Chirurgie de Cataracte : après le 23 septembre, le Parlement devra-t-il mettre de l’ordre dans les campagnes anarchiques dites « sociales » ?


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication médicale et de santé.

La chirurgie de la cataracte, c'est tout un parcours de soins bien codifié.

À l’approche des élections législatives du 23 septembre 2026, une question de santé publique mérite de sortir du silence : jusqu’où peut-on aller au nom du « social » lorsqu’il s’agit de chirurgie de la cataracte ?



La cataracte est une pathologie fréquente, invalidante, mais heureusement curable, précise Pr Mohcine El BAKKALI, ophtalmologiste et président du RESO.

Sa chirurgie est aujourd’hui une intervention maîtrisée lorsqu’elle est réalisée dans des conditions médicales, techniques et organisationnelles conformes aux normes professionnelles.

Mais une opération de la cataracte ne commence pas au bloc opératoire et ne s’achève pas lorsque le patient quitte la salle d’intervention.

Entre l’indication opératoire, le bilan préopératoire, le choix de l’implant, l’intervention elle-même, les prescriptions, la surveillance et le suivi postopératoire, il existe tout un parcours de soins.

C’est précisément ce parcours qui peut être fragilisé lorsque des opérations sont organisées dans l’urgence, sous couvert de « campagnes sociales » ou de « chirurgie gratuite ».

Quand le social devient un argument commercial.

Le problème n’est évidemment pas l’action humanitaire. Des associations, fondations et professionnels de santé accomplissent un travail remarquable auprès de populations qui ont réellement besoin d’aide. Il serait injuste de mettre toutes les initiatives dans le même panier.

La question est ailleurs :

Qui contrôle ces campagnes ? Selon quels critères ? Avec quel cahier des charges ? Qui vérifie l’indication opératoire ? Qui assure le suivi du patient après l’intervention ? Qui prend en charge une éventuelle complication ?

C'est ces questions de vigilance que posent Pr Mohcine El BAKKALI.

Une opération présentée comme « gratuite » n’est pas nécessairement dépourvue de coût.

Le financement peut être direct, indirect, associatif, institutionnel ou, dans certains cas, lié à des mécanismes de remboursement ou de prise en charge.

Dès lors qu’un acte médical devient une activité organisée à grande échelle, avec des patients recrutés, opérés et éventuellement orientés vers certaines structures ou certains prestataires, une question légitime se pose : où s’arrête l’action sociale et où commence une activité médicale économiquement rentable habillée des couleurs du social ?

Il ne s’agit pas d’accuser indistinctement les acteurs de ces campagnes. Il s’agit de demander de la transparence.

Le véritable danger : opérer sans assurer l’après.

C’est probablement le point le plus préoccupant. Une chirurgie de la cataracte réussie ne signifie pas simplement que le cristallin opacifié a été remplacé par un implant.

Le patient doit recevoir les traitements prescrits et bénéficier d’une surveillance postopératoire permettant notamment de détecter et de traiter rapidement certaines complications.

Les recommandations médicales insistent sur la nécessité des soins postopératoires, notamment l’utilisation des collyres prescrits et le suivi médical après l’intervention.

Que se passe-t-il alors lorsqu’une campagne opère plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnes, puis laisse les patients retourner dans leurs localités sans dispositif clairement identifié de suivi ? Qui contrôle leur cicatrisation ? Qui vérifie la pression intraoculaire ? Qui intervient en cas d’inflammation, d’infection, de décollement de rétine ou d’autre complication ?

Et surtout : qui est responsable lorsque le patient ne sait plus vers qui se tourner ?

La chirurgie peut être gratuite, mais la complication, elle, ne l’est jamais. Et lorsqu’une complication survient, elle peut générer de nouvelles consultations, des examens, des traitements, voire une nouvelle intervention.

La facture peut alors se déplacer vers l’Assurance maladie obligatoire ( AMO), vers l’hôpital public ou, finalement, vers la famille du patient.

Une question qui concerne aussi l’AMO.

