Chers camarades algériens, si c’est vous, prenez donc quelques vacances…


​ Le 15 août n'est plus le 30 juillet. Franchement, le 15 août, cela ne marchera pas comme certains semblent l’espérer.



Je vois passer depuis quelques jours sur les réseaux sociaux une nouvelle date : le 15 août

Après les événements de Sebta, certains comptes et groupes numériques semblent vouloir remettre une pièce dans la machine. Messages, appels, vidéos, rumeurs : on recommence à faire miroiter à des jeunes Marocains une frontière qui céderait sous le nombre, une Europe qui serait à portée de quelques kilomètres et une nouvelle mobilisation qui pourrait reproduire les images du 30 juillet.

Et puis une accusation circule : derrière une partie de cette agitation se trouveraient des réseaux utilisant notamment des lignes algériennes.

Je vais être prudent. Je ne sais pas si c’est vrai.

À l’heure où j’écris ces lignes, personne ne m’a présenté une chaîne de preuves suffisamment solide permettant d’affirmer que l’État algérien, ses services ou même une organisation structurée depuis l’Algérie dirigeraient cette nouvelle campagne.

Alors je vais employer une formule très simple : Si c’est vous, chers camarades algériens…
Ne vous fatiguez pas trop. Prenez donc quelques vacances. Si votre gouvernement vous le permet, évidemment.

Nous sommes au mois d’août. Il fait chaud. Les journées sont longues. Il existe certainement des occupations plus agréables que de passer ses soirées derrière un écran à expliquer à de jeunes Marocains qu’ils devraient courir vers Sebta le 15 août.

Allez à la plage. Buvez un café. Regardez le coucher du soleil. Lisez un livre.

Parce que, franchement, le 15 août, cela ne marchera pas comme certains semblent l’espérer.

Nous avons compris Le 30 juillet a été un choc. Il serait stupide de le nier.

Les images ont interrogé les Marocains, bousculé les responsables et révélé quelque chose que nous devons avoir le courage de regarder en face : lorsqu'une partie de notre jeunesse estime que son avenir se trouve de l'autre côté d'une frontière, nous avons un problème marocain à résoudre.

Pouvoir d'achat, emploi, confiance, mobilité sociale, qualité des services publics, sentiment d'injustice, frustration d'une partie de la jeunesse : ces questions existaient avant Sebta et continueront d'exister après.

Nous devons les affronter. Mais reconnaître nos difficultés ne signifie pas offrir nos fragilités au premier venu qui souhaiterait les exploiter.

C'est même exactement le contraire. Nous sommes adultes, responsables et vaccinés.

Nous pouvons critiquer notre gouvernement sans détester notre pays.
Nous pouvons demander davantage de justice sociale sans souhaiter le chaos.
Nous pouvons dénoncer nos insuffisances sans applaudir celui qui voudrait les transformer en arme contre nous.

Nous pouvons surtout faire une distinction essentielle entre la colère légitime d'un jeune Marocain et son instrumentalisation éventuelle par quelqu'un qui n'a strictement rien à faire de son avenir.

Car voilà ce qui me dérange le plus dans cette histoire. Ceux qui poussent ne traversent jamais

C'est toujours fascinant, les révoltes organisées depuis un smartphone.

Celui qui écrit « allez-y » reste chez lui. Celui qui partage la carte reste devant son écran.
Celui qui annonce que « la frontière va tomber » ne met généralement pas ses propres enfants au premier rang.
Celui qui fabrique la rumeur ne risque presque rien.

En revanche, le jeune de 17, 18 ou 20 ans qui la croit, lui, risque énormément.

Voilà pourquoi cette affaire dépasse largement la rivalité absurde entre Marocains et Algériens.

Si des personnes, quelle que soit leur nationalité, utilisent les frustrations sociales marocaines pour pousser des adolescents et des jeunes adultes vers une frontière, elles ne défendent pas ces jeunes. Elles les utilisent.

Et si certains de ces manipulateurs sont effectivement algériens, permettez-moi de leur dire quelque chose.

