Élections 2026 : les programmes promettent, Ceuta accuse !
Depuis le 30 juillet, des milliers de personnes ont convergé vers Fnideq et tenté de rejoindre Ceuta par la mer ou en contournant les dispositifs frontaliers. Reuters rapporte que les forces marocaines ont renforcé leur présence et empêché une grande partie des tentatives, tandis que la télévision publique espagnole avançait, dans un premier bilan, entre 2 000 et 3 000 entrées dans l’enclave. D’autres dépêches, citant le ministère espagnol de l’Intérieur, ont ensuite évoqué près de 49 000 passages en vingt-quatre heures. Cet écart considérable impose de la prudence : le chiffre de « 60 000 » circule désormais dans la presse internationale, mais il doit encore être consolidé par des bilans officiels cohérents et détaillés.
La gravité humaine, elle, ne fait aucun doute. Reuters, Associated Press, Al Jazeera, The Guardian, El País, Le Monde et le Financial Times ont placé cette crise au cœur de leur couverture internationale. Plusieurs médias ont rapporté des décès lors des traversées, la saturation des capacités d’accueil de Ceuta et le déploiement de moyens supplémentaires espagnols. Ce n’est donc plus un fait divers frontalier. C’est une crise humanitaire, sécuritaire, diplomatique et politique observée par le monde entier.
Deux ans après Fnideq, le même avertissement
Le plus inquiétant est que personne ne peut prétendre avoir été surpris.
En septembre 2024, Fnideq avait déjà été le théâtre d’appels massifs à la migration irrégulière, propagés sur les réseaux sociaux. Des milliers de jeunes avaient été interceptés, éloignés ou empêchés d’approcher la frontière. Les autorités marocaines avaient arrêté des personnes soupçonnées d’avoir organisé ou encouragé ces tentatives numériques. À l’époque, Reuters rapportait que la majorité des candidats étaient de jeunes Marocains, tandis que Le Monde relevait que près de 4 000 personnes avaient été arrêtées ou refoulées en quelques jours.
La réponse sécuritaire avait été rapide et, sur le terrain, efficace. Mais la réponse politique, sociale et économique n’a pas suivi avec la même intensité.
C’est ici que se situe le véritable débat. Il ne s’agit pas de critiquer l’État marocain dans son ensemble, encore moins de sous-estimer les efforts des forces de sécurité confrontées à une situation extrêmement complexe. Il s’agit de demander des comptes aux partis, aux élus, aux collectivités, aux ministres concernés, aux organismes d’intermédiation et à tous ceux qui transforment chaque crise en conférence, chaque alerte en slogan, puis chaque promesse en oubli.
Car Fnideq 2024 aurait dû être traité comme un signal stratégique. Fnideq 2026 montre qu’il a été classé comme un incident.
Les NEETs ne sont pas une catégorie statistique
Le Maroc compte près de 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ils représentaient 33,6 % de cette tranche d’âge selon un rapport conjoint du Haut-Commissariat au Plan, de l’Organisation internationale du travail et de l’Union européenne. Autrement dit, environ un jeune sur trois vit en dehors des trois principaux circuits d’intégration sociale : l’école, la formation et le travail.
Le mot anglais NEET a quelque chose de froid. Il classe, mesure et additionne. Mais derrière l’acronyme, il y a des trajectoires brisées : des diplômés sans première expérience, des jeunes sortis trop tôt de l’école, des habitants de territoires qui ne voient arriver ni investissement ni transport adapté, des femmes invisibilisées dans le travail domestique, des jeunes vivant de petits revenus informels et d’expédients numériques.
Il y a surtout une génération qui compare en permanence.
Elle voit sur son téléphone les salaires, les universités, les villes, les libertés de déplacement et les modes de vie européens. Elle voit aussi, chez elle, l’écart entre les discours officiels et son quotidien. Cet écart est devenu politiquement explosif. Quand la confiance disparaît, la mer paraît parfois moins dangereuse que l’attente.
Ce constat ne justifie évidemment pas les franchissements irréguliers. Il les explique partiellement. Or une politique sérieuse ne se contente pas de condamner un comportement : elle agit sur les conditions qui le rendent massif.
À la veille des élections, les programmes vivent dans un autre pays
À moins de deux mois des législatives de septembre 2026, combien de programmes électoraux proposent réellement une stratégie chiffrée, territorialisée et évaluée pour les NEETs ?
