CAN 2026 : la leçon de dignité du Sénégal face aux dérives verbales égyptiennes et aux excès politiques algériens


Rédigé par le Dimanche 18 Janvier 2026



Il arrive que le football serve de révélateur. Non pas des performances sportives, mais des tempéraments politiques, médiatiques et moraux. À la veille de la finale de la CAN 2026 entre le Sénégal et le Maroc, la déclaration du ministère sénégalais des Affaires étrangères agit comme un miroir cruel pour une partie du paysage africain : elle éclaire, par contraste, la dignité de certains et l’indigence d’autres.

Le communiqué sénégalais tranche par sa hauteur de vue. Il inscrit la rencontre dans une histoire longue, faite de liens humains, spirituels et économiques entre Dakar et Rabat. Le football y est présenté pour ce qu’il devrait toujours être : un espace de fraternité, un moment de célébration du talent africain, un langage commun capable de dépasser les crispations conjoncturelles. Rien d’emphatique, rien d’ostentatoire. Juste une diplomatie sobre, assumée, panafricaine.

Cette posture devient d’autant plus remarquable qu’elle contraste avec des dérives observées ailleurs. Du côté algérien, depuis le début de la compétition, certains responsables et commentateurs ont une nouvelle fois transformé le football en prolongement maladroit d’un contentieux politique obsédant. Allusions hostiles, procès d’intention, discours chargés d’arrière-pensées : le terrain de jeu est instrumentalisé, et le sport réduit à un exutoire idéologique. Le résultat est prévisible : on parle moins de football que de ressentiment.

Mais le malaise le plus frappant vient peut-être d’Égypte. Non pas par un trop-plein de déclarations officielles, mais par leur absence totale. Face aux propos jugés choquants, parfois outranciers, tenus par certains commentateurs égyptiens — et même par des membres de l’équipe nationale elle-même dans l’espace médiatique — le silence des autorités du Caire interroge. Aucun rappel à l’ordre, aucune prise de distance claire, aucun message officiel pour réaffirmer les valeurs de respect et de fair-play que l’Égypte a longtemps revendiquées sur la scène africaine.

Ce mutisme n’est pas neutre. Il laisse prospérer des discours qui abîment l’image du football africain et nourrissent des tensions inutiles entre peuples. Dans un continent où la parole officielle compte encore, surtout lorsqu’elle vient d’un pays au poids historique et sportif majeur, se taire revient parfois à cautionner. Ou, à tout le moins, à renoncer à jouer son rôle de régulateur moral.

À l’inverse, Dakar choisit de parler — mais de parler juste. Le communiqué sénégalais remercie explicitement le Maroc pour sa coopération exemplaire tout au long de la compétition. Un détail en apparence, mais un signal fort : la fraternité ne se proclame pas, elle se pratique. Logistique, sécurité, respect mutuel : la diplomatie du quotidien vaut souvent plus que les grandes envolées.

En appelant supporters, acteurs et opinions publiques à la responsabilité et au fair-play, le Sénégal adresse aussi un message clair aux sociétés africaines, saturées de récits conflictuels sur les réseaux sociaux. Il rappelle que l’image du football africain se joue autant dans les tribunes, sur les plateaux télévisés et dans les studios de commentaire que sur la pelouse.

Cette finale met ainsi en lumière deux visions opposées du sport en Afrique. L’une, apaisée, considère le football comme un espace de respiration politique et de cohésion continentale. L’autre, plus fébrile, plus bruyante — ou plus silencieuse quand il faudrait parler — y projette ses frustrations, ses rivalités et ses non-dits.

Le football ne réglera ni les différends géopolitiques ni les blessures d’ego régionaux. Mais il révèle les postures. En janvier 2026, pendant que certains s’enferment dans l’excès verbal ou le silence complice, d’autres rappellent, calmement, que l’Afrique n’a rien à gagner à se caricaturer elle-même. Parfois, la véritable victoire se joue bien avant le coup d’envoi.




Dimanche 18 Janvier 2026
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