Cash ou paiement mobile : le Maroc entre deux économies


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 11 Mars 2026

La digitalisation des paiements progresse au Maroc. Portefeuilles mobiles, paiement sans contact et transactions électroniques gagnent du terrain. Pourtant, dans la réalité quotidienne, l’argent liquide reste largement dominant. Entre modernisation rapide et habitudes bien ancrées, l’économie marocaine avance encore à deux vitesses.



Le constat ressort clairement des données récentes analysées par Finances News Hebdo et des indicateurs publiés par Bank Al-Maghrib. Le pays s’est engagé depuis plusieurs années dans une transformation de ses paiements digitaux, mais cette mutation se heurte à des pratiques de consommation profondément ancrées.
Entre modernisation technologique et habitudes quotidiennes, la transition vers une économie moins dépendante du cash avance donc à un rythme mesuré.


Une adoption en hausse du paiement mobile

Les chiffres témoignent néanmoins d’un mouvement réel. Selon le rapport annuel 2024 de Bank Al-Maghrib, le nombre de portefeuilles mobiles actifs au Maroc est passé de 10,4 millions à 13,7 millions en une seule année. Cela représente une progression proche de 32 %.
 

Cette croissance s’explique en grande partie par l’adhésion d’une population jeune, urbaine et connectée. Pour beaucoup d’étudiants ou de jeunes actifs, payer via un m-wallet devient progressivement un geste naturel. Les transferts d’argent entre particuliers, notamment, connaissent une progression rapide.
 

Le marché s’est également structuré. On compte aujourd’hui 21 solutions de paiement mobile, dont 12 opérées par des établissements de paiement, signe d’un écosystème en pleine consolidation autour de la fintech marocaine.
 

La dynamique se retrouve aussi dans l’activité des cartes bancaires. En 2024, plus de 215 millions de transactions par carte ont été enregistrées au Maroc, pour un volume d’environ 90 milliards de dirhams. Le paiement sans contact représente désormais près de trois quarts de ces opérations. Un indicateur révélateur de l’évolution progressive des usages.


Une économie toujours dominée par le cash

Mais derrière cette modernisation visible, la réalité reste plus nuancée. L’économie marocaine demeure fortement dépendante de l’argent liquide. La circulation fiduciaire reste élevée et continue d’alimenter une grande partie des échanges quotidiens.
 

Dans les commerces de proximité, la logique est souvent simple : le cash évite les commissions. Pour de nombreux petits commerçants, les frais liés aux paiements électroniques restent un frein, surtout dans un contexte où les marges sont parfois étroites.
 

Les données sur les transactions via m-wallet illustrent ce décalage. En 2024, leur nombre a certes presque doublé, passant de 9,7 millions à 19,7 millions d’opérations, pour un montant total de 3,9 milliards de dirhams. Une progression notable, mais encore modeste face aux volumes traités en espèces dans l’économie.


Une transformation aussi culturelle

Au fond, la question dépasse la technologie. Les experts cités par Finances News Hebdo insistent sur un facteur clé : l’intégration du paiement mobile dans les gestes du quotidien.
 

Transports urbains, petits commerces, marchés traditionnels… Tant que ces lieux resteront dominés par le cash, la transition vers les paiements digitaux restera partielle.
 

La confiance constitue un autre enjeu. Malgré les progrès en matière de sécurité numérique, certains consommateurs restent prudents face aux outils digitaux. Les interfaces peuvent sembler complexes, et la peur de l’erreur ou de la fraude persiste.
 

Du côté des commerçants, l’équipement progresse mais demeure inégal. Beaucoup hésitent encore à investir dans des terminaux ou à intégrer les solutions de fintech marocaine.


Une transition portée par une nouvelle génération

Pourtant, les signes de changement se multiplient. Paiement de factures, transferts d’argent instantanés, versements d’aides sociales ou règlements chez certains commerçants : les usages digitaux gagnent peu à peu du terrain.
 

La jeunesse marocaine joue ici un rôle moteur. Habituée aux applications mobiles et aux services numériques, elle accélère naturellement l’adoption du paiement mobile.
 

Le Maroc semble ainsi arrivé à un moment charnière. Les infrastructures existent, les solutions sont disponibles et la base d’utilisateurs s’élargit chaque année. Reste à transformer cette dynamique en véritable basculement des habitudes.
 

Car au fond, la question n’est plus technologique. Elle est culturelle. Et dans une économie où la confiance se construit dans le temps, la transition vers les paiements digitaux s’écrira probablement étape par étape, entre innovation et pragmatisme.





Mercredi 11 Mars 2026
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