Combien fixent des objectifs par province ? Combien distinguent les jeunes diplômés, les décrocheurs, les femmes inactives, les travailleurs informels et les candidats à l’émigration ? Combien précisent le coût, les opérateurs responsables, les délais et les indicateurs de résultat ? Combien prévoient un suivi public trimestriel ?
Trop souvent, les partis promettent « l’emploi des jeunes », « l’inclusion », « l’entrepreneuriat » ou « l’égalité des chances ». Ces mots ont été tellement utilisés qu’ils ne garantissent plus rien. Une promesse sans calendrier, sans budget et sans autorité responsable n’est pas un engagement. C’est un élément graphique pour brochure électorale.
La crise de Fnideq exige autre chose : un pacte national anti-décrochage, une garantie de formation ou d’activité pour chaque jeune, une refonte de l’intermédiation professionnelle, des programmes spécifiques pour les villes frontalières, un accompagnement psychosocial, une mobilité régionale facilitée, une politique industrielle intensive en emplois et un véritable service civique rémunéré.
Elle exige également une présence politique permanente sur le terrain. Pas seulement des visites après les incidents. Pas seulement des meetings filmés. Pas seulement des campagnes numériques conçues par des adultes pour parler à des jeunes qu’ils n’écoutent jamais.
La sécurité retient les corps, la politique doit retenir l’espoir
Le Maroc doit évidemment protéger ses frontières, combattre les réseaux de passeurs, poursuivre les organisateurs d’appels clandestins et coopérer avec l’Espagne. Mais aucune frontière ne pourra durablement contenir une génération qui considère que son avenir se trouve ailleurs.
Les dispositifs sécuritaires peuvent empêcher une traversée aujourd’hui. Ils ne peuvent pas fabriquer un projet de vie demain.
La responsabilité des partis est donc immense. Ils ne peuvent plus faire de la jeunesse une photographie de meeting, une séquence TikTok ou un chapitre convenu de programme. Fnideq leur adresse une question brutale : que proposez-vous à ceux qui ne croient plus à vos propositions ?
À la veille des élections, le vrai clivage ne devrait pas opposer les slogans de gauche, de droite ou du centre. Il devrait opposer les programmes vérifiables aux catalogues de promesses.
Cette crise ne doit pas être instrumentalisée contre le Maroc. Elle doit être utilisée pour réveiller sa classe politique.
Car lorsque des milliers de jeunes se jettent vers une frontière, ce n’est pas seulement une frontière qui est contestée. C’est la crédibilité de la parole publique.
La gravité humaine, elle, ne fait aucun doute. Reuters, Associated Press, Al Jazeera, The Guardian, El País, Le Monde et le Financial Times ont placé cette crise au cœur de leur couverture internationale. Plusieurs médias ont rapporté des décès lors des traversées, la saturation des capacités d’accueil de Ceuta et le déploiement de moyens supplémentaires espagnols. Ce n’est donc plus un fait divers frontalier. C’est une crise humanitaire, sécuritaire, diplomatique et politique observée par le monde entier.
Deux ans après Fnideq, le même avertissement
Le plus inquiétant est que personne ne peut prétendre avoir été surpris.
En septembre 2024, Fnideq avait déjà été le théâtre d’appels massifs à la migration irrégulière, propagés sur les réseaux sociaux. Des milliers de jeunes avaient été interceptés, éloignés ou empêchés d’approcher la frontière. Les autorités marocaines avaient arrêté des personnes soupçonnées d’avoir organisé ou encouragé ces tentatives numériques. À l’époque, Reuters rapportait que la majorité des candidats étaient de jeunes Marocains, tandis que Le Monde relevait que près de 4 000 personnes avaient été arrêtées ou refoulées en quelques jours.
La réponse sécuritaire avait été rapide et, sur le terrain, efficace. Mais la réponse politique, sociale et économique n’a pas suivi avec la même intensité.
C’est ici que se situe le véritable débat. Il ne s’agit pas de critiquer l’État marocain dans son ensemble, encore moins de sous-estimer les efforts des forces de sécurité confrontées à une situation extrêmement complexe. Il s’agit de demander des comptes aux partis, aux élus, aux collectivités, aux ministres concernés, aux organismes d’intermédiation et à tous ceux qui transforment chaque crise en conférence, chaque alerte en slogan, puis chaque promesse en oubli.
