme de dix jours d’activités, la 31ème édition du salon international de l’édition et du livre de Rabat s’est achevée dans une atmosphère contrastée.

Après une fréquentation record et une programmation marquée par les débats sur l’avenir du livre, l’intelligence artificielle et les mutations des pratiques culturelles, la mélancolie de la clôture. Naïm Kamal raconte le site de l’OLM- Souissi se vidant progressivement de ses visiteurs.



Un salon aux dimensions inédites

Dimanche 10 mai, au milieu de l’après-midi, le Salon international de l’édition et du livre donne l’impression de s’éteindre lentement.

Dans les allées de l’OLM-Souissi, le mouvement s’est ralenti. Les visiteurs se font rares. Les discussions qui animaient encore les pavillons quelques heures auparavant se dissipent progressivement dans un calme inhabituel.
 

Dix jours durant, cette 31ème édition du SIEL aura été l’une des plus aimées. Placé sous le signe de la désignation de Rabat comme Capitale mondiale du livre 2026 par l’UNESCO, l’évènement a réuni, selon les chiffres du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, 61 pays et 891 exposants. Plus de 130.000 titres et près de trois millions d’exemplaires y ont été présentés.

Avec la France comme invitée d’honneur, le salon a accueilli plus de 720 intervenants, entre écrivains, chercheurs, éditeurs, artistes et penseurs de différents horizons.

Plus de 204 activités ont rythmé les dix jours de la manifestation, entre conférences, débats, rencontres littéraires, soirées poétiques et présentations d’ouvrages.


Ibn Battouta comme fil conducteur

Dans cette atmosphère de démontage, le salon donne à voir une autre image du livre : celle d’un objet fragile, soumis aux transformations des usages culturels mais encore capable de rassembler des foules pendant quelques jours. (Photo Quid)
Cette année, le salon était placé sous le thème « Ibn Battouta et le récit du voyage ». Une manière de relier la mémoire des grands déplacements humains à la circulation contemporaine des savoirs et des imaginaires.

Le légendaire voyageur marocain et son patrimoine littéraire ont occupé une place centrale dans plusieurs expositions et conférences. Pour les enfants et pour les jeunes, une initiation à la découverte. Le salon a aussi multiplié les hommages à des figures de la littérature marocaine ayant marqué différentes périodes de l’histoire intellectuelle du pays.

Après Schtroumpf l’année dernière, le jeune public disposait, lui aussi, d’un espace dédié avec « Le Petit Prince » de Saint Exupéry, un autre voyageur, comme en écho à Ibn Battouta.

Conçu comme un parcours immersif autour de la lecture, de l’imaginaire et de la découverte, il n’a pas attiré que les petits.

Durant plusieurs jours, Rabat a ainsi pris les allures d’un vaste carrefour culturel où se sont croisés éditeurs, universitaires, créateurs et lecteurs venus partager des visions du monde parfois divergentes mais réunies autour du livre.


Le livre face à la révolution numérique

Au fil des débats, une question s’est imposée avec insistance : celle de l’avenir du livre dans un environnement dominé par les technologies numériques et l’intelligence artificielle.

De nombreuses conférences ont abordé les transformations des modes de production et de diffusion du savoir.

Le livre n’est plus seulement considéré comme un objet destiné à la lecture. Il devient aussi une donnée, une ressource intégrée aux systèmes numériques et aux nouvelles formes de circulation de l’information.

Les discussions ont notamment porté sur l’émergence « du livre conversationnel », sur les usages de l’IA générative et sur la manière dont les œuvres sont désormais intégrées dans des logiques de traitement de données.

Ces réflexions, évoquées notamment par Dr Az-Eddine Bennani dans les colonnes du Quid, ont traversé une grande partie des échanges intellectuels du salon.

Derrière ces débats technologiques se dessinait une interrogation plus profonde : celle du rapport contemporain à la lecture. Le temps long du livre semble désormais confronté à l’accélération permanente des écrans, des flux numériques et des contenus fragmentés.


Le silence après le brouhaha

Mais ce dimanche après-midi, ces grandes questions théoriques paraissent soudain très lointaines. Dans les stands, les exposants rangent les ouvrages restés sur les étagères. Les cartons s’ouvrent puis se referment.

Certains libraires dressent déjà le bilan des ventes. D’autres échangent quelques derniers mots avant le départ.

Le brouhaha des agoras qui accompagnait l’entrée dans les pavillons pendant toute la durée du Salon s’est presque entièrement dissipé. Seuls quelques stands résistent encore à la fatigue du dernier jour.
 

Dans cette atmosphère de démontage, le salon donne à voir une autre image du livre : celle d’un objet fragile, soumis aux transformations des usages culturels mais toujours capable de rassembler des foules pendant quelques jours.
 

Face aux centaines de milliers d’ouvrages encore exposés pour quelques heures, une question flotte dans l’air : assiste-t-on à un univers en voie de disparition ou seulement à la disparition progressive d’une certaine manière de vivre le livre ?
 

En quittant l’espace OLM-Souissi, un sentiment de mélancolie diffuse s’installe. Celui d’un lieu qui retrouve son silence après avoir été, pendant dix jours, un espace de circulation des idées, des langues et des imaginaires.

Dès le lendemain, il n’en restera que cette nostalgie discrète des rencontres passées, des idées découvertes et des ouvrages acquis.

PAR NAIM KAMAL/QUID.MA



Mardi 12 Mai 2026

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