La souveraineté numérique, thème central de cette édition, s’est imposée comme une préoccupation stratégique, presque existentielle pour certains dirigeants présents. Il faut dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 70% des patrons marocains estiment que leur modèle économique devra évoluer dans les trois prochaines années. Une bascule assumée. Mais pas encore totalement maîtrisée.
Dans le détail, près de 60% des répondants identifient le Cloud et l’intelligence artificielle comme des leviers structurants. Une tendance lourde, qui s’inscrit dans un mouvement global, mais qui, au Maroc, prend une résonance particulière. Car derrière ces technologies, c’est toute la question de l’autonomie stratégique qui se joue : où sont stockées les données ? Qui contrôle les infrastructures ? Et surtout, qui capte la valeur ?
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, n’a pas éludé ces enjeux. Il voit dans cette enquête un véritable baromètre du moral et des anticipations des dirigeants. À ses yeux, l’intelligence artificielle ouvre un “avenir accéléré et augmenté”, capable de transformer en profondeur les capacités de production, d’analyse et d’innovation. Le Maroc, assure-t-il, s’inscrit pleinement dans cette dynamique, avec une stratégie nationale visant à accompagner ces ruptures technologiques.
Sur le terrain, des avancées sont réelles. L’adoption d’une politique “Cloud First” dans l’administration depuis 2022 marque un tournant. Le pays dispose désormais de plus de 15 data centers certifiés, signe d’une volonté de structurer une base technologique souveraine. Mais le contraste reste frappant. En 2020, seulement 14% des capacités informatiques étaient externalisées, contre environ 35% en Europe occidentale. Le retard est connu. Il reste à le combler.
Pour Reda Loumany, Senior Regional Partner chez PwC, la souveraineté numérique dépasse largement le cadre technique. Elle touche à la gouvernance, à la sécurité nationale et à la compétitivité économique. Autrement dit, il ne s’agit plus simplement de moderniser les systèmes, mais de reprendre la main sur des actifs devenus critiques.
Une lecture partagée par Jamal Basrire, qui insiste sur le caractère ambivalent de la transformation digitale. Le Cloud et l’IA offrent des gains considérables en efficacité et en agilité. Mais ils exposent aussi les entreprises à de nouveaux risques, notamment en matière de cybersécurité et de gestion des données. D’où la nécessité d’une approche pragmatique, fondée sur la maîtrise des usages, des architectures et des risques bien au-delà de la seule localisation des infrastructures.
Au fil des discussions, un consensus s’est dégagé : la souveraineté numérique ne peut être portée par un seul acteur. Elle suppose une coopération étroite entre l’État et le secteur privé, ainsi qu’une montée progressive en maturité. Prioriser les actifs critiques, structurer un écosystème local robuste, renforcer les compétences… autant de leviers qui conditionnent la réussite de cette transition.
PwC entend d’ailleurs prolonger cette réflexion lors du Gitex Africa, prévu du 7 au 9 avril à Marrakech. L’occasion de présenter de nouvelles solutions Cloud souveraines et de poursuivre un dialogue devenu essentiel pour l’avenir numérique du Royaume.
Au fond, le constat est clair : la transformation digitale n’est plus un horizon, mais une réalité en marche. Pour les dirigeants marocains, l’enjeu n’est plus de suivre le mouvement, mais de s’y imposer. Et vite.