Vous connaissez pourtant notre histoire.
Vous devriez savoir qu'il existe une différence considérable entre les disputes politiques de nos gouvernements et les relations entre nos peuples.

Les Marocains et les Algériens peuvent passer des heures à se chamailler sur Internet. Football, couscous, patrimoine, frontières, diplomatie : nous sommes capables de transformer pratiquement n'importe quel sujet en troisième guerre mondiale numérique.

C'est parfois ridicule. Mais il existe une ligne qu'il serait intelligent de ne pas franchir : jouer avec la vie et le désespoir des jeunes.

Le 15 août n'est plus le 30 juillet

Il y a surtout une chose que ceux qui rêveraient de reproduire les événements précédents semblent oublier.

L'effet de surprise a disparu.
Les autorités marocaines savent.
Les autorités espagnoles savent.
Les médias savent.
Les plateformes savent.
Les familles savent.

Et surtout, les jeunes eux-mêmes savent désormais que les vidéos, les messages et les rendez-vous circulant sur les réseaux sociaux peuvent relever autant de la manipulation que de l'information.

Une opération numérique fonctionne d'autant mieux que personne ne la voit arriver.

Lorsqu'elle est annoncée plusieurs jours auparavant dans les journaux, surveillée par les autorités et disséquée sur les réseaux sociaux, elle perd une partie essentielle de son efficacité.

Alors, encore une fois : si vous êtes derrière tout cela, chers camarades algériens, reposez-vous. Vous allez vous fatiguer pour rien.

Mais je voudrais immédiatement ajouter quelque chose de beaucoup plus important.

Je refuse de transformer cette affaire en accusation collective contre les Algériens.
Des millions d'Algériens n'ont évidemment rien à voir avec ces histoires. Ils travaillent, élèvent leurs enfants, cherchent eux aussi un avenir meilleur et affrontent leurs propres difficultés.

Et beaucoup regardent probablement cette guerre permanente entre Marocains et Algériens sur les réseaux sociaux avec la même lassitude que moi.

Nous avons suffisamment de problèmes de part et d'autre de la frontière pour ne pas en fabriquer artificiellement de nouveaux.

Et maintenant, à nous de travailler. Mais attention. Empêcher une mobilisation le 15 août ne résoudra rien.

Nous pouvons sécuriser Fnedeq-Sebta. Nous pouvons démanteler des groupes numériques. Nous pouvons identifier les comptes suspects. Nous pouvons poursuivre ceux qui manipulent les jeunes.

Très bien. Mais si nous nous contentons de cela, nous aurons raté l'essentiel.
Parce que personne ne peut instrumentaliser durablement une frustration qui n'existe pas.

Notre véritable réponse doit donc être marocaine.

Elle doit être économique.

Sociale.
Éducative.
Politique.

Elle doit redonner à un jeune Marocain davantage de raisons de construire son avenir à Casablanca, Tanger, Oujda, Agadir, Fès, Marrakech ou dans son village que de croire une vidéo TikTok lui promettant l'Europe au bout d'une course vers une frontière.

C'est cela, notre travail. Et il est autrement plus difficile que de désigner un ennemi extérieur.

Alors oui, surveillons ce qui se prépare pour le 15 août.
Enquêtons sérieusement sur l'origine des réseaux.
Si des responsabilités étrangères sont établies, documentons-les et nommons-les.

Mais ne tombons pas dans le piège consistant à expliquer toutes nos difficultés par une main étrangère.

Et à ceux qui, depuis l'étranger ou depuis le Maroc, pensent pouvoir rejouer indéfiniment avec les frustrations de notre jeunesse, j'adresse simplement ce message :

Nous avons vu. Nous avons compris. Nous avons appris.

Le 15 août, vous risquez donc d'être déçus.

Chers camarades algériens, si c'est vraiment vous, profitez plutôt de l'été.
Pour une fois, laissez tomber les frontières. Et prenez des vacances.

Nous sommes adultes, responsables et vaccinés.


Dimanche 9 Aout 2026

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