L’AMO n’est pas un guichet financier sans limite. Elle repose sur la solidarité nationale et sur des mécanismes de prise en charge qui doivent être protégés. Le Maroc dispose déjà d’une tarification nationale de référence pour le remboursement ou la prise en charge des prestations médicales.

Dès lors, le Parlement peut légitimement s’interroger sur l’articulation entre les campagnes dites sociales, les établissements de santé, les professionnels intervenants et les organismes gestionnaires de l’AMO, indique Pr BAKKALI.

Une question simple devrait être posée : combien coûte réellement à la collectivité une chirurgie dite gratuite lorsque son suivi n’est pas assuré et qu’une complication nécessite ensuite plusieurs consultations, examens, médicaments ou hospitalisations ?

Le coût réel d'une intervention ne devrait donc pas être calculé uniquement au moment où le patient est opéré.

Il faut intégrer le coût du parcours complet : indication, chirurgie, implant, suivi, complications éventuelles et prise en charge secondaire.

Quel rôle pour les futurs députés ?

C’est ici que les élections législatives du 23 septembre prennent une dimension concrète.

Les futurs députés ne devraient pas seulement discuter des grandes orientations de la politique de santé.

Ils peuvent exercer leur rôle de contrôle de l’action gouvernementale, interpeller le ministère de la Santé, demander des données et réclamer une évaluation objective de ces campagnes.

Pourquoi ne pas demander un état des lieux national des campagnes de chirurgie de la cataracte organisées au Maroc ? Combien de patients sont opérés chaque année ? Dans quelles structures ? Par quels professionnels ? Selon quels critères d’indication ?

Avec quels implants ?Avec quel protocole d’hygiène et de sécurité ?

Et surtout : quel dispositif de suivi postopératoire est contractuellement prévu avant même que le premier patient ne soit opéré ?

Au fait, un audit de la chirurgie de la cataracte au Maric, sur les 5 dernières années. Ces questions ne sont ni politiques ni partisanes. Elles relèvent de la sécurité du patient et de la bonne utilisation de l’argent consacré à la santé.

Faut-il encadrer légalement les campagnes chirurgicales ?

Le prochain Parlement pourrait aller plus loin et proposer un véritable cadre réglementaire pour les campagnes médicales et chirurgicales à caractère social.

Toute campagne de chirurgie de la cataracte pourrait, par exemple, être soumise à une autorisation préalable, à un cahier des charges médical, à l’identification des professionnels responsables, à la traçabilité des patients et des implants, ainsi qu’à l’obligation d’un suivi postopératoire pendant une période définie.

L'organisateur devrait également préciser qui assume la responsabilité médicale et financière en cas de complication.

Une campagne ne devrait donc plus pouvoir être considérée comme achevée le jour où le dernier patient quitte le bloc opératoire.

La fin d’une campagne devrait être définie par la fin du parcours de soins.

C’est un rôle que peuvent assumer parfaitement les Groupements sanitaires territoriaux ( GST).

Le député comme défenseur du patient.

Dans cette affaire, le rôle de l’élu ne consiste pas à s’opposer au social. Il consiste précisément à défendre un social de qualité. Car offrir gratuitement une intervention dont le patient ne bénéficiera pas durablement faute de suivi n’est pas une politique sociale efficace.

Le véritable acte social n’est pas seulement celui qui permet à un patient de retrouver la vue sans payer son opération.

C’est celui qui lui garantit une prise en charge complète, sûre, traçable et médicalement responsable. À quelques jours des élections législatives du 23 septembre 2026, les candidats pourraient donc être invités à répondre à une question très clair :

Une fois élu, verrez vous une opportunité à demander un contrôle national des campagnes chirurgicales dites sociales, afin que la gratuité ne puisse jamais devenir un écran derrière lequel se cacheraient des pratiques commerciales, des actes insuffisamment encadrés ou des risques transférés au patient et à l’AMO ?

Mardi 15 Septembre 2026



Rédigé par La Rédaction le Mardi 15 Septembre 2026
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