Canada : début de réflexion sur la liberté d’expression et les réseaux sociaux


Par Aziz Boucetta.

Et les Canadiens ont enfin commencé à comprendre le problème !... Le problème posé, ou porté, par le nexus liberté d’expression, diaspora(s) et réseaux sociaux.

Le Canada est désormais connu pour être la terre d’asile d’une faune très particulière, d’une engeance venue du monde entier et qui a fait de ce pays de liberté et de valeur, de libertés et de valeurs, une plateforme d’actes délictueux. Et comme pour toute grande nation, la prise de conscience prend naissance à l’université.



Ainsi, la semaine dernière, un colloque était organisé à l’université du Québec à Montréal (UQAM), réunissant universitaires et sécuritaires, chercheurs et fonctionnaires, diplomates et étudiants.

C’est l’Observatoire sur les Migrations internationales, les Réfugiés, les Apatrides et l’Asile, ou OMIRAS, qui était à l’œuvre et à la manœuvre. Tout ce monde s’est rassemblé à l’UQAM pour réfléchir et débattre autour du thème « Liberté d’expression et relations internationales ».

Tout un programme… un programme où le Canada, de par la protection souvent excessive qu’il offre à certains youtubeurs, s’expose à la critique de ses amis et partenaires et s’impose aujourd’hui une forme de réflexion. Le gouvernement Trudeau était fermé à toute sorte d’autocritique sur la question, mais tel n’est pas le cas de celui de Mark Carney.

Ce gouvernement montrant encore pourtant un train de réaction relativement lent, c’est bien évidemment l’université, avec la collaboration agissante et engagée de la représentation diplomatique marocaine à Ottawa, qui initie la réflexion autour d’un sujet qui concerne l’ensemble de l’humanité : face au développement des réseaux sociaux et au déferlement d’une parole de plus en plus libérée, les inévitables abus ne devaient pas tarder à advenir.

Mais bien que le droit ait tout prévu, ou au moins tout envisagé, la politique et la justice au Canada marquent le pas, en restant figés sur un concept de droit de l’Homme et de liberté d’expression qui n’évoluent pas, ayant été conçus dans des contextes différents.

« Il existe des éléments d’éthique, de valeur, venus d’Afrique et qui peuvent enrichir la liberté d’expression telle qu’elle est considérée en Occident », dit ainsi le professeur Charles Moumouni qui, pensant et citant l’ancienneté séculaire africaine en matière de droits, appelle à « la constitution d’un pacte africain de la liberté d’expression dans les réseaux sociaux, pour assurer l’intégration des valeurs continentales ».

Le débat se situe donc quelque part sur la ligne de crête entre le droit de s’exprimer et le devoir de respecter et de protéger la réputation d’autrui ; mais il apparaît que le Canada apparaît quand même trop laxiste… ou à tout le moins quelque peu angélique dans sa conception des droits d’expression des uns et des autres.

En effet, des différentes et diverses interventions de juristes, il ressort une idée fondamentale, en l’occurrence qu’il existe une distinction entre une opinion, et donc expression de cette opinion, et un fait, lié à la vérité et donc soumis à la vérification.

Des faits inexacts ou clairement inventés ne relèvent pas de la liberté d’expression, mais de la diffamation, et c’est là que se situe le nœud de la liberté d’expression… ainsi que celui de ce qu’on appelle le numérique transnational, qui agit et intervient au-delà des frontières, transcendant les juridictions. L’internaute devient alors acteur public, ou même politique, transnational.

Cependant, les intervenants ont en grande partie versé dans l’essentialisation de « l’Afrique » et des « diasporas ».

L’Afrique n’est pas une mais diverse, plurielle et chacune de ses régions dispose de ses traditions et de ses coutumes, difficiles à classer uniformément ; de même que les diasporas sont des communautés migrantes obéissant à des critères particuliers et définies par leur unité et leur cohésion, ce qui n’est pas le cas de la grande majorité des communautés émigrées au Canada, dont la communauté marocaine.

Cela étant, une remarque générale et commune au droit d’opinion et d’expression des migrants tient dans cette réalité que le numérique va plus vite que l’évolution du droit, et que l’expression numérique entremêle la liberté que se donnent des migrants de proférer des insultes et de rapporter des faits prétendus vrais avec les traditions judiciaires et les juridictions canadiennes à admettre le caractère délictuel de ces propos, soumis exclusivement au prisme des « libertés » et se fondant sur un « orientalisme » qui victimise l’internaute migrant plus qu’il n’analyse et ne vérifie la réalité des faits.

Cela crée en conséquence des tensions politiques et diplomatiques entre pays d’origine et pays d’accueil de ces migrants qui jouent des distorsions existant entre droits et devoirs, entre vérité et diffamation, entre l’application de la loi par les juges et leur propension aux préjugés.

Pour leur part, les ambassadeurs de Côte d’Ivoire et du Sénégal et le représentant du Cameroun ont tous trois abondé sur le problème posé par la dialectique entre le droit d’expression et le devoir de respecter autrui, entre le numérique transnational et la justice canadienne, nationale. Tous trois ont longuement expliqué la prise de conscience des ces droits dans leurs pays, mais tous trois ont regretté les tensions que les incompréhensions entre Etats créent, ou sont susceptibles de créer.

Les diplomates, venus à la demande expresse de l’ambassadrice du Maroc Souriya Otmani, ont fortement insisté sur la nécessité de travailler avec les autorités canadiennes sur l’évolution du droit numérique, sur les concepts de libertés à l’ère des réseaux sociaux et sur l’importance absolue d’agir face aux dérives criminelles commises sous couvert de militantisme et d’engagement politique et idéologique de certains migrants.

En quoi cette conférence sur la liberté d’expression à l’ère du numérique et les relations internationales, tenue à Montréal, est-elle importante ?

Son intérêt réside dans deux territorialités, la première, canadienne, consiste en le début de ce qui serait une réflexion sur le nécessaire encadrement de la liberté d’expression des communautés migrantes à destination de leurs pays d’origine ; la seconde est justement l’extension de la première, le Canada pouvant être la première nation dans le monde à lancer une réflexion académique, puis possiblement une action juridique sur l’impact des migrations sur les relations internationales, bilatérales ou multilatérales.

Le fait que l’ambassade du Maroc ait contribué à l’organisation de cette conférence est aussi un élément à prendre en considération, car le royaume est lui-même la cible d’attaques et de diffamations venues du Canada, régulièrement condamnées par la justice, au Maroc et au Canada, mais repoussant comme des hydres.

Le Maroc a donc deux approches pour affronter cette situation ; le judiciaire, directement, pour rétablir les victimes dans leurs droits, et aujourd’hui le juridique et le diplomatique, dans l’objectif de poser un cadre légal régulant la prise de parole numérique. Ce n’est pas seulement le Maroc qui est concerné, mais l’ensemble des pays du monde.

Le récent réchauffement des relations entre Ottawa et Rabat entre sans doute dans cette logique, après plusieurs années d’incompréhensions diverses et mutuelles. Mais comme avec d’autres pays, sur d’autres sujets, le Maroc a su faire preuve de patience pour laisser le temps aux uns et autres d’être convaincus de ses propositions.

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA


Mardi 2 Juin 2026

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