Car Fnideq 2024 aurait dû être traité comme un signal stratégique. Fnideq 2026 montre qu’il a été classé comme un incident.
Les NEETs ne sont pas une catégorie statistique
Le Maroc compte près de 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ils représentaient 33,6 % de cette tranche d’âge selon un rapport conjoint du Haut-Commissariat au Plan, de l’Organisation internationale du travail et de l’Union européenne. Autrement dit, environ un jeune sur trois vit en dehors des trois principaux circuits d’intégration sociale : l’école, la formation et le travail.
Le mot anglais NEET a quelque chose de froid. Il classe, mesure et additionne. Mais derrière l’acronyme, il y a des trajectoires brisées : des diplômés sans première expérience, des jeunes sortis trop tôt de l’école, des habitants de territoires qui ne voient arriver ni investissement ni transport adapté, des femmes invisibilisées dans le travail domestique, des jeunes vivant de petits revenus informels et d’expédients numériques.
Il y a surtout une génération qui compare en permanence.
Elle voit sur son téléphone les salaires, les universités, les villes, les libertés de déplacement et les modes de vie européens. Elle voit aussi, chez elle, l’écart entre les discours officiels et son quotidien. Cet écart est devenu politiquement explosif. Quand la confiance disparaît, la mer paraît parfois moins dangereuse que l’attente.
Ce constat ne justifie évidemment pas les franchissements irréguliers. Il les explique partiellement. Or une politique sérieuse ne se contente pas de condamner un comportement : elle agit sur les conditions qui le rendent massif.
À la veille des élections, les programmes vivent dans un autre pays
À moins de deux mois des législatives de septembre 2026, combien de programmes électoraux proposent réellement une stratégie chiffrée, territorialisée et évaluée pour les NEETs ?
Combien fixent des objectifs par province ? Combien distinguent les jeunes diplômés, les décrocheurs, les femmes inactives, les travailleurs informels et les candidats à l’émigration ? Combien précisent le coût, les opérateurs responsables, les délais et les indicateurs de résultat ? Combien prévoient un suivi public trimestriel ?
Trop souvent, les partis promettent « l’emploi des jeunes », « l’inclusion », « l’entrepreneuriat » ou « l’égalité des chances ». Ces mots ont été tellement utilisés qu’ils ne garantissent plus rien. Une promesse sans calendrier, sans budget et sans autorité responsable n’est pas un engagement. C’est un élément graphique pour brochure électorale.
La crise de Fnideq exige autre chose : un pacte national anti-décrochage, une garantie de formation ou d’activité pour chaque jeune, une refonte de l’intermédiation professionnelle, des programmes spécifiques pour les villes frontalières, un accompagnement psychosocial, une mobilité régionale facilitée, une politique industrielle intensive en emplois et un véritable service civique rémunéré.
Elle exige également une présence politique permanente sur le terrain. Pas seulement des visites après les incidents. Pas seulement des meetings filmés. Pas seulement des campagnes numériques conçues par des adultes pour parler à des jeunes qu’ils n’écoutent jamais.
La sécurité retient les corps, la politique doit retenir l’espoir
Le Maroc doit évidemment protéger ses frontières, combattre les réseaux de passeurs, poursuivre les organisateurs d’appels clandestins et coopérer avec l’Espagne. Mais aucune frontière ne pourra durablement contenir une génération qui considère que son avenir se trouve ailleurs.
Les dispositifs sécuritaires peuvent empêcher une traversée aujourd’hui. Ils ne peuvent pas fabriquer un projet de vie demain.
La responsabilité des partis est donc immense. Ils ne peuvent plus faire de la jeunesse une photographie de meeting, une séquence TikTok ou un chapitre convenu de programme. Fnideq leur adresse une question brutale : que proposez-vous à ceux qui ne croient plus à vos propositions ?
À la veille des élections, le vrai clivage ne devrait pas opposer les slogans de gauche, de droite ou du centre. Il devrait opposer les programmes vérifiables aux catalogues de promesses.
Cette crise ne doit pas être instrumentalisée contre le Maroc. Elle doit être utilisée pour réveiller sa classe politique.
Car lorsque des milliers de jeunes se jettent vers une frontière, ce n’est pas seulement une frontière qui est contestée. C’est la crédibilité de la parole publique.
Et lorsqu’un jeune préfère risquer sa vie pour partir plutôt que rester pour voter, la démocratie doit comprendre qu’elle a déjà perdu